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  Sophie Vouzelaud et son jardin secret (1/2)  
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par Jean-Olivier REGAT

Dix mois après l’élection de Miss France 1er Dauphine, WebSourd a rencontré Sophie Vouzelaud qui nous fait découvrir son jardin secret.

Sommaire
 1- Introduction (13’’)
 2- Enfance de Sophie Vouzelaud
 3- Difficultés de son intégration au lycée et son envolé pour Miss LIMOUSIN (4’39’’)
 4- Au bout de ses forces à l’élection du Miss France 2007(6’27’’)
 5- Interprètes, découvertes, médias, Miss Monde selon elle (6’)

Par LV

1- Introduction (13’’)

L’interview de Sophie Vouezlaud est divisé en deux partie en raison de son longueur. Aujourd’hui, vous êtes invité à consulter la première partie de l’interview.

2- Enfance de Sophie Vouzelaud

(Sophie Vouzelaud)

A l’age de 7 ans, ma mère a tenu à ce que je rencontre d’autres sourds. Il lui semblait important que je sache que je n’était pas seule dans ma situation. Elle m’a donc amenée dans une école où l’on intègre des enfants avec différents handicaps (sourds, aveugle, etc.) J’ai découvert qu’il y avait d’autres enfants sourds comme moi. J’ai appris à ce moment là, quelques signes de base : « bonjour », « merci ». J’ai conservé le contact avec des amis de cette époque. Mais à mon entrée au collège, mon emploi du temps étant très chargé, je n’avais plus le temps de côtoyer mes amis et donc la langue des signes. Puis, vers 16-17 ans, j’ai commencé à sortir de chez moi. Je fréquentais des associations qui m’ont beaucoup apporté. J’ai également progresser en langue des signes au contact d’autres sourds et ces expériences ont été très enrichissantes.

A l’école, du primaire au lycée, j’étais en intégration avec des entendants. Je n’ai jamais connu d’établissement spécialisé pour les sourds. Je suis allée à l’école à Saint-Junien, ma ville natale. Puis je suis allée au collège à Limoges, à 30km et je suis revenue au lycée à Saint-Junien pendant 2 ans. Enfin, je suis retournée à Limoges par la suite. J’ai donc fait beaucoup de va-et-vient. A l’école primaire, tout s’est très bien passé. Les instituteurs faisaient bien attention à moi, ils venaient régulièrement me voir pour savoir si j’avais bien compris. Mes camarades de classe m’aidaient aussi beaucoup. Tout s’est vraiment bien passé, j’avais même de bonnes notes. Au collège, en revanche, c’était plus difficile. Tout d’abord à cause du changement d’emploi du temps. Il y avait beaucoup de matières différentes : français, mathématiques, histoire-géographie, etc. Les professeurs utilisaient très peu le tableau et passaient essentiellement par l’oral. J’étais un peu perdue.Certains élèves m’aidaient, mais d’autres me prenaient comme bouc-émissaire à cause de ma surdité. J’avais quelques amies très proches qui m’aidaient énormément en me résumant les cours, en passant par l’écrit... J’avais également dans mon planning des heures supplémentaires pour le tutorat avec les professeurs. Cela représentait une heure par jour, soit 5 heures par semaine, et donc en rentrant le soir, j’étais fatiguée et j’avais peu de temps pour moi. Par exemple, avant mon entrée au collège, je faisais du karaté, mais dès la sixième, j’ai dû arrêter et je le regrette maintenant.

3- Difficultés de son intégration au lycée et son envolé pour Miss LIMOUSIN (4’39’’)

(Sophie Vouzelaud)

J’ai arrêté l’école l’année dernière pour un problème de discrimination. Lors de ma première année au lycée en bac pro comptabilité à Limoges, les élèves de ma classe avaient un comportement étrange. Ils ne discutaient jamais avec moi, ils m’observaient alors que je ne faisais rien de particulier, je trouvais la situation bizarre. Les sourds sont tout à fait capables de travailler et d’avoir un avenir. Le professeur de comptabilité ne m’aidait pas, il m’ignorait, ne me répondait pas. Il y avait beaucoup de choses que je ne comprenais pas, j’avais besoin d’un peu de soutien, de quelques phrases. Je ne comprenais pas car mon BEP de comptabilité à Saint-Junien s’était très bien passé, j’avais de bonnes notes. A Limoges, par contre, ça n’allait plus. J’avais beau demander de l’aide, on ne me répondait pas. Je ne comprenais pas ce que l’on me disait et personne ne prenait la peine de faire le moindre effort. Jusqu’au jour où le professeur nous a donné un devoir sur table auquel je n’ai pas su répondre. J’ai répété que je n’étais pas au courant de ce devoir, mais le professeur n’a rien voulu savoir. J’ai donc eu 0/20. Cette situation s’est répétée et mes notes ont terriblement chuté. Cela ne me semblait pas normal, et j’ai donc décidé d’arrêter au mois de juin. Puis en octobre de la même année, ont eu lieu les élections miss limousin, ce qui m’a rassurée sur mon avenir. En effet, ce qui venait de m’arriver avec la comptabilité m’avait un peu fait perdre espoir, nous étions en quête d’un autre établissement, mais je tenais à rester dans ma région, je ne voulais pas avoir à partir, quand les élections ont eu lieu avec ce résultat positif pour moi. C’est une histoire incroyable.

