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3000 personnes ont marché pour la 51ème journée mondiale des Sourds
Toute l’équipe de WebSourd a fait le déplacement à Paris à l’occasion des JMS (Journée Mondiale des Sourds) dont le signe représente la terre accompagnée du signe « sourd ». C’est un événement qui a lieu tous les ans à la fin du mois de septembre, mais cette année est particulière : les représentants de l’EUD (European Union of Deaf), de la Fédération Mondiale des Sourds (FMS) de la Fédération Nationale des Sourds de France se joindront à la grande marche silencieuse qui cette année, exceptionnellement, rassemblera des personnes venues des 4 coins de la France. Reportage.

Sommaire
 1- la 51ème journée mondiale des Sourd en images (09’)
 2- JMS ou JMLS ? (11’21")
 3- M.A.I.N.S, et la suite ? (11’)

1- la 51ème journée mondiale des Sourd en images (09’)

Voici le défilé de l’immense marche silencieuse qui réunit des gens venus de Nantes et de Bretagne, de Lille, d’Angoulême, de Rennes, d’Angers, de Lyon, quelques-uns de Marseille et de Toulouse. Ils ont tous fait le déplacement pour venir grossir les rangs de ce défilé qui compte entre 1500 et 2000 personnes, peut être plus encore.

(images d’illustration)

(parole des marcheurs)

"Voilà, je suis « sourde bio » parce que chez moi, il n’y a que du naturel ! Pas d’appareils auditifs, pas d’implant, pas d’oralisation, rien que du vrai !"

"Que c’est émouvant de voir tous ces sourds réunis ! C’est bien la preuve que la langue des signes est un vrai vecteur de lien et de solidarité. C’est vraiment super !"

"La langue des signes, c’est vraiment quelque chose d’important et j’espère qu’à l’avenir, en France les choses vont changer, que les mentalités vont s’ouvrir un peu, surtout au niveau politique, au sein même de l’état."

"Il y a beaucoup de monde dans cette manifestation ! Je suis ravie d’être là, je n’ai jamais vu autant de sourds réunis, ils sont venus de partout pour cette journée. Je suis vraiment contente !"

"Nous sommes tous réunis Dans le silence profond, Mes larmes ont le même goût"

"Je suis entendant et ne tiens pas à devenir sourd. Tout ce qui m’importe, c’est de pouvoir discuter avec des sourds de façon naturelle et spontanée."

"Nous devons penser à l’avenir et permettre aux enfants sourds de ne pas grandir dans le pessimisme. Il faut leur donner l’image de tout ce qui est possible pour qu’ils se sentent bien et que nous ayons tous une vie plus agréable."

"Je suis très touché, tous ces gens me font l’effet d’un grand champ de fleurs qui s’ouvrent et s’épanouissent."

(Berglind Stefansdottir)

"Aujourd’hui cette JMS est une réussite, on ressent une solidarité des participants à cette marche, une communauté est présente, là, devant nous, toutes ces mains qui s’agitent, c’est beau ! ça redonne de l’énergie et demain nous reprendrons chacun notre quotidien car cela ne dure malheureusement qu’une journées. Nous nous retrouverons l’année prochaine. Je félicite les organisateurs, il y aurait de 5000 à 6000 participants, chez moi en Islande nous sommes 400 sourds alors vous imaginez, voir tous ce monde à Paris, c’est un véritable choc pour moi, j’aurais aimé pouvoir partager ce moment avec mes compatriotes sourds."

(Colin ALLEN)

"Cette journée est un moment privilégié d’échange et ce qui m’émeut, c’est la présence des jeunes et des enfants. Ils nous observent. Ils seront les adultes de demain, nous sommes des modèles de ce qu’ils seront plus tard. C’est une responsabilité et une fierté pour nous. Lorsque nous sommes arrivés sur la place où se tenaient les discours, ce qui nous rassemblait à ce moment là, et cela m’a sauté aux yeux, c’est la langue des signes. Elle est pratiquée indifféremment par des sourds où des entendants. On ressent une grande solidarité des personnes présentes avec pour objectif commun de montrer l’attachement fort que nous avons pour cette langue."

