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Evasion Japon : l’accessibilité pour les personnes sourdes au pays de la technologie
Suite de notre reportage sur la culture sourde au Japon : Yumiko et Pascal Marceau nous expliquent l’accessibilité des personnes sourdes dans ce pays, qui s’appuie sur la technologie.

Sommaire
 1) Une accessibilité plus technologique qu’humaine (4’58’’)
 2) Un laboratoire de l’accessibilité pour les sourds (8’59’’)
 3) Des exemples d’accessibilité

1) Une accessibilité plus technologique qu’humaine (4’58’’)

(Pascal Marceau)

Depuis le début de la conférence, certaines personnes se sont peut-être posé des questions sur l’accessibilité. En effet, si l’on compare les politiques de chaque pays, elles n’ont rien à voir. En France, on s’oriente principalement sur la possibilité d’avoir accès à un interprète. Au Japon, en revanche, après s’être rendu compte que l’accessibilité humaine était très onéreuse, on s’est orienté vers l’accessibilité technologique. En réalité, il y a une sorte d’équilibre entre les deux. Il faut avouer qu’en France, cela peut paraître incroyable, mais dès que l’on a un interprète « sous la main », on a du mal à le laisser repartir. Comme vous pouvez le voir sur le document, le gouvernement japonais a décidé de faire preuve de flexibilité, enfin disons de souplesse. Pour cela, il a fallu mettre en place des réformes, instaurer une stratégie économique, revoir l’organisation générale et développer les nouvelles technologies, au détriment de l’humain trop coûteux.

Je ne parvenais pas à comprendre cette logique : un interprète bénévole et donc sans salaire, me paraissait inconcevable. J’étais persuadé qu’il serait rapidement dépassé. Mais on m’a affirmé que non. Je vais vous montrer un exemple illustrant bien qu’il suffit de peu de choses à modifier. Yumiko vous a déjà présenté le système d’éducation bilingue. Voyons maintenant l’université technologique pour les sourds. Ce dernier point va peut-être susciter des réactions parmi vous. « Mais il n’y a qu’une seule université sourde au monde ; et c’est Gallaudet ! », me direz-vous. Eh bien c’est faux. Il existe une telle faculté au Japon. Je l’ai découvert lorsque l’on m’a présenté le pays. Figurez-vous d’ailleurs, qu’il y en a également en Chine. Comment est-ce possible ? Nous qui n’avions que Gallaudet comme référence... Je ne sais pas, d’ailleurs, si cette dernière est spécialisée dans l’enseignement de la linguistique ou non. Quelqu’un dans la salle est-il allé visiter Gallaudet et pourrait me répondre ? Une réponse : Gallaudet est multidisciplinaire. Bon, quoi qu’il en soit, au japon, cette université est spécialisée dans les enseignements techniques : chimie, métallurgie, architecture, design etc. En bref, les métiers que les sourds pratiquent. Pour moi, c’est la meilleure configuration qui soit.

En tant que président de l’association des étudiants sourds (NB : daté en 2007), je me suis battu depuis toujours pour obtenir des interprètes. Mais au Japon, c’est tout à fait différent. Là-bas, il semble absurde de payer et un professeur et un interprète, alors qu’il suffit de former des professeurs d’université à la langue des signes, et de n’avoir ainsi qu’un seul salaire à débourser. Il suffisait d’y penser ! En outre, chez nous, il arrive que des entreprises (France Télécom ou que sais-je...) cherchent à recruter des personnes sourdes, mais elles ne savent pas vers qui se tourner ; il n’y a pas de référent dans ce domaine. Au Japon, au contraire, les entreprises connaissent cette université et viennent embaucher les jeunes diplômés dès leur sortie de l’établissement et ce sans difficulté. Tout ceci donne à réfléchir... Ils évitent également l’isolement et favorisent l’échange entre tous.

Je vous parlais à l’instant des entreprises qui recrutent à la sortie de l’université de façon quasi-automatique, en voici l’illustration sur le document.

Il me paraît donc maintenant évident que la solution est la création d’une université !

2) Un laboratoire de l’accessibilité pour les sourds (8’59’’)

(Pascal Marceau)

J’ai remarqué une autre différence flagrante entre nos deux pays. En France, les lycéens sortis des filières bilingues qui osent s’inscrire à l’université sont souvent seuls et perdus dans ce monde tout nouveau pour eux. Or, au Japon, ils sont bien mieux préparés à ce qui les attend. Je ne saurais dire ce qu’on leur apprend auparavant, mais le fait est qu’ils sont à l’aise avec le monde entendant et aptes à affronter la nouveauté et à refaire surface si besoin. Ils ont des moyens pour communiquer sans difficulté. Je pourrais, par exemple, vous parler d’un « laboratoire » de l’accessibilité, selon leurs termes. On y recherche des solutions pour adapter le monde aux différents individus. En France, nous n’avons absolument pas d’équivalent. Nous faisons des recherches en linguistique, mais jamais sur la vie quotidienne pratique. Cela me semble très positif.

