Sommaire
1- Introduction (01’18’’)
2- Interview de Solange HIBBS (02’37")
3- Interview de Patrick GACHE (04’09")
4- Interview de Christian CUXAC (05’41")
5- Interview de Jean-Louis BRUGEILLE (02’44")
6- Interview de Brigitte GARCIA (05’45")
1- Introduction (01’18’’)
Pourquoi organiser une journée d’études intitulée « traduction et métiers émergents : traducteur en langue des signes » ?
Depuis février 2005, la loi portant sur l’égalité des chances stipule très clairement que l’ensemble des sites Internet des services publics devra devenir accessible à toutes les personnes handicapées et exclues de la société française. L’accessibilité de ces sites pour les sourds implique la traduction des textes écrits en français vers la LSF. La demande croissante en traduction exige une qualité telle que des professionnels devront être dûment formés.
Il résulte des différentes interventions et échanges de cette journée que, la traduction en Langue des Signes est un outil favorisant l’accessibilité à l’information écrite. La recherche linguistique sur la Langue des Signes progresse régulièrement et ses découvertes contribuent à alimenter les productions des divers praticiens des langues (traducteurs, formateurs, interprètes...). C’est dans cette optique que se sont inscrits tous les professionnels qui ont contribué à la qualité des échanges ayant eu lieu au cours de cette journée.
2- Interview de Solange HIBBS (02’37")
Solange HIBBS, interprète de conférence, Professeur au Département d’Etudes Hispaniques et Hispano-Américaines à l’UTM, et aussi, Directrice de l’IUP Traduction et Interprétation de l’UTM. Elle explique pourquoi elle a pris la décision de créer une formation de traducteur en Langue des Signes, en plus des autres langues, malgré la non-reconnaissance de la LSF. Et, à l’avenir, une fois que les métiers seront bien définis, pourquoi ne pas avoir des interprètes sourds.
Solange HIBBS
Pour moi, j’allais dire, c’est le bon terme, c’est un acte de militantisme, parce que je pense que d’abord on a créé cet institut universitaire de traduction parce que normalement les formations de traducteur/interprète sont dans des villes comme Paris ou Genève, et les étudiants n’ont pas toujours les moyens d’aller dans ces formations. Donc ça, c’est le premier acte de militantisme, et le deuxième acte de militantisme, c’est quand j’ai connu Patrick Gache et qu’on a parlé de la Langue des Signes. On a pensé qu’il était important de faire quelque chose au niveau d’une formation pour qu’il y ait une reconnaissance de la Langue des Signes, et surtout de nouveaux métiers. Donc, oui, c’est un acte de militantisme, absolument.
Alors, effectivement, il n’y a pas de diplôme pour les traducteurs sourds, mais ce qu’il faut dire, c’est qu’on est dans un procesus, comme c’est un acte de militantisme, il faut convaincre les gens. Quand on a commencé, il n’y avait pas non plus de reconnaissance des interpètes ; ce qu’il faut que je vous dise c’est que les quatre premières années de fonctionnement de l’institut, on a financé la formation uniquement avec nos ressources propres, aucune aide de l’université, aucune aide du ministère. Maintenant, on a l’aide du ministère et on va entrer dans une deuxième phase où, je pense, pour les traducteurs sourds, on va y arriver aussi ; mais c’est quelque chose qui se fait petit à petit. C’est pour ça qu’on fait cette journée aujourd’hui, il faut convaincre les gens, il faut leur montrer l’importance de ces nouveaux métiers.
Il ne faut jamais s’arrêter, c’est ce qu’on disait tout à l’heure, il faut toujours continuer. Une chose en amène une autre, parce qu’en travaillant sur un métier ou sur un secteur particulier, on découvre d’autres choses qui nous amènent à un autre métier ou à d’autres possibilités, et c’est comme ça qu’on avance, et on va y arriver.
3- Interview de Patrick GACHE (04’09")
Patrick GACHE, interprète-traducteur en Langue des Signes à INTERPRETIS, et Responsable de la filière LSF à l’IUP Traduction et Interprétation de l’UTM. Il explique la nécessité de développer le métier de traducteur-interprète sourd. Il précise la différence qui existe entre traducteur et interprète.
