Chaque pays a son hymne national. La Marseillaise française est très connue.
Les sourds la connaissent-ils ?
Depuis peu en France, elle a été traduite en LSF...travail ardu ! WebSourd vous le présente en 4 parties. Aujourd’hui:les origines de la Marseillaise, et la première version en langue des signes.
Puis la prochaine diffusion concernera la version LSF à Marseille, puis la version LSF de Paris, et enfin, un hymne typiquement sourd, crée directement en LSF par une personne sourde.
SOMMAIRE
a) Les origines b) Première version en LSF (1ère partie) c) Première version en LSF (2ème partie)
Par CCN
Image : partition musicale de la Marseillaise
La Marseillaise est vraiment très célèbre, pourquoi ? Et d’où vient-elle ? En 1792, à l’époque de la Revolution Française, Rouget de Lisle, compositeur à ses heures, est officier en poste à Strasbourg. A la demande du maire de cette ville qui venait de recevoir la déclaration de guerre faite par la France à l’Autriche, il compose en une seule nuit, du 25 au 26 avril 1792, un chant de guerre pour stimuler le moral des troupes. Dès le lendemain, entouré dans le salon du Maire, il présente son « Chant de guerre pour l’Armée du Rhin » .
Images : Rouget de Lisle dans le Salon du Maire, partition de musique "Chant de guerre pour l’Armée du Rhin"
Cet air qui redonne le moral reçoit tout de suite un vif succès parmi les soldats, et commence à se répandre. Pourquoi s’est-il si vite appelé la Marseillaise ? Les soldats républicains venant de Marseille l’avaient alors adoptée comme chanson de marche. En entrant dans Paris pour défendre la Revolution Française, le 30 juillet 1792 , touchés, les Parisiens l’appelèrent alors : "la Marseillaise".
Image : La marche des Marseillois
Dès ce moment, elle devint tout à fait populaire, et traversa les différentes périodes de l’histoire. La Marseillaise a souvent été copiée, mise en musique et chantée avec différentes interprétations, militaires, politiques... Mais la chanson en elle-même est toujours restée la même.
Images : Différentes partitions musicales de la Marseillaise
L’hymne de la Marseillaise a traversé l’Histoire et est devenu l’Hymne National français, inscrit officiellement dans la Constitution. Depuis mars 2005, l’apprentissage de la Marseillaise est obligatoire dans les classes maternelles et primaires. Car ses valeurs sont essentielles : un formidable appel à l’union, à se battre, ensemble pour se défendre, et pour la liberté.
Images : Différentes représentations de la Marseillaises
© Hymne-national 2002
b) Première version en LSF (1ère partie)
Image : Timbre
L’hymne marseillais est resté un très fort symbole d’union citoyenne. Elle est chantée dans les manifestations officielles sportives, politiques, culturelles... par exemple au début des matchs de football, en signe d’union. Les paroles de la Marseillaise sont en vieux français, avec de vieux termes qui ne sont plus en usage actuellement. Le contexte d’époque -la Révolution Française, la guerre- n’est également plus le même. Et le choix des mots, très durs, violents étaient alors liés au contexte politique. Le texte est pourtant resté sensiblement le même. Mais étant donné ses termes très particuliers, les sourds n’ont pratiquement pas eu accès à la Marseillaise... Justement, des initiatives en France ont vu le jour pour commencer à la mettre en signes ...
Image : Couplets de la Marseillaise
En juin 2002, Serge Hureau (entendant), chanteur et directeur du Hall de Chanson préparait un concert de chansons politiques pour le Sénat. Il est aussi le frère de Daniel Hureau, sourd et militant de longue date. Mais juste à ce moment-là, Daniel décède brusquement. Le jour de son enterrement, Serge a l’idée d’intégrer à son concert au Sénat, un hommage au militant politique que fut son frère : Le 4 juillet 2002, un mois après le décès de Daniel Hureau, La Marseillaise est chantée au Sénat, et un comédien entendant, Olivier Hussenet, la signe alors en Langue des Signes Française. Cette Marseillaise signée en LSF au Sénat, endroit politique par excellence, est une manifestation politique forte : traduire la Marseillaise en LSF, c’est aussi symboliser ce que fut le combat de Daniel pour les sourds : lutter dans l’union pour parvenir à l’égalité et la citoyenneté.