(Philippe Boyer)

"La journée mondiale des sourds, qui se tient cette année le 26 septembre, est un moment important pour faire avancer les idées qui nous tiennent à cœur, cette année c’est la langue des signes. Cette journée a surtout vocation à montrer que nous existons, elle n’est pas une journée d’action politique, bien que cela soit sous-jacent dans les thèmes que nous mettons en avant chaque année. L’organisation exceptionnelle de cette journée à Paris et la présence massive de nos adhérents conforte la Fédération Nationale des Sourds de France dans ses orientations politiques. Elle nous permet de voir que le lien qui unit les associations et les sourds à la FNSF est solide et cela nous donne du poids dans nos revendications. Les politiques ne se désintéressent pas de nos préoccupations, ils ne peuvent pas nous ignorer quand on voit l’ampleur de ce mouvement. Officiellement, aucun d’eux n’avait prévenu de sa présence mais plusieurs sourds m’ont rapporté en avoir vu dans le cortège, c’est bien la preuve que nous les touchons."

2- JMS ou JMLS ? (11’21")

A la veille de la grande manifestation du 26 septembre, s’est tenue à Paris, une conférence exceptionnelle réunissant les présidents de l’EUD (European Union of deaf), de la FMS (Fédération Mondiale des Sourds), et de la FNSF (Fédération Nationale des Sourds de France). Cette intervention avait pour objectif de faire passer un message commun lors de la marche du lendemain. L’idée principale est que l’accent doit être mis sur l’importance de la langue des signes. Ils ont même évoqué l’idée que cela apparaisse dans le nom des JMS qui pourraient devenir les « JMLS » pour journée mondiale de la langue des signes. Nous allons vous expliquer le fondement de cette démarche.

Lors de leur intervention, les présidents de l’EUD, de la FMS et de la FNSF ont insisté sur le fait que la langue des signes est importante pour tout le monde, pas uniquement pour les sourds. En effet, en situation de communication, le handicap est partagé par les deux interlocuteurs sourd et entendant. La langue des signes, si elle est partagée par tous est un vrai outil d’accessibilité au quotidien pour les citoyens. Si elle se répand, elle permettra de nouvelles choses dans notre société. C’est vraiment l’objectif qui est visé pour la marche silencieuse, faire connaître la langue des signes et se battre pour sa diffusion. En France, c’est une langue officiellement reconnue dans la loi mais il faut tout de même continuer à se battre.

Mr Allen, représentant de la FMS, venu d’Australie, a présenté toutes les actions de la FMS sur ces dernières années. Nous avons été très impressionnés par la richesse de tout ce qui a été mené. Voici un bel exemple de leur travail : ils ont œuvré auprès de l’ONU pour une vraie reconnaissance de la langue des signes dans la convention internationale où elle n’était pas présente. A force de propositions et de négociations, ils ont réussi à la faire apparaître huit fois dans les textes officiels sur des thèmes comme l’accessibilité, l’emploi ou le sport. Et ce n’est pas anodin car cela signifie qu’à chaque fois qu’un nouveau pays rejoint l’ONU, le protocole veut qu’il s’engage à appliquer cette convention et même, si cela est nécessaire, à modifier ses propres règles, internes à son pays, pour les rendre compatibles avec celles de l’ONU. La France a déjà signé un accord de principe mais la ratification du protocole n’est pas encore effective dans les faits, mais lorsque se sera fait, alors, la langue des signes aura une vraie reconnaissance.

(Colin ALLEN)

"Bien sûr la langue des signes est la langue des sourds, mais elle peut également être apprise par les entendants, de la même manière qu’un français peut avoir envie, à un moment d’apprendre l’anglais. C’est d’ailleurs présent dans la Déclaration des Droits de l’Homme rédigée par l’ONU. Dans la partie qui concerne le handicap, la langue des signes est clairement définie comme une langue à part entière au même titre que toutes les autres langues."

L’interview suivante concerne Mme Bertir, diminutif d’un nom plus complexe. Elle est originaire d’Islande et représente l’EUD. Son constat par rapport à l’Europe est que globalement, la situation de la langue des signes reste très fragile et que c’est très hétérogène d’un pays à l’autre. La langue des signes est parfois reconnue officiellement mais pas toujours, et les avancées sociales sont très disparates dans tous les domaines : l’éducation, le sport, le monde professionnel, l’accessibilité en général. On pense, souvent à tort, que la situation des sourds en Scandinavie est idéale mais c’est loin d’être le cas, seule la Finlande reconnait la langue des signes dans sa constitution, mais beaucoup reste à faire. En général, on est plus dans une situation intermédiaire comme en France où ce sont, comme pour l’éducation par exemple, des décrets qui découlent de la loi du 11 février 2005. Partout, on applique des textes ou des décrets mais jamais la langue des signes n’est inscrite au sein même de la constitution, à part en Finlande, en Espagne, au Portugal, en Tchéquie et en Slovaquie. Face à de tels décalages entre les pays, le combat de l’EUD est d’homogénéiser la situation en Europe pour que tous les sourds aient les mêmes droits.

