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  Festival Sign’ô, pourquoi une telle polémique ?  
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par Olivier Calcada
par Wallès KOTRA
Le Festival Sign’ô ouvrira de nouveau ses portes à Toulouse les 1, 2 et 3 juin prochain. Il y a deux semaines un citoyen sourd a mis le feu aux poudres et créé la polémique. Immersion dans le mouvement.

Sommaire
- 1. Les réactions de Radouane (Citoyen sourd), Juliette (ancienne présidente de l’ACT’S) et Laurent Valo (comédien sourd professionnel) (durée : 6’51")

- 2. La réaction du comité d’organisation du Festival Sign’ô (durée : 9’29")

Avant que nous abordions les questions qui font actuellement polémique autour du Festival Sign’ô un bref rappel historique s’impose.

L’association ACT’S est née à Toulouse, son objectif était de promouvoir les comédiens, spectacles, loisirs… le tout autour de la culture sourde. En 2007, après 10 années d’existence de l’association ACT’S, le festival Sign’ô a été créé. Il est né du désir de faire partager cette culture singulière à un plus large public, à la fois entendant et sourd. Le hasard a voulu qu’à la même époque un autre événement portant les mêmes thématiques est né : le Festival Clin d’œil. Dès 2008 a été décidé d’alterner annuellement les deux manifestations afin qu’elles ne se concurrencent pas.

WebSourd : Il y a deux semaines, une polémique a éclaté à propos du festival Sign’ô, un citoyen sourd a laissé éclater sa colère sur Facebook. Pourquoi une telle réaction ? Le contenu des vidéos et commentaires et assez radical. Pour en savoir plus voici les réactions

1. Les réactions de Radouane (Citoyen sourd), Juliette (ancienne présidente de l’ACT’S) et Laurent Valo (comédien sourd professionnel)(durée : 6’51")

Radouane SAHSAH, Citoyen sourd :

"Je lâche cette bombe"

"Pourquoi avoir allumé la mèche ? Depuis quelques temps, pas mal de personnes me parlaient de la situation sur l’organisation du festival. Je pensais que ces gens allaient finir par exprimer tout haut leur opinion et par mobiliser en se révoltant contre cela, mais je ne voyais rien arriver. Je me suis dit alors, que je n’avais pas le choix, je devais prendre le risque et même si je devenais la cible, il fallait que je lâche cette bombe. Sign’Ô est normalement destiné aux Sourds. 365 jours par an nous nous confrontons à des difficultés et à un manque d’accessibilité, lorsque l’on veut se rendre à la CAF, par exemple, seulement certains jours nous sont réservés, cela reste une contrainte . Et durant ce week-end de festival qui nous est normalement destiné, nous devrions encore faire l’effort de nous adapter aux entendants ?! C’est pour cela que je n’accepte pas la situation et que j’ai provoqué cette polémique. Je me suis dis qu’on verrait bien les répercussions et finalement cela a provoqué une mobilisation.

Ce qui me met le plus hors de moi c’est le « E », ce que j’entends par là c’est que lorsqu’on désigne les sourds avec un "S" majuscule c’est pour parler d’un tout, une personne sourde avec sa culture, sa philosophie etc… Avec un "s" minuscule, le sens de sourd devient péjoratif. Un entendant avec un "e" minuscule prend un sens des plus classiques comme ceux qui travaillent ici à WebSourd, ou ces entendants signants qui participent à la communauté des Sourds. Les Entendants avec un "e" majuscule, c’est ceux qui n’ont rien compris, et c’est ceux là qui font partie en majorité du comité organisateur.

Le leitmotiv de ce festival c’est la langue des signes, la philosophie de la communauté sourde et ceux qui pilotent ça, ce sont des entendants qui ne connaissent rien à notre monde ! Comment est ce que c’est possible d’avancer et de travailler comme ça ?! Si on laisse les choses évoluer dans ce sens, le risque est de voir notre culture dévoyée, et ça je ne veux pas, c’est pour ça que j’ai provoqué cette polémique.