Images :Sénat
Serge Hureau a mis la Marseillaise en scène aux « Journées de la Culture et du Handicap » à Bourges en octobre 2003, avec Philippe Carbonneaux, comédien entendant. L’accent a été mis sur la « visualité », la force des paroles du texte. Voici l’interview ....
Image : Serge Hureau, Philippe Carbonneaux
Philippe Carbonneaux : "Les sourds doivent s’approprier les textes des entendants, c’est important. Il y a de la matière, ils doivent la prendre, la transformer, la reprendre à leur compte comme les artistes ou metteurs en scène le font... Comme nous également, on peut aussi s’approprier la langue des signes, pour en faire une matière ... il faut qu’il y ait un échange."
Serge Hureau : "C’est ça , "l’art-objet" !"
Philippe Carbonneaux : " Les sourds qui regardent la chanson ne la connaissent pas, mais les entendants la connaissent. La proposition qu’on fait, c’est de la transmettre aux sourds comme un cadeau."
Serge Hureau : "Beaucoup de sourds m’ont dit "Je ne connaissais pas l’hymne national, je ne savais pas que ça existait". C’est important qu’ils puissent se poser la question."
c) Première version en LSF (2ème partie)
Serge Hureau : "La Marseillaise contient en elle-même des images et ce qui est extraordinaire, c’est de les retrouver sur des monuments. Quand on a commencé à y travailler avec Philippe, ça m’a vraiment frappé (...) Sur les Champs-Elysées, la sculpture de Rude sur l’Arc de Triomphe possède une force, une dureté. Parce que la Marseillaise, elle est dure. Et cette violence, elle se retrouve dans l’interprétation en langue des signes et elle en renvoie bien la haine."
Image : Sculpture de Rude
Serge Hureau : "Ce qui est très fort dans la langue des signes, c’est la puissance de l’image qu’elle nous renvoie."
Philippe Carbonneaux : "En travaillant sur des textes au théâtre, le problème est la différence entre la syntaxe de la langue des signes et du français oral. Pour la traduction, on travaille de l’une à l’autre, ensuite, il faut inverser. Car en langue des signes, on place d’abord les thèmes, et ensuite l’action. En français, c’est le contraire, on dit "je vais à l’école". En langue des signes : "moi, à l’école, va". C’est donc l’inverse et il faut travailler sur l’adaptation. Il faut également respecter le rythme et le sens."
Philippe Carbonneaux : "La langue des signes fournit une matière artistique. On peut l’étirer, la travailler en poésie, au théâtre, etc... c’est ce travail rendu qui fait évoluer la langue. Il faut la prendre et la rendre vivante. Cette matière travaillée ne demande qu’à s’enrichir. On a travaillé ensemble sur la Marseillaise, c’est vrai que c’est un travail d’adaptation, il est important de la rendre claire. L’important n’est pas de rester fidèle à des mots hachés, mais de restituer le sens global. Quand je parle, par exemple, les mots sont comme des images que je restitue à la personne à laquelle je parle. C’est pareil pour les chansons qui renvoient des images. Je m’approprie des images, et je les restitue en signant. C’est du bonheur, car ce visuel débouche sur du concret."
Image : Timbre
Le site du Hall de la Chanson, dont Serge Hureau est directeur, a filmé et intégré La Marseillaise en LSF, toujours signée par un comédien entendant entendant : Voici l’adresse :
[http://www.lehall.com/galerie/politique->http://www.lehall.com/galerie/politique]
Images : captation écran site lehall.com
Avec cette première version en LSF de la Marseillaise, présentée par des entendants, une première version a été créée.
Dans le prochain article qui va suivre, nous verrons comment les sourds s’approprient la Marseillaise en la traduisant eux-mêmes. Si vous désirez avoir davantage de renseignements sur la Marseillaise, allez voir le site :
http://hymne-national.ifrance.com
Générique : Remerciements à Serge Hureau, Philippe Carbonneaux, Colombe Barsacq(IVT), Olivier Hussenet, Carlos Carreras et le site hymne-national.ifrance.com.
Images représentations de la Marseillaise : © Hymne-national 2002
Retour aux chapitres : 2- La Marseillaise en LSF, version Alcazar Marseille 3- La Marseillaise en LSF, version IVT Paris 4- L’Hymne en LSF, Toulouse