(Berglind Stefansdottir)

"Suite à la proposition faite par Philippe Boyer lors de la conférence sur le nom des JMS, je dois dire que je m’interroge beaucoup. Je suis très intéressée par cette réflexion que la France a été la première à soulever : doit-on organiser une journée mondiale des sourds ou de la langue des signes ? Je souhaite vraiment que cette idée se répande et qu’une réflexion puisse avoir lieu un peu partout en Europe avant de remonter à l’EUD. De mon point de vue, c’est une bonne idée mais je ne sais pas ce qui serait le mieux. La journée du 26 septembre est instituée de longue date comme journée mondiale des sourds, ce sera peut-être difficile de la modifier et que ce soit adopté partout. Il y a certes cette date fin septembre mais il y a aussi la date du 3 décembre, journée de la surdité. On pourrait également décider de garder les JMS et de créer des JMLS sur cette journée du 3 décembre. Mais je ne sais pas quel est le meilleur compromis. Cette idée a été proposée par la France, je veux laisser le temps à cette proposition de circuler pour voir quelles sont les réactions des uns et des autres avant de décider quoi que ce soit."

Lors de la conférence, Philippe Boyer, président de la FNSF a remercié le FMS et l’EUD pour leur travail et l’importance des avancées obtenues grâce à eux. Il s’est engagé à ce que la FNSF prenne le relais de ces actions au niveau national afin de faire appliquer, enfin, les directives de l’ONU et d’obtenir une vrai reconnaissance de la langue des signes en France.

(Philippe Boyer)

"La convention de l’ONU sur les personnes handicapées est vraiment un élément primordial car elle détaille énormément les applications sur la vie quotidienne des personnes handicapées. Bien sûr, les sourds n’aiment pas ce qualificatif de « handicapé », c’est l’éternel débat et tiraillement entre la revendication de la culture sourde et la situation de handicap vécue. Mais il n’empêche, ce qui est inscrit dans cette convention est très important. De nombreux pays du monde, dont la France, ont signé cette convention mais la ratification du texte n’est pas encore effective. Et c’est cela qu’il faut obtenir, car ce texte dit très clairement que les langues des signes sont des langues à part entière, au même titre que toutes les autres langues orales et qu’à ce titre, elles donnent les mêmes droits. Dès lors que la France aura ratifié ce texte, les sourds pourront faire valoir leur droit auprès des services de l’État et obtenir gain de cause. En signant cette convention proposée par l’ONU et en validant son application, c’est le gouvernement qui s’engage à l’appliquer de façon stricte. J’ai appris il y a peu qu’au mois de juin dernier, le conseil des ministres avait donné son accord pour la ratification du texte. Il devrait donc être soumis à l’assemblée nationale d’ici le mois d’octobre. J’espère vraiment que cela ne sera pas reporté car c’est une avancée importante pour les sourds."

Comme le disait Philippe Boyer dans sa réflexion, si la marche silencieuse de cette année a pour but la promotion de la langue des signes, cette idée n’est-elle pas transversale à notre action ? Si le combat pour la reconnaissance de la langue des signes est notre fil conducteur à long terme, ne faut-il pas revoir la terminologie choisie pour cette journée et la nommer Journée Mondiale pour la Langue des Signes (JMLS) ? En disant Journée Mondiale des Sourds, cela renvoie aux sourds profonds, aux devenus sourds, à ceux qui perdent un peu d’audition, aux personnes implantées, aux oralistes et finalement, dans toute cette population, la langue des signes est bien peu visible. Si l’on dit que c’est la Journée Mondiale pour la Langue des Signes, alors le message est clair, on sait pourquoi on est présent et cela créé plus de solidarité entre les gens quels qu’ils soient. Se sentiront alors concernés des sourds mais aussi des entendants pratiquant la lsf, des parents d’enfants sourds et bien d’autres personnes qui viendront grossir et enrichir les rangs de cette marche pour la reconnaissance de cette langue. Bien entendu, c’est une proposition et rien n’a encore été décidé par la FNSF. Ce point sera voté lors de la prochaine assemblée générale en mars 2010 et si l’idée de garder le terme JMLS est entérinée, elle sera alors soumise à l’assemblée générale de l’EUD qui aura lieu à Madrid en mai 2010. Si l’EUD adopte également cette proposition, elle la renverra à son tour vers la FMS qui en débattra lors son AG qui se tiendra en Afrique du Sud en 2011. Cela signifie donc que si toutes les nations sont conquises par cette idée, nous défilerons tous en 2012 pour la Journée Mondiale de la Langue des Signes.