Patrick GACHE
d’organiser une Journée d’Etudes, qui est plutôt une journée présentant l’état des lieux de notre avancée à l’IUP. L’intérêt de cette action est bien sûr de communiquer sur ce que nous faisons à l’IUP Traduction et Interprétation. Nombreux sont ceux que ça intéresse ! De plus, ça permet de dire haut et fort que nous fonctionnons en partenariat avec WebSourd, INTERPRETIS, IRIS et l’Université de Toulouse. Nous attendons la venue du Vice-président du Conseil Régional Midi-Pyrénées et nous savons combien il est favorable à de telles collaborations, à ce que des liens se nouent entre la recherche et le monde professionnel, à ce que cela permette de nouveaux emplois pour les sourds... Il est très important de communiquer à ce sujet.
La formation de traducteurs que nous proposons aux personnes sourdes à l’IUP ne débouche pas sur un diplôme pour l’instant, mais ce n’est qu’une question de temps, ça viendra. L’essentiel est qu’il s’agit d’une formation qualifiante. Ceux et celles qui suivent cette formation avec succès, et ils se comptent sur les doigts d’une seule main pour l’instant, ont l’assurance d’avoir un emploi. Compte tenu de mon parcours personnel et de mon expérience, je ne suis pas dans une logique de diplôme à tout prix. J’ai moi-même obtenu mon diplôme d’interprète récemment alors que je pratique le métier depuis fort longtemps... Mais cependant nous ne négligeons pas la nécessité d’instaurer un diplôme pour cette formation. Je sais combien c’est important en matière de reconnaissance, pour les sourds. Mais aujourd’hui, ce n’est pas la priorité. Aujourd’hui, il faut faire ! Faire et montrer que ça marche, que la formation est de qualité, qu’elle produit des traducteurs compétents dont nous avons besoin. Alors, tout naturellement, la question du diplôme se posera réellement et la solution sera trouvée. Il me semble plus judicieux d’agir ainsi.
Interprétation, traduction, quelle différence ? « Interprétation » est un terme qui revêt plusieurs sens. Le même mot est utilisé pour le musicien interprétant une partition musicale écrite quelques siècles auparavant, pour celui qui va juger de l’état d’esprit de son interlocuteur à travers son propos... Le terme « interpréter d’une langue à l’autre » en Langue des Signes est visuellement évident. La traduction est une interprétation écrite ; entre traduction et interprétation, la procédure cognitive reste la même : que ce soit à l’écoute du locuteur ou à la lecture de l’auteur, l’interprète-traducteur reconstruit dans une autre langue ce qu’il en a compris... pas facile à comprendre pour le néophyte.
Faudra-t-il former des interprètes sourds ? Je me garderai bien de dire que ce n’est pas pour demain. Tout va si vite en ce moment. Par exemple, il n’y a pas si longtemps, je n’aurais rien parié sur l’interprétation à distance, et pourtant ! Maintenant la visio-interprétation est devenue une pratique courante pour nous les interprètes toulousains. Trois ans auparavant, je n’envisageais pas la formation des traducteurs sourds avant longtemps, néanmoins, une année plus tard, cette formation démarrait. Alors vous comprendrez que même si la question d’une formation pour des sourds au métier d’interprète ne me semble pas d’actualité, je ne serais pas catégorique sur ce point ; peut-être faudra-t-il le faire dès demain, je n’en serai pas étonné... Et en serai très heureux. Toutefois, on sait combien les sourds étrangers se rencontrant, ont la faculté, grâce à la langue des signes, de communiquer de manière efficace très rapidement... Un proche avenir nous dira s’il faut oui ou non former des interprètes sourds.
4- Interview de Christian CUXAC (05’41")
Christian CUXAC, linguiste professeur en Sciences du Langage à l’Université Paris VIII. Il analyse les liens existants entre la traduction et ses recherches sur l’iconicité en Langue des Signes.
