Par LV
Durée : 06’12"
L’association Tolosa’31 et son secteur Sourd Action, sous la responsabilité de Jean-François PIQUET, enseignant dans les classes sourdes, ont pris l’initiative de valoriser l’Histoire des sourds de manière à ce qu’elle soit perpétuée.
Mais comment faire pour transmettre, de génération en génération, le souvenir de personnalités telles que l’Abbé de l’Epée ou Ferdinand BERTHIER ?
Jean-François PIQUET est un adepte de l’Histoire des sourds. Il a proposé à ces deux associations d’organiser un grand banquet en hommage à ces deux personnalités. Le dimanche 25 novembre, au foyer de Tolosa’31, soixante participants, dont douze enfants, ont eu l’occasion de graver cet événement dans leur tête, qu’ils pourront à leur tour transmettre.
Rencontre avec Jean-François PIQUET :
(Jean-François PIQUET)
« Nous n’avons pas choisi notre date, le dimanche 25 novembre au hasard : le 24 novembre 1712 naissait l’Abbé de l’Epée. Nous voulons donc célébrer son souvenir car cet homme fait partie intégrante de notre histoire. Il est essentiel de partager avec les jeunes générations notre patrimoine culturel, garant de nos valeurs propres en tant que communauté sourde, faute de quoi les jeunes resteraient dans l’ignorance et ne pourraient construire leur avenir en tant que sourd. Cet événement, nous le signerons d’une manière particulière, c’est-à-dire tel que cela se disait au début du siècle. Ceci m’a été transmis par un sourd parisien de 78 ans qui me disait que ce signe avait été utilisé en 1912 pour un banquet à l’issue d’une grande manifestation en l’honneur de l’Abbé de l’Epée à Paris et à Versailles.
« Par ailleurs, j’ai beaucoup lu sur l’histoire des sourds. Il en ressort que le dix-neuvième siècle fut l’âge d’or de la communauté sourde. A cette époque, on trouve parmi les sourds de nombreux lettrés, des professeurs, des directeurs, des artistes prestigieux. Notre idéal est de faire partager un même esprit à notre communauté, de faire reconnaître la valeur de la culture sourde, fondement de notre avenir collectif, c’est ce qui nous a donné envie de faire revivre cette forme de tradition : le banquet. »
« Notre premier souci, et c’est celui de tout le monde, est l’avenir des sourds, la reconnaissance de leur identité. Quels moyens devons-nous employer ? La lutte politique ? Les banquets ? Les conférences ? Le spectacle vivant ? ... Dans le cadre de notre banquet, nous avons pensé à deux tableaux représentant des personnes, symboles forts de notre histoire. Il s’agit de Ferdinand BERTHIER et de l’Abbé de l’Epée.
« Dans ce local où se réunissent les sourds, il n’y a pas de tableaux. C’est une lacune dans l’environnement culturel des jeunes. Nous avons longuement réfléchi et décidé de fixer ici deux tableaux. Nous poserons le premier aujourd’hui. Nous espérons que cette idée se répandra dans toute la France et que dans chaque école, dans chaque association, on accrochera ces deux tableaux. Lors de notre marche de septembre dernier, en l’honneur de Pierre PELISSIER, grand écrivain, poète, professeur et créateur d’un dictionnaire de langue des signes, nous avons posé un tableau en son hommage. »
« Nous avons choisi ce lieu car il est le centre vital de la communauté, là où se croisent toutes les générations. C’est ici que les jeunes de toutes les écoles se retrouvent pour le sport et ici que viennent les seniors. C’est le lieu de la transmission. Les tableaux sont le support d’un échange de savoirs en langue des signes autour des personnages qui ont construit notre histoire et dont nous sommes les héritiers. A travers eux, nous faisons vivre notre langue au quotidien. On peut dire devant ces tableaux que Ferdinand BERTHIER est un homme politique et que grâce à lui, les sourds ont eu le droit de voter, de se marier, ce qui leur était interdit avant. En 1848, BERTHIER et PELISSIER ont été élus députés ! Ils communiquaient avec les autres députés par écrit. Tous ces succès ne sont pas connus des jeunes, il faut absolument qu’ils le sachent, et cela peut se faire par la présence de ces tableaux.
"Notre espoir est de voir les jeunes devenir militants. On ne peut pas le forcer mais cela vient par des prises de conscience, qui sont favorisées par un environnement culturel riche et véritable. Il faut que les sourds prennent leur place de citoyen à part entière, déjà au sein de leur communauté au travers d’actions collectives. Seul, personne ne peut rien faire. Il faut qu’avec le temps, les jeunes se forment et que les anciens fassent avancer la communauté toute entière. »