3- M.A.I.N.S, et la suite ? (11’)

La marche silencieuse telle que nous la connaissons n’est pas une nouveauté, elle a été proposée pour la première fois il y a 51 ans. Antoine Billy, membre de la Fédération Nationale des Sourds de France va revenir sur l’histoire de la création des cette marche pour les JMS.

(Antoine Billy)

"Vittorio Larello qui était président de la FMS et de l’association des Sourds d’Italie a pour objectif, à l’occasion des JMS, d’interpeler les politiques qui gouvernent en oubliant trop souvent la communauté sourde. Son souci premier est donc de les sensibiliser à ce que vivent les sourds au quotidien ainsi qu’à leurs besoins, notamment par rapport à la langue des signes. Le second objectif des JMS est un vaste mouvement solidaire au sein même de la communauté sourde ; malgré les différences de point de vue des nombreuses associations, ce rassemblement est l’occasion de faire front, ensemble vers un même but : faire reconnaître notre identité sourde et notre communauté."

"Habituellement, la Fédération Mondiale des Sourds (FMS) organise un grand colloque rassemblant des sourds du monde entier. Durant cette semaine, une journée était consacrée à une grande manifestation collective que l’on a alors appelée Journée Mondiale des Sourds. Ce n’est que plus tard que les JMS ont été étendues à une semaine. La création des JMS date donc de 1958. Mais dans les faits, elle a mis plusieurs années pour se développer et être reprise dans les différents pays. La prise de conscience de l’importance de cet événement n’a pas été immédiate et c’est petit à petit que cette pratique s’est propagée. Lors du dernier congrès de la FMS qui a eu lieu à Madrid, l’association MAINS a lancé cette idée, reprise par plusieurs pays, de porter un tee-shirt noir, symbole de l’oppression subie par les sourds depuis si longtemps, que l’on enlève pour découvrir un autre tee-shirt blanc qui représente le rêve que nous avons de pouvoir vivre dans notre langue, la langue des signes, d’être acceptés et de vivre mieux. Cette idée, nous l’avons reprise et promue car elle nous semblait intéressante. C’est ainsi qu’elle s’est propagée et qu’elle est maintenant reprise aux quatre coins de la planète."

L’association MAINS, menée par Bruno Moncelle, a été cette année largement soutenue par un collectif de 26 associations de Paris et d’Ile de France. En effet, durant toute la semaine qui a précédé la marche silencieuse du samedi, étaient organisées chaque soir, des conférences de sensibilisation sur des thèmes liés à la technologie, l’accessibilité, la société, l’éducation ou à la langue. Tout comme les actions de sensibilisation qui ont été menées à Toulouse durant cette même semaine. Il est important de voir toutes ces associations faire preuve de solidarité et travailler ensemble, même si sur les 68 associations que compte l’Ile de France, seulement 26 étaient présentes. J’espère qu’à l’avenir, elles se mobiliseront toutes aux côtés de MAINS pour cette organisation.

Depuis plusieurs années, Bruno, pour MAINS sillonne la planète, il s’est rendu au Canada, aux Etats-Unis, en Californie, en Tchèque, à Prague, afin de diffuser cette information sur les JMS, pour que les sourds du monde entier comprennent l’utilité d’une telle démarche solidaire, cohérente et homogène tournée vers un but commun. Il a fait de nombreux reportages et interviews que vous pourrez consulter sur son site internet qui est d’une grande richesse. En cela, Bruno est un vrai militant et même un vrai leader !

(Bruno Moncelle)

"C’est la troisième année d’existence de MAINS. Lorsque je suis allé à Madrid, pour le quinzième congrès de la FMS, MAINS n’existait pas encore : j’y suis allé pour le plaisir, à titre personnel. Et puis là bas, il y a une image qui m’a beaucoup touché lors d’un spectacle : des bulles dans lesquelles étaient représentés la planète et évoquant la solidarité. Et je me suis dit que c’était bien dommage d’être centrés sur nos querelles internes. Les pays ne sont pas au courant de ce qui se passe ailleurs et l’expérience et les avancées des uns ne servent pas aux autres. On pointe les problèmes mais on ne cherche pas de solution, il n’y a pas de véritable cohésion. Du coup, dès que les gens sortaient des conférences, ils semblaient oublier instantanément les inquiétudes qui venaient d’être soulevées pour profiter de moments festifs et parler de la pluie et du beau temps. Personne ne discutait de questions de fonds pour essayer de faire bouger les choses comme c’était le cas il y a quelques années. Il n’y avait plus cette mobilisation. Et vous me connaissez, je suis un militant actif, je ne lâche pas le morceau et j’aime les actions percutantes ! Cette passivité m’a inquiété et m’a fait réagir.