Je ne voulais pas être comptable. Mais j’ai manqué d’informations lorsque j’étais au collège. On ne me disait rien, et puis j’étais en intégration : quand les gens discutaient autour de moi, je voyais bien ce qu’il se passait mais il était difficile de suivre ce qui était dit. Du coup, je n’avais absolument aucune idée de ce que je pouvais faire par la suite, quel métier choisir, etc. Devant mon indécision, un professeur m’a alors conseillé la filière comptabilité puisque j’obtenais de bonnes notes en mathématiques. Comme j’étais jeune, je n’avais aucune idée à opposer à ce conseil d’orientation, je ne savais absolument pas quoi faire, alors je me suis dit que j’allais essayer. Quelle mauvaise surprise ! La comptabilité, ce n’était vraiment pas pour moi. A moins que le problème ne vienne des explications pendant les cours. Comme j’étais en intégration, il était en effet difficile de suivre sereinement. Si le professeur avait dispensé son cours en langue des signes, peut-être que la matière m’aurait plus intéressée. C’est possible...

En octobre de la même année, j’ai été élue Première Dauphine, ce qui m’a rassurée pour mon avenir. En effet, ce qui venait de m’arriver avec la comptabilité m’avait un peu fait perdre espoir. Je tenais à rester dans ma région, je ne voulais avoir à partir. Je cherchais du travail quand les élections ont eu lieu et j’en suis ravie, cela m’a sauvée. C’est une histoire incroyable.

Le 1er février 2006, ma mère est venu me trouver en me disant que l’élection de Miss Limoges se ferait dans une ville voisine. Je trouvais intéressant de le faire et puis ça lui faisait plaisir, ma mère a insisté pour que je m’inscrive. Pourquoi pas, c’était l’occasion de vivre de nouvelles choses, de rencontrer d’autres personnes ! Me voilà donc partie pour cette élection ; sur place, il fallait s’entraîner un petit moment a la mise en scène et ensuite l’élection avait lieu. J’ai été élue 1ere dauphine de miss Limoges ! Je ne pensais absolument pas arriver à ce titre ! J’étais ravie.

Dans la foulée, les gens ont insisté pour que je participe aussi à l’élection de Miss Limousin. J’ai accepté, mais je ne le faisais vraiment que par plaisir ; il n’était pas possible dans ma tête que je gagne. j’ai été élue Miss Limousin ! quelle surprise, je ne pensais pas aller loin ! Là, je me suis mise à réfléchir et une idée m’est venue : je pouvais profiter de ces titres et de mon parcours pour mettre en avant la nécessité d’accessibilité pour les sourds et montrer combien la France, comparée à d’autres pays, est en retard dans ce domaine.

4- Au bout de ses forces à l’élection du Miss France 2007(6’27’’)

(Sophie Vouzelaud)

Oui, j’étais confiante, il n’y avait pas de problème. Mais trois semaines avant l’élection de Miss France, un voyage d’une semaine, à l’île Maurice avait été organisé pour notre groupe de 37 Miss. Le premier jour, celui de la rencontre entre nous toutes, cela a été extrêmement difficile. J’étais la seule sourde et je n’arrivais pas à suivre ; j’étais complètement à l’écart. J’essayais bien de m’adapter à chacune ; en plus j’expliquais bien que j’étais sourde, mais rien à faire. Des groupes se sont formés ; j’ai alors essayé d’en intégrer un. J’avais vraiment envie de participer, mais cela a été une journée très dure pour moi.

Le plus dur, c’était le moment des repas, que ce soit le midi ou le soir. A chaque fois, j’attendais que cela se termine alors j’en profitais pour inonder mon petit ami, ma famille et mes amis de SMS grâce au portable que je dissimulais sous la table. C’était comme ça tous les jours, je me suis véritablement ennuyée.