Pour moi les entendants qui ne connaissent pas la langue des signes, n’ont pas leur place au sein du comité organisateur de ce festival. Et pour moi les décisions finales doivent être prises par des sourds, d’ailleurs je souhaiterais que ce soit des Sourds qui soient aux commandes, pas les entendants, eux doivent rester en bas de l’échelle. Car ce sont les Sourds qui savent mieux que personne ce qui est le mieux pour eux, pas les entendants ! Les Sourds sont les seuls garants de leur philosophie et leur langue. C’est eux qui doivent être la vitrine de tout cela."

Juliette DALLE, ancienne présidente de l’association ACT’S :

"De plus en plus d’entendants ne connaissant pas la Langue des Signes"

"Au fur et à mesure que les présidents se sont succédés à la tête de l’association, on a remarqué que la philosophie changeait, de plus en plus imprégnée par celle des entendants. Je ne cible pas forcément le président d’Act’s, pour moi cela vient plus des membres du CA, c’est eux qui induisent cette influence. Beaucoup d’entendants sont rentrés au CA d’ACT’S car à l’époque les statuts de l’association spécifiaient qu’il fallait plus de 51% de membres du CA Sourds, mais faute de candidats, il a fallu les modifier. Les nouveaux statuts imposaient que le président soit une personne sourde, mais la constitution du CA était libre d’où une majorité d’entendants. Au début tout se passait très bien et les personnes présentes étaient très respectueuses de la philosophie, de la mixité et ils encourageaient les Sourds. Puis par la suite, sont arrivés de plus en plus d’entendants ne connaissant pas la Langue des Signes et qui n’avaient pas compris la philosophie de l’association. Ce sont ces personnes-là que je désignais au début quand je parlais d’influence, et c’est à cette période-là que le festival Sign’Ô a été créé."

Laurent VALO, comédien professionnel :

"il ne s’agit pas de rendre le Festival Sign’ô accessible car il est bâti sur la culture sourde."

"J’ai une certaine expérience de la scène. J’ai joué plusieurs pièces toujours en Langue des Signes. Lorsqu’on parle « d’accessibilité » il peut y avoir une certaine confusion. On s’imagine parfois que l’accessibilité est un moyen d’adapter un spectacle dans le but de faire changer le regard du public sur un univers qu’il ne connaît pas. Alors que rendre un spectacle accessible se résume par la présence de sur-titrage ou de doublage son. Cela dépend vraiment du projet qui sous-tend la création : que proposent les compagnies ? Quelle est la demande initiale ? Si le projet est de permettre aux publics entendants et sourds de suivre le spectacle de la même façon en totale accessibilité alors la pièce sera créée avec une adaptation via le sur-titrage ou une traduction vocale. Vous pouvez également trouver des spectacles qui mettent davantage en avant la culture sourde, le « curseur » d’adaptation se fera en accord avec le projet singulier de la troupe.

C’est grâce à Facebook que j’ai pris connaissance de la situation du Festival Sign’ô. Face à la multitude écrasante de festivals pour les entendants, le festival Sign’ô est né avec comme base identitaire la Langue des Signes. Tourné résolument vers les sourds c’est un événement exceptionnel. Il n’a d’ailleurs lieu que tous les deux ans, raison supplémentaire pour l’investir en Langue des Signes et le faire vivre autour de la culture sourde. Libre à chaque création, en fonction de son projet, d’ajouter de la Langue des Signes, mais il ne s’agit pas de rendre le Festival Sign’ô accessible car il est bâti sur la culture sourde.

Combien existe-t-il de festivals comme celui-ci ? Sur tout le territoire, combien d’événements de ce type ont été créés ? Tellement peu. Cette manifestation répond à un réel besoin chez les sourds. Ce besoin, cette culture sourde doivent être respectés."

WebSourd : Et dans l’avenir, que voyez-vous ? et quelle proposition ?

