Publié le 11 juillet 2008
www.signetonavenir.org vient de voir le jour le 3 juin à Toulouse. Etudiants’31 et SFR, acteurs de ce projet, vous invitent à le découvrir et à donner votre opinion.
1ère partie
Trois ans après le lancement du premier site bilingue www.websourd.org, un nouveau site pour les étudiants sourds, accessible en langue des signes française, vient de voir le jour. Ce site est un portail d’information bilingue (français et langue des signes) et a pour but de favoriser les études supérieures et l’insertion des jeunes sourds.
Jérôme Philippe, et Etienne Guillou membre d’Etudiants’31 sont à l’origine de la création de ce site. Le premier nous explique comment Etudiants’31 a lié d’amitié avec la Fondation SFR et l’agence Arterrien.
ITW de Jérôme Philippe C’est vrai qu’il existe déjà le site de WebSourd qui est un site bilingue riche en informations. Notre association leur a d’ailleurs déjà transmis des informations pratiques à diffuser et nous pourrions passer par eux mais le problème, c’est que nous avons nos propres revendications, nous nous battons pour défendre les droits des étudiants sourds et ça, nous ne pouvions pas le faire sous l’étiquette WebSourd. Il nous fallait vraiment un site dédié et c’est pour cela que nous avons créé « signetonavenir ». Bien sûr, le concept et le principe du site bilingue appartiennent à WebSourd et nous n’avons fait que le reprendre. Nous avons d’ailleurs profité de leur savoir faire et il nous a souvent servi d’exemple pendant la conception, cela nous a ouvert des perspectives. (Images)
Nous venons de créer le site « signetonavenir.org » car il nous est apparu que les étudiants, les professionnels, les rectorats, les inspections académiques, les différentes institutions connaissaient mal les besoins des étudiants sourds. En effet, notre premier site était fermé, tourné uniquement vers les sourds. Le but de notre association « étudiants sourds 31 » était de promouvoir et de faire reconnaître les droits des étudiants sourds. Mais nous nous sommes aperçus que cela ne fonctionnait pas, que la communication ne passait pas, que nous n’étions pas entendus. Il se trouve justement que 3 jeunes femmes, étudiantes en communication, sont venues à notre rencontre pour travailler sur l’amélioration de notre ancien site, dans le cadre de leur mémoire. Nous avons bien accueilli leur projet de refonte et elles ont alors entamé une intéressante analyse diagnostique du site tel qu’il existait. Elles y ont trouvé de nombreuses répétitions, des informations pas assez ciblées et surtout un manque d’ouverture vers l’extérieur. C’est d’ailleurs le point fort du nouveau site « signetonavenir », c’est son côté positif, ambitieux et résolument tourné vers l’extérieur. C’est un site motivant et attractif pour les jeunes car il comporte de nombreuses informations en LSF, des témoignages, des idées d’orientation possibles, et ce, que l’on soit à Toulouse, à Paris ou ailleurs. Ce site centralise des informations venues des 4 coins de la France, c’est un lieu d’échanges qui rapproche les gens et c’est très rassurant pour les jeunes.
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La collaboration avec Arterrien, les concepteurs du site n’a pas toujours été simple, ce fut même déstabilisant au début, la discussion n’était pas aisée. Il fallait instaurer un dialogue tenant compte de leurs contraintes techniques avec le maniement d’un jargon difficiles pour nous, la communication au quotidien, souvent à l’écrit, parfois laborieuse et le fait que ce site devait être accessible aux sourds avec la présence permanente de la LSF comme principe de base. Ce n’était pas toujours facile de nous mettre d’accord , même lorsque nous avions recourt à un interprète. Il nous a fallu du temps pour nous comprendre et nous mettre en phase les uns avec les autres. Au bout de 6 mois, nous avons finalement réussi à trouver notre place dans ce fonctionnement et ça a été de mieux en mieux. Bien sur, nous continuons à les sensibiliser aux spécificités culturelles liées à la LSF ce qui leur permet de mieux travailler. Une anecdote qui paraît anodine mais qui a nécessité de la discussion. Sur le site, la vidéo et le texte apparaissent côte à côte. A côté du texte, il y a un ascenseur qui permet de le faire défiler. Le défaut, au départ était que lorsque l’on faisait défiler le texte vers le bas, cela faisait remonter la vidéo qui n’était alors plus visible. Nous leur avons alors expliqué qu’il fallait absolument que la vidéo reste fixe pour être lisible lorsque le texte défile à côté. Cela paraît être un détail mais il a fallu en discuter pendant 10 minutes pour qu’ils comprennent. Nous avons finalement réussi à trouver une solution puisque maintenant, cela fonctionne parfaitement sur le site !