On a ensuite passé deux semaines à Poitiers pour essayer les costumes, préparer les chorégraphies, etc. Là aussi, cela n’a pas été facile, mais le professeur était super. Il a de suite compris ma situation, il faisait des efforts pour s’adapter, il vérifiait que je comprenais bien les consignes. C’est vraiment quelqu’un de bien.

Avant l’élection, je n’aurais jamais imaginé décrocher le titre de Première Dauphine. J’ai rencontré l’animateur, Jean-Pierre Foucault, juste avant l’émission. Il m’a dit : "Ne t’inquiète pas, Sophie, on va juste trouver un code. Donc si jamais tu es dans les dauphines, tu regarderas bien la Miss France, tu feras bien attention à lire sur les lèvres et ça ira." Donc, me voilà au moment de l’émission à regarder Miss France et je la vois me disant "Oui Sophie, tu as été choisie, approche." J’étais ravie. C’est là qu’il y a eu ce "problème" avec l’interface. J’étais terriblement angoissée, et aussi en colère parce que ce n’était pas ce que je disais. Mais peut-être elle aussi était-t-elle angoissée ? Enfin, je ne sais pas, c’est étrange quand même. En plus, c’était en pleine émission : je me suis sentie très gênée et au fond de moi, tout s’effondrait d’un coup. Après, j’étais tellement sûre qu’il n’y avait plus aucune chance de gagner que je ne faisais plus attention à ce qui se passait. C’est Miss Alsace qui m’a tapoté le bras : finalement j’étais toujours dans la course pour le titre de quatrième dauphine. Il fallait à nouveau reprendre la parole, et c’était affreux, l’interface ne me comprenait pas ! J’ai répété six fois le signe "accessibilité" et elle ne comprenait toujours pas : c’était pourtant ce qui me tenait le plus à cœur. Je bouillais littéralement. Donc j’ai finalement demandé le micro à Jean Pierre Foucault, il fallait que le public comprennent le message que je voulais faire passer. Vous ne pouvez pas vous imaginer quel bien cela m’a fait de pouvoir m’exprimer ! ensuite cela a repris, je n’étais pas la quatrième Dauphine, ni la troisième, et je regardais toujours attentivement miss France2006. Pour le titre de deuxième dauphine, toujours pas de regard qui m’appelait... Nous n’étions plus que deux, il a fallu s’avancer et on ne me lançait toujours pas de code. Au fond, j’étais très angoissée car je ne voulais pas être Miss France ! Cela voulait dire aller sur Paris, être toujours par monts et par vaux... Je suis au contraire très attachée à ma région, à ma famille et je ne voulais pas de ce titre de Miss France.

Quelle angoisse ! J’étais obligée de garder le sourire mais j’étais toute fébrile ! Avec la Miss qui restait, nous nous sommes tenu la main, et elle me répétait "Tu vas gagner, tu vas gagner", mais je ne voulais pas ! Enfin, ils ont annoncé que j’étais Première Dauphine : quel soulagement !! J’ai remercié les gens du fond du cœur, et j’ai bien sûr félicité la nouvelle miss France ! Quelle aventure incroyable !

J’étais ravie d’avoir obtenu le titre de Première Dauphine. Ceci dit, je n’aurais jamais pensé que je serais autant sollicitée ! En général, on n’entend pas parler de la Première Dauphine, tous les projecteurs sont braqués sur la nouvelle Miss France. J’ai été beaucoup sollicitée par la presse, on me demandait partout ! Je suis presque plus connue que la Miss France qui elle, n’apparaît pas beaucoup dans les médias. Ça m’a vraiment étonnée, je ne m’attendais pas du tout à ça. En plus, beaucoup se sont manifesté en disant que j’aurais dû avoir le titre de Miss France. C’est très gentil, mais le titre de Première Dauphine me fait tout autant plaisir et c’est déjà incroyable d’y être arrivée ! Tout le monde a été très gentil avec moi, dans toute la France, et je les en remercie vraiment, d’autant plus que c’est grâce à eux que j’ai obtenu un tel titre, grâce à leurs votes. Alors un grand merci à eux. Ça a été incroyable ; quel beau cadeau ils m’ont offert là ! Depuis, je n’ai pas eu de contact avec les autres Miss, pas de mot de félicitations, mis à part Miss Dauphiné.