"Il ne faut pas se laisser disperser et c’est de là qu’est née MAINS, en résumé. J’ai alors fait cette vidéo MAINS que j’ai diffusé et qui a été littéralement adoptée voire absorbée par toute la communauté. Ce n’est pas moi qui ai été copié mais ce message. Le symbole du tee-shirt noir qui en découvre un blanc est un message fort et universel qui a tout de suite fait l’unanimité. La FMS a elle-même été prise dans cet engouement. Cette dynamique, même si elle émanait de MAINS au début, comme l’a dit la FNSF, nous souhaitons maintenant, pour la troisième année, que cette dernière reprenne le flambeau de cette organisation. Ce qui était une démarche individuelle à l’origine, a donné lieu à la création d’une petite association qui s’est vu entrainée par la demande internationale. Je suis maintenant très sollicité pour aller en Suisse, au canada, aux Etats-Unis afin d’informer et expliquer ce que sont les JMS."

MAINS s’investit beaucoup dans toutes ces activités et cela nécessite beaucoup d’argent. Aussi, il est important qu’ils puissent récolter des dons. Pour cela, il faut distribuer leur dvd intitulé « peu M importe » dans lequel vous trouverez des clips musicaux de 5 minutes en chants signés. Le message : peu importe qui nous sommes, mais s’exprimer en langue des signes est un droit !

(Images d’illustration)

(Bruno Moncelle)

"Dans ces clips, on y trouve de tout : il y a des enfants et des adultes de tous âges, de toutes les couleurs, des tous les styles, filles ou garçons... On les a pris tel quels, avec leur caractère, sans mise en scène. On leur a seulement demandé d’apporter leur richesse à eux, ce qui les passionne et les rend libres. C’est pour cela que le résultat est si beau et si homogène.

Pourquoi alors réaliser un tel dvd ? Parce que comme souvent, notre communauté est d’une grande richesse, mais nous ne savons pas la promouvoir à l’extérieur. La cible de ce support n’est pas la communauté sourde mais bien celle des entendants. Attention, lorsque je dis « cible », cela ne signifie pas contre les entendants mais vers eux, comment les informer et les sensibiliser. Mais je n’aime pas nommer « les entendants », mieux dire ce sont « les gens qui ne connaissent rien à la langue des signes », souvent ils ont une première réaction très positive, ils trouvent ça très beau. Il faudrait donc que cette idée puisse se répandre, faire des petits !

C’est un peu la même image que chez les indiens qui ont un arbre très ancien et qui font un feu à son pied, non pas pour l’abattre mais pour le multiplier. C’est la fumée qui se dégage au pied de l’arbre qui va provoquer la naissance de petites pousses tout autour de l’arbre. C’est cela que j’ai vu chez les indiens, ils ont compris comment, à partir d’un seul arbre, on pouvait faire une forêt. J’aime bien cette image et j’aimerais bien que l’on puisse faire de même, de façon naturelle, grâce à ces clips. Que les idées se répandent d’elles-mêmes sans que l’on soit obligé d’aller interpeler les gens un à un pour leur expliquer."

(Berglind Stefansdottir)

"La marche de la JMS permet d’interpeler les pouvoirs publics sur nos préoccupations, qu’ils prennent conscience de notre présence et de nos besoins. C’est une marche positive, expressive, festive, cela aide les organisateurs dans leurs rencontres avec le gouvernement. La langue des signes apparaît au grand jour une fois par an, elle devrait être diffusée quotidiennement pour que la population prenne conscience des locuteurs sourds, par le biais de spectacles, des médias, de WebSourd."

(Antoine Billy)

"Est-ce que la JMS s’arrêterait si la langue des signes était reconnue ? Bien sûr que non, c’est devenu un moment incontournable de nos vies. Pour ma part, c’est une date que je réserve dans mon agenda. Ce jour-là, pas de repas familial ou d’autre activité, c’est un jour que je consacre aux rencontres, aux échanges. A l’avenir, même si nos combats aboutissent, nous devons continuer à être présents pour être visibles et nous devons également rendre hommage à ceux qui nous ont précédés. Il faut penser à l’avenir mais aussi ne pas oublier par où nous sommes passés ces derniers siècles : ce serait une journée pour saluer la mémoire de ceux qui ont marqué notre Histoire."