Radouane SAHSAH :

"Continuer à se battre pour notre langue et notre culture"

"Dans cette histoire, les Sourds continuent à être stigmatisés par le grand H du handicap. Alors même si je suis dur, je m’en excuse mais pour moi il est important de s’indigner pour conserver notre culture, il faut résister. Que le résultat soit positif ou négatif pour moi le plus important est de continuer à se battre pour notre langue et notre culture. Pour moi, c’est l’argent de la recherche de financement qui a fait évoluer le festival dans le mauvais sens, et ce n’est vraiment pas bon."

Juliette DALLE :

"le monde des Sourds au second plan, ce qui ne permet pas aux entendants de nous comprendre."

"En ce qui concerne l’accessibilité et les financements ? …Bien sûr que face aux politiques, le mot "accessibilité" est un sésame pour décrocher des financements. Mais on peut repenser la forme de l’accessibilité qui est proposée, aujourd’hui elle est avant tout destinée aux entendants et ne prend pas en compte le besoin des Sourds. On pourrait laisser une plus large place à la Langue des Signes et prendre des interprètes en voix off, mais pas à côté des comédiens, ils seraient en cabine. Une autre solution serait de ne pas proposer d’interprétation, les personnes ne connaissant pas la langue devraient se confronter aux pièces proposées, mais durant les pauses, des interprètes seraient présents afin que ceux qui le souhaitent puissent poser des questions aux comédiens, metteurs en scène… C’est ce qui se fait au festival Clin d’œil et pour moi cette méthode permet vraiment de s’imprégner du monde des Sourds. Si on ne se concentre que sur l’accessibilité on met indéniablement le monde des Sourds au second plan, ce qui ne permet pas aux entendants de nous comprendre."

Laurent VALO :

"Un spectacle « adapté », modifié pour être rendu accessible ne rend pas la même qualité"

"En tant que sourd il est agréable d’assister à un spectacle directement en Langue des Signes. Mais les entendants peuvent eux aussi ressentir du bien-être dans la même situation grâce à la découverte de la langue. Un spectacle « adapté », modifié pour être rendu accessible ne rend pas la même qualité et ni la même appréhension. Selon moi pour que chacun s’y retrouve et prenne du plaisir dans la découverte linguistique les représentations doivent se faire en Langue des Signes, c’est aussi simple que ça."

2. La réaction du comité d’organisation du Festival Sign’ô.(durée : 9’29")

WebSourd : Au vu des réactions des sourds qui déplorent la tournure qu’a pris le festival Sign’ô, qui, de leur point de vue, est plutôt tourné vers les entendants. Est-ce que ces réactions et cette situation vous déçoivent ?

Sarah Gaudron, Juliette Lavaux, Sungja Reboul, Laurence Broom, Fanny Rosell, Barbara Jeanneau

"Ces réactions sont bizarres"

"Ils n’ont pas compris l’objectif du festival Sign’O, il a été crée justement pour se démarquer du festival Clin d’oeil exclusivement réservé aux sourds. C’est d’ailleurs pour respecter cet événement pi sourd qu’il a lieu les années paires, en alternance.

Au départ, c’était pour que les sourds puissent avoir accès à la culture sans être bloqués par la communication. Nous avons donc privilégié les spectacles visuels, bilingues et en LSF, tout en restant ouverts aux entendants car le festival a permis de faire connaitre des spectacles bilingues ou en LSF (spectacles Jef’s, Survivants etc), de développer des ateliers ensuite pour Act’s, de susciter de nouvelles carrières comme dans l’interprétariat ou encore la sensibilisation des entendants à la langue des signes. Il y a toujours eu un spectacle pi sourd, justement pour montrer la richesse culturelle des artistes sourds au public entendant."

"Oui, ces réactions sont bizarres. Personnellement,je suis entendante et je me suis portée bénévole sur ce festival parce que j’avais envie que ma petite fille sourde signante sache que l’univers du spectacle et de la culture lui est ouvert et que des lieux d’expression, des possibilités d’exutoire positifs existent aussi pour elle. J’avais aussi envie de voir pleins d’étoiles dans ses yeux. Personnellement, je déplore que le débat se borne à une guéguerre sourds/entendants. Quel que soit le contexte, pour qu’une fête soit réussie, chacun fait des efforts et, le temps de cette fête trouve des éléments fédérateurs.