En effet, en France, moins de 10% des bacheliers sourds poursuivent des études supérieures et 70% des sourds sont illettrés en raison de leur échec scolaire (enseignement dispensé en général par l’oral, en dépit de la langue des signes française) et aussi du peu de disponibilité des services d’interprètes (manque d’aides financières). Peu de filières leur ont accessibles, hormis le bel exemple de l’université des Beaux Arts de Marseille, pôle d’accueil des étudiants sourds. fin de l’interview.
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Le site signetonavenir contient quatre rubriques « Vivre », « étudier », « travailler » et « communiquer », contenus riches de témoignages et de conseils pour trouver une école, un emploi ou une formation, et adressé à tout public. Ce site est une source d’information pour les lycéens, les parents, les institutions ou encore les enseignants qui accueillent des étudiants sourds dans leurs cours... Etienne souligne que le site a une double mission : permettre aux futurs étudiants de trouver l’information dont ils ont besoin et les faire sortir de leur solitude, donc leur proposer des rencontres dans la vie réelle (in real life)
ITW de Etienne Guillou
L’adresse internet : « signetonavenir » n’a pas été choisi par hasard. Nous avons choisi de mettre en avant le terme : « signe » pour 3 raisons :
> parce qu’il symbolise la langue des signes qui est notre langue, celle que nous pratiquons.
> parce qu’il est le signe que nous, étudiants, nous sommes capables de faire des choses.
> parce que nous avons en quelque sorte signé notre engagement à aller de l’avant afin de réussir nos études.
Le terme : « avenir » représente l’espoir des étudiants sourds en leur vie future. Nous avons bel et bien un avenir ainsi que l’espoir d’atteindre l’objectif souhaité. Si le terme : « avenir » ne figurait pas dans cette adresse, le site perdrait sa raison d’être.
En choisissant ce terme, nous pensons plus particulièrement aux lycéens qui représentent les générations futures et à qui nous voulons donner de l’espoir. fin de l’interview.
Le site a pour but de servir de passerelle entre tous ceux, acteurs publics, université, grandes écoles, entreprises, sourds comme entendants, qui sont en position de faire évoluer les choses.
ITW de Jérôme PHILIPPE Ce qui est important avec ce nouveau site, c’est qu’il puisse se diffuser. C’est un site interactif et non figé sur lequel on viendrait seulement consulter des informations. C’est un vrai site participatif au sens citoyen et démocratique. Chacun peut témoigner de son vécu, de son expérience de la vie étudiante, de la manière dont il a été accueilli dans les structures, de son entrée dans la vie étudiante. Tout ce qui concerne les 3 principaux axes abordés dans notre site qui sont « vivre », « étudier » et « travailler ». Il y a également le thème « communiquer » dans lequel on trouve un forum d’échanges pour que chacun puisse poser des questions sur les difficultés qu’il rencontre et échanger sur toutes sortes de thèmes. Regardez, à cet endroit du site, c’est l’espace où chacun devient acteur et participe à l’évolution de notre vie dans la société, sans cela, le site ne serra pas vivant, il est donc important que chacun y participe. fin de l’interview.
2ème partie
Il n’y a aucune norme qui indique comment rendre accessible un site ; le seul moyen pour l’instant d’inscrire la langue des signes est la vidéo (des études sont en cours, comme sign writing, ou LS script). Comme le site de WebSourd, le site signetonavenir a mené de nombreuses recherches pour atteindre une conception innovante. Séverine VEYRAC de la société Arterrien, consultante du projet site raconte comment elle a travaillé avec les étudiants sourds acteurs du projet.
ITW de Séverine VEYRAC Je vais répondre aux 2 questions : Travailler avec des sourds, effectivement ça a pas été évident dès le départ, parce que de toute façon, travailler avec un interprète, il y a peut-être des informations qui se perdent, des choses comme ça. En fait il a fallu que ça se mette en place tout simplement, et par rapport au site, oui, c’est pas du tout les mêmes configurations que d’habitude, par rapport à la lisibilité du texte : nous ce qu’on savait pas par exemple, c’est que quand il y avait une traduction, il fallait que toute la traduction soit à la même hauteur que la vidéo, pour être lue de suite... des choses comme ça, mais qui nous ont fait avancer dans le bon sens. fin de l’interview.