Christian CUXAC
C’est vrai que j’ai vu des changements. Ce qui est un petit peu dommage d’ailleurs, c’est que la Langue des Signes que j’ai connu dans les années 70, nous en avons peu filmé, il y a peu de corpus filmé de ces années ; il y en a à partir des années 80. Il faudrait faire une étude comparative avec la Langue des Signes telle qu’elle est pratiquée actuellement. Bon, il y a des locuteurs qui ne posent absolument pas de problème, mais il y a une masse de jeunes locuteurs qui par l’intégration, par l’influence de plus en plus grande du Français, utilise une Langue des Signes qui n’est pas tout à fait celle que l’on pouvait connaître là dans la majorité des cas à la fin des années 70 ou au début des années 80. J’ai souvent dit que cette horrible catastrophe pour les Sourds, pour le monde des Sourds, qu’était le Congrés de Milan, n’avait pas eu que des effets négatifs pour la Langue des Signes et que ça avait même été « pain bénit » pour les linguistes parce que nous travaillons alors à ce moment là, dans les années 70, où cette langue était encore interdite d’enseignement, sur une langue qui s’était développée complétement en parallèle avec le Français, justement dans des domaines qui n’étaient pas mutuellement recouverts : le Français c’était la langue de l’école, de certains types de savoirs scolaires, et la Langue des Signes, c’était la langue des récits, des histoires, de la vie quotidienne, du plaisir d’être ensemble, etc. Et ces deux langues ne se sont pas mélangées. On peut voir la différence, par exemple, avec la Langue des Signes Américaine qui n’a jamais été interdite dans les établissements scolaires et qui a subit, d’une certaine manière, une influence importante de l’américain, et notamment de l’Américain écrit, ce qui n’était pas le cas de la Lan,gue des Signes Française à cette époque là. Alors, je crois qu’il faut dire que c’est bien que la Langue des Signes reviennent dans les écoles, mais il faut être vigilent sur le fait qu’elle ne soit pas trop trop « emprunteuse » par rapport au Français, et c’est vrai que c’est une situation un petit peu inquiétante aujourd’hui.
Je suis un linguiste, et qui, avant de proposer des modèles théoriques sur la Langue des Signes ou m’inscrire dans des modèles théoriques, a un rôle plutôt de linguiste descriptif. Et il se trouvait, qu’effectivement, on pouvait se le permettre étant donné que descriptivisme ça veut dire « décrire une langue ». Il se trouvait que la Langue des Signes, d’abord, pendant des décennies n’avait pas été considérée comme une langue à part entière, donc il allait de sa reconnaissance en tant que langue, et quelle belle langue ! Et en plus, pour faire reconnaître la Langue des Signes, il fallait aussi la décrire d’une manière la plus précise possible, et en même temps, pour conforter l’idée qu’il s’agissait, en montrant sa richesse, d’une véritable langue. Donc, ce travail là s’est fait avec des moyens techniques linguistiques dans le cadre de la thèse, mais à un moment donné, cette richesse, il faut la faire passer pour les lecteurs ; et les lecteurs, ils vont lire la thèse, notemment des colègues linguistes, ils vont la lire dans la langue que j’ai utilisé pour décrire la Langue des Signes, c’est à dire le Français. Et à un moment donné donc, dans ma thèse même, s’est posée la question de la traduction, de donner des équivalences à partir de tout ce que j’avais pu identifier dans la Langue des Signes comme morphèmes, comme éléments porteurs de sens, quel sens ils avaient en Français, d’autant plus que très souvent on avait à faire en Langue des Signes à des éléments très fortement grammaticalisés qui n’avaient pas de correspondance grammaticalisé en Français et qui en Français étaient obligés d’être traduit par le lexique. Donc, c’était un tavail de traduction, disons, intéressant dans le cadre d’une linguistique contrastive ou d’une linguistique descriptive où une langue en décrit une autre.
Et bien, parce que c’est une conférence qui a trait à la traduction Langue des Signes/Français, et en particulier, Français écrit, et aussi un petit peu avec l’interprétation. Et il se trouve que j’ai travaillé en tant que linguiste en Langue des Signes, et ce qui était peut-être assez intéressant, c’était de confronter les points de vue du linguiste par rapport à l’activité de la traduction face à des interprètes ou des traducteurs professionnels. Nous sommes dans notre travail obligés à un moment donné de passer par les traductions, puisque notre langue de travail c’est le Français et qu’on explique la Langue des Signes, et on l’explique souvent avec des termes linguistiques mais en Français, et donc nous sommes, d’une certaine manière amenés à manipuler certains types de traductions. Et en plus, avec les organisateurs du colloque, on a pensé que ce serait intéressant d’avoir justement des regards croisés sur l’activité d’interprétation et de traduction quand on exerce pas forcément le même métier, en tant que linguiste et en tant qu’interprète ou traducteur professionnel.