5- Interprètes, découvertes, médias, Miss Monde selon elle (6’)

(Sophie Vouzelaud)

C’est à se demander à quoi sert le diplôme des interprètes. Ce qui est arrivé pendant l’émission a malheureusement dévalorisé leur travail. Ceux-ci doivent travailler dur pour obtenir un diplôme alors que les interfaces n’ont qu’une petite formation à suivre. Et c’est un interface qu’on choisit après ? Mais les interprètes alors, qui travaillent dur et qui ont un diplôme ? On en fait quoi ? Il vaut mieux les choisir eux, et non pas les interfaces. C’est ça que je ne comprend pas et que je ne trouve pas logique. A moins que ce ne soit au départ un manque d’informations ; il faudrait peut-être mettre en avant la présence des interprètes diplômés. Quant à ceux qui disent que leurs services sont chers - certains le disent -, je répondrais que ce n’est pas un argument humain.

Depuis mon élection de première dauphine, je vais de découvertes en découvertes, j’apprends beaucoup. Comme on est invité un peu partout, on voit des métiers différents ; ça me donne des idées pour plus tard ! Avant, je pensais que les pistes professionnelles étaient plutôt restreintes, et je m’aperçois au contraire que le champ est vaste. Je ne l’imaginais pas. C’est très intéressant de toucher à tout et ça donne vraiment envie.

Depuis l’élection, j’ai fait beaucoup d’interviews pour les médias, des émissions, etc. Ça s’est bien déroulé, mais c’est vrai que c’est très fatigant d’être souvent en déplacement. Je me déplace beaucoup sur Paris, les activités s’enchaînent et les temps de repos sont très court . J’ai aussi été invitée par Jean-Claude JITROIS, un créateur de haute couture. Il a été très gentil, c’était très intéressant ; tout s’est très bien passé.

On a également demandé ma présence pour des congrès, des inaugurations, des évènements sportifs, des évènements organisés par les mairies et j’en passe. Je suis beaucoup sollicitée !

Je vais également dans des réceptions où l’on me remercie de ma présence. C’est toujours un petit peu gênant car une personne fait un discours sur moi : discours que je ne comprends pas ! C’est quand même aberrant comme situation ! Elle parle de moi et je ne sais absolument pas ce qu’elle dit ! C’est gênant ! Du coup, je patiente le temps du discours et je vais ensuite solliciter cette personne pour lui demander de me donner la feuille de son discours ; ça me rassure de voir ce qui a été dit.

Par contre, le Maire d’ici (ville de Saint-Junien) est très gentil et il me connaît bien. Quand il doit faire un discours où je suis présente, il prépare deux copies de son discours et m’en donne une. De cette façon, je peux lire son discours en même temps. C’est non seulement très gentil, mais ça prouve qu’il y a un effort de fait et c’est très bien.

C’est très rare que j’aie des interprètes. J’en ai pour des émissions, mais pas pour les autres situations.

Pendant les interviews, en tête à tête avec une seule autre personne, je me débrouille pour lire sur les lèvres et j’oralise également. Dans d’autres configurations, ça dépend.

J’ai beaucoup de contacts et de questions qui me sont envoyés par courriel. Avant, on me demandait beaucoup sur Paris, maintenant tout se fait principalement par courriel.

En juin, j’ai appris que Miss France me laissait sa place pour participer à l’élection de Miss Monde. Je ne m’y attendait pas ! Mais ça m’a ravit J’ai reçu le dossier de préparation à l’élection. Ce dossier, reprenait le programme et le planning complet de la préparation à l’élection miss monde : ville d’accueil, date de la cérémonie, les vêtements portaient pour chaque évènement, etc. Bref, tout était prévu.

Trois semaines après, un courriel m’annonçait que mon inscription était refusée. Le Comité organisateur de Miss Monde avait envoyé un courrier au Comité français pour signifier qu’il n’acceptait la participation que de Miss France et pas de sa première dauphine. Le Comité français m’a donc transmis ce courrier. Je ne comprenais absolument pas ce qu’il se passait. Les années précédentes, les candidatures des premières dauphines de Miss France avaient pourtant été acceptées, et parfois celles des deuxièmes Dauphines ! Le comité miss France soutenait ma candidature pour participer à l’élection de miss monde.

Et cette année, le comité miss monde refusent ma candidature, au motif qu’ils préfèreraient que ce soit Miss France ? Où est la logique là dedans ?

C’est ma surdité qui les a gênés, ça ne m’étonnerait pas, et au fond, je suis sûre qu’ils ont trouvé ce prétexte pour me refuser. Parce que ce refus, soudain, n’est pas logique comparé aux candidatures acceptées les années passées.

En plus, le Comité organisateur de Miss Monde a fait paraître un communiqué dans la presse. Ils disaient qu’il existait bien un concours de Miss Monde pour les sourdes et que je pouvais sans problème participer à celui-là. Si ça, ce n’est pas de la discrimination ! C’est une preuve flagrante !

[Voir la suite de cet interview de Sophie Vouzelaud ->art4392]

28 septembre 2007
 
 
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