Cependant, après avoir exposé tous ces points, il est important de vous donner un point de vue plus mitigé. Je me suis adressé aux personnes sourdes de Tsukuba afin de leur demander ce qu’ils pensaient de ces dispositifs. Je sentais bien à leur réponse qu’ils n’étaient pas aussi enthousiastes que moi. J’ai donc insisté et ils ont fini par me dire que leur choix restait très limité. En effet, cette université s’adresse à la majorité des sourds, puisque selon les statistiques sur les professions exercées par les sourds, ils ont principalement besoin de cours d’informatique, de technologie, etc. Mais pour ceux qui souhaitent suivre un autre cursus, ils doivent se résoudre à s’inscrire dans des établissements d’entendants inadaptés aux sourds. A mon avis, cela reste tout de même mieux que rien.

Au Japon, il existe des laboratoires de recherche accès sur l’éducation, l’accessibilité et j’ai eu l’occasion d’en visiter un. Pour vous donner un exemple de leur activité, une de leur recherche en cours est d’installer un système de miroir en hauteur afin de permettre aux ouvriers gênés par les machines de pouvoir communiquer entre eux. Les miroirs seraient installés et orientés de telle manière à faciliter la visibilité. Je ne pourrai pas vous dire si c’est bien ou pas, j’avoue ne pas avoir d’idée sur la question. C’est pour l’instant une de leur recherche en cours et ils n’ont pas encore les résultats.

A l’université lorsqu’un sourd veut prendre la parole, pour que tout le monde puisse le voir celui qui est sur l’estrade est obligé de répéter ce qui vient d’être dit. Là bas, ils ont un système de caméra mobile qui permet à tous de prendre la parole et il suffit simplement de diriger la caméra vers la personne. Ils ont aussi intégré un système de lumière un peu comme le système pour les caméras de télévision.

Le système est très différent du nôtre. Ils ont un système d’écran circulaire et une volonté de laisser les gens s’exprimer qui sont vraiment très bien et si je pouvais me faire embaucher c’est un système comme celui-ci que je souhaiterai utiliser. (voir extrait université 1)

Les outils mis en œuvre sont tels qu’il est facile de se concentrer sur son travail. Moi qui ai toujours du mal à me concentrer, je n’avais là-bas aucune difficulté. Le fait d’avoir des chaises et des tables que l’on peut faire tourner te mettent en position confortable et tu n’es pas coincé devant ta table.

Voici une autre classe, où le matériel utilisé permet une bonne accessibilité. Comme vous pouvez le voir sur la diapo il y a bien sûr des tables, et toutes les chaises sont pivotantes. Ils utilisent des techniques simples, à l’instar de la France, comme le système de rétroprojecteur sur tableau blanc, mais aussi d’autres techniques qui facilitent l’enseignement. Par exemple, leurs écrans d’ordinateurs sont à plat sur la table, l’écran ne fait donc pas obstacle à la visibilité. Ce sont des systèmes que l’on pourrait utiliser ici, par exemple pour les cours de dessin, imaginer un tableau qui ne serait pas au mur mais à plat comme une table, plus la peine d’avoir de feuille de papier et cela permettrait une fluidité du cours.

Pour la diapo suivante, je pense qu’aucun d’entre vous n’a vu nulle part cette accessibilité là ! L’accessibilité du sport ! Là-bas, au hockey, le sifflet est remplacé par des flashs télécommandés sur les côtés pour lancer et interrompre une partie. Le Danemark est le pays référence en terme d’accessibilité, et cela est vrai dans beaucoup de domaines, mais lorsqu’on leur demande ce qu’il en est du sport, il ne voit pas en quoi il serait nécessaire d’y mettre de l’accessibilité. Et le sifflet, alors !!! Je leur ai enfin trouvé leur point faible…. Ces flashs sont de nouvelles technologies qui peuvent être utilisées par d’autres et permettent des avancées importantes.

Le bâtiment que vous voyez, au début je me disais que sa forme était une idée architecturale, rien de plus, mais rien n’est fait au hasard, les ascenseurs sont vitrés et en cas de panne, on peut communiquer avec l’extérieur. En termes d’accessibilité et de sécurité, le bâtiment permet une communication visuelle permanente et par exemple, en cas d’incendie, il est aisé de transmettre l’information à tout le monde.

Dans l’établissement, je voyais des télévisions partout, au début je pensais que c’était pour les infos, mais en réalité il existe une salle technologique de communication et si une urgence arrive on peut envoyer un texto qui sera retranscrit en Langue des Signes et diffusé sur toutes les télés de l’établissement et ce dans les deux minutes qui suivent plutôt que de faire des annonces sur les haut-parleurs. C’est très rapide et cela remplace les annonces micros qui sont faites. Pour Websourd il faut quelques semaines pour qu’une traduction soit diffusée, le temps de tout contrôler, là c’est très rapide.

3) Des exemples d’accessibilité

Extrait Université 1

Extrait Université 2

Extrait Université 3





(A voir prochainement la mise à jour de la culture sourde, sur la télévision)