5- Interview de Jean-Louis BRUGEILLE (02’44")
Jean-Louis BRUGEILLE, professeur de LSF en classe bilingue, et chercheur sur un nouveau concept d’écrit de la LS : la vidéo Langue des Signe, appelé LS-Vidéo. Il explique en quoi consiste cette technique.
Jean-Louis BRUGEILLE
Patrick Gache est l’organisateur de cette journée d’étude. Nous travaillons ensemble depuis plusieurs années et il y a deux ans, nous devions faire une présentation de la LS vidéo à la première promotion de la licence professionnelle de Langue des signes qui se tient à Paris. A l’époque, le concept était encore un peu flou. Pour ma part, j’ai travaillé de façon expérimentale à partir de nombreuses vidéos en Langue des Signes et Patrick, de son coté, a travaillé sur le thème de la traduction. Suite à cette réflexion, nous sommes donc intervenus ensemble à différentes reprises et dans différents lieux pour présenter nos travaux respectifs.
Cette nouvelle technologie a pu voir le jour en mettant totalement de coté la langue française, en essayant de se départir complètement de son influence, sans cela, notre projet n’aurait sans doute pas abouti. C’est donc en réfléchissant entièrement en langue des signes que le concept de la LS Vidéo a été inventé. La question de la traduction en français est un autre domaine qui n’intervient pas dans notre champ de réflexion. La LS vidéo s’adresse aux élèves sourds et leur donne ainsi la possibilité de travailler dans leur langue et sur leur langue sans avoir à faire cet effort de traduction vers le français. Par la suite, j’ai présenté le fruit de mes recherches à des adultes qui ont apprécié son utilité non seulement dans le cadre scolaire mais également dans d’autres situations. A plusieurs reprises, lors de conférences, j’ai eu des retours très positifs. Je pense donc qu’il faut diffuser la LS vidéo.
En analysant la LS vidéo, nous nous sommes aperçus qu’elle présentait un grand nombre de similitudes avec le français écrit. Les nouvelles technologies nous permettent de travailler sur le discours comme on le ferait avec un texte écrit, il s’agit donc bien d’un équivalent de l’écrit. Bien sûr, il existe des recherches très intéressantes sur la transcription de la LS mais ce n’est pas encore au point et il s’agit de tout autre chose. La technologie actuelle nous permet d’avoir un outil performant tout de suite alors, nous devons en profiter.
La motivation face à la LS vidéo peut être de deux types : d’une part, l’attirance pour cette nouvelle technologie, le confort visuel qu’elle permet et la satisfaction qui s’en accompagne engendre une grande motivation. D’autre part, une motivation, variable en fonction des élèves, concerne le travail d’analyse de la langue des signes qu’elle permet. Certains élèves ne comprennent pas très bien l’utilité de la LS vidéo et ne sont pas toujours motivés par son utilisation.
6- Interview de Brigitte GARCIA (05’45")
Brigitte GARCIA, maître de conférences en Sciences du Langage à l’Université Paris VIII. Elle expose la manière de formaliser graphiquement la LS.
Brigitte GARCIA
Effectivement, j’ai été convié, et je pense qu’il y a deux raisons. La première, c’est parce que je travaille sur les questions d’écriture avec le groupe de recherche de Toulouse depuis plusieurs années, ils font partis du programme de recherche dont je suis responsable dont l’objectif est de réfléchir à une forme graphique, à une formalisation graphique de la Langue des Signes, voilà, c’est la première raison. La deuxième, c’est que, bien sûr en lien avec la thématique de la journée sur la traduction, et c’était pas évident d’ailleurs pour moi, mais c’est vrai que dans l’absolu, si on veut vraiment parler de traduction de la Langue des Signes au sens fort, et à ne pas confondre avec l’interprétation, l’idéal ce serait de mettre au point une écriture de la Langue des Signes, qui permettrait de mettre la Langue des Signes en rapport exactement avec la langue vocale écrite, donc le Français écrit. Les organisateurs m’ont demandé de réfléchir un peu à cette question et de faire un point sur la possibilité ou l’intérêt actuellement, dans l’état des recherches, d’envisager une écriture de la Langue des Signes qui permettrait de donner un pendant au français écrit dans l’opération de traduction.
Et je pense aussi qu’il y avait une idée qui était de voir, d’évaluer si je considérais comme incompatible la recherche sur une écriture de la Langue des Signes et la recherche sur d’autres formes d’écrit de la Langue des Signes, comme par exemple, la Langue des