WebSourd : Pensez-vous que ces réactions sont excessives, outrancières ?

"Oui car ils auraient dû s’adresser directement au comité d’organisation, composé de personnes bénévoles, qui donnent de leur temps et énergie pour que le public sourd puisse s’épanouir culturellement à travers des rencontres conviviales entre 2 spectacles ou ateliers. S’ils voulaient que ce soit comme ils l’auraient souhaité, ils devraient répondre à notre appel pour rejoindre notre équipe pour le festival Sign’O. Il ne suffit pas de se plaindre ou de se filmer mais d’agir en venant sur place, de participer à l’organisation du festival. Sign’ô est une grande fête. Il est dommage qu’un petit nombre veuillent la gâcher. Ils se trompent en agissant ainsi. Act’s est une association ouverte, on peut s’y exprimer lors des AG, on peut participer à son évolution. Sign’ô a lieu tout les 2 ans, l’appel à bénévole pour intégrer le CO se fait par un appel très large à participer. C’est là que les points de vue doivent s’exprimer, les attentes, les envies."

"Festival est fidèle à ce qu’il était à sa création"

"Certaines réactions émanent de personnes qui ne participent en rien à la vie de l’association ni même du festival. Il est très regrettable d’avoir créé une telle polémique alors que le Festival est fidèle à ce qu’il était à sa création. Qu’il y ait des disfonctionnements, cela peut arriver, comme dans toute organisation : mais ils doivent se régler et se discuter en interne, le CO est là pour cela. L’agissement de certains est très insultant pour ce CO, bénévole, qui travaille depuis plus de 8 mois, prends sur son temps libre. Les réunions se déroulent le soir, après 18h30, après le travail. C’est d’ailleurs ce qui explique que les membres actuels du CO n’ont pu se rendre à votre invitation, à regret. Nous vous remercions de nous permettre un “droit de réponse” par l’envoi de ce questionnaire."

WebSourd : Pour pouvoir obtenir des financements, vous obligent-ils à devoir rendre accessible le festival Sign’ô au public entendant ?

"Act’s n’est obligé à rien. Le festival est la “vitrine” de Act’s, une association qui encourage les projets en LSF et la mixité des publics. C’est dans l’objet même de l’association. Il est évident que cette forme d’action intéresse les partenaires et contribue à la reconnaissance de la LSF, car ainsi ils la découvrent, comme le public d’ailleurs. Cette prise de conscience de la richesse de la LSF, de son existence en tant que langue à part entière à contribué les services culturels à soutenir Act’s et Sign’ô qui sont, entre autre soutenus par le service culturel de la ville de Toulouse et la DRAC (Direction des Affaires Culturelles). Donc, non, aucune obligation, juste de la cohérence."

"Le festival est la “vitrine” de Act’s"

"Ainsi le public sourd a accès à une offre culturelle de qualité et accessible et le public entendant est sensibilisé à la Langue des Signes et à la Culture Sourde. L’association et le festival permettent à ces populations de se rencontrer, d’échanger, de partager, et c’est pour ça que nos partenaires nous soutiennent, car l’enrichissement pour tous, aussi bien pour les sourds que les entendants, au travers d’un événement culturel accessible, est essentiel pour eux. Act’s et Sign’ô offrent aux sourds un événement culturel entièrement adapté (nous programmons aussi un spectacle pi-sourd pour sensibiliser les entendants en les immergeant entièrement dans la LSF), et permettent aussi la promotion de créations d’artistes sourds. C’est à l’origine un événement qui permet au public sourd d’avoir un événement culturel entièrement accessible pour eux, tout en gardant l’esprit de mixité des publics et c’est cela que nos partenaires soutiennent."

[Site officiel SignO 2012->http://www.festival-signo.fr/]

4 mai 2012
 
 
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