La Fondation SFR a doté Etudiant’S31 d’une bourse de 14 000 euros. Jérôme Richez, directeur des relations régionales à SFR, explique comment la Fondation SFR a pris connaissance de ce projet. Il donne son point de vue sur ce projet en tant que citoyen.
ITW de Jérôme Richez Je dirais qu’il y a 2 choses. Il y a effectivement le 1er contact que l’on avait eu avec François GOUDENOVE et Jacques SANGLA. Le tout premier contact, c’était le lancement du projet d’informations sur mobile, informations AFP que vous tournez d’ailleurs à WebSourd. Le 2ème contact c’était une intervention de Jacques SANGLA à une conférence qu’on avait montée ensemble à Pau sur des notions de mobilité et de citoyenneté. Avant, je n’étais pas du tout à proximité de personnes sourdes ou de problématiques de surdité et puis lorsque j’ai rencontré, là aussi par hasard, la petite équipe à l’université, lorsque je suis intervenu à l’université Paul Sabatier, moi ce qui m’a vraiment séduit dans le projet, au-delà de la 1ère sensibilisation que j’ai pu en avoir, c’était la volonté et le côté très actif de Jérôme et de l’équipe d’étudiants S31 ; pour paraphraser une marque américaine, c’était le côté « just do it » : je veux, je peux, j’arrive, je le fais et je n’attends personne pour le faire, et ça c’était vraiment épatant. En tant que collaborateur, salariés d’SFR, on a tous la possibilité de porter des projets comme ça ; on est maintenant plus de 85 collaborateurs à l’avoir fait, on porte plus de 180 projets. Il y a une démarche qui est très formelle au départ, avec la petite équipe autour de Jérôme, on a en fait monté un dossier très administratif : les statuts de l’association, à quoi allait servir le projet, le budget détaillé, des devis, un calendrier, donc quelque chose de très formel. Ça, ça a été remonté à la Fondation et au jury qui préside à la sélection des projets ; pour la petite histoire, le jury a retenu le projet à l’unanimité, ils ont tous été très enthousiastes. Et c’est comme ça que la décision a été prise. Ainsi, derrière, on a pu démarrer avec un financement à hauteur de l’ambition, puisque ça c’est aussi important, des projets comme ça ; il faut être au rendez-vous à la fin et ce dont on peut être collectivement fier, c’est qu’on a fait un projet professionnel. On n’a pas fait un projet « associatif » pour se faire plaisir, on a quelque chose de vraiment professionnel au bout. Ce qui va se jouer maintenant, c’est la pérennité de la démarche, c’est sa diffusion sur un plan national, c’est ce que ça va provoquer chez les acteurs publics, dans les universités. On a eu tout à l’heure la réaction d’un enseignant qui dit : « moi maintenant si vous voulez je propose de mettre mes cours en ligne, je peux contacter d’autres enseignants »... voilà c’est ça : qu’est-ce que ça va provoquer ? Le tout, ce n’est pas de mettre des jolies photos, des vidéos, et du texte en ligne. Le truc, c’est : qu’est-ce que ça va changer, qu’est-ce qu’on met en place, et comment ça va vivre ? Et là il faut maintenir la même ambition, il faudra sans doute aller chercher d’autres supports et d’autres soutiens, mais c’est ce qu’on a prévu de faire avec l’équipe. C’est, une fois qu’on aura une première notoriété d’acquise, commencer à aller chercher des partenariats dans le monde éducatif, éventuellement dans le monde des entreprises, mais aussi auprès des acteurs publics. fin de l’interview.
Autres sites
www.wesbourd.org, www.pisourd.ch, www.signetonavenir.org verront peut-être naître d’autres frères bilingues. Les sourds espèrent en tout cas voir l’accessibilité en LSF sur Internet se répandre en France, et aborder tous les domaines.
http://www.01net.com/editorial
www.touleco.fr/Signetonavenir-org
http://menara.ma/fr/Technologies (Maroc)
http://www.edicom.ch/fr/news/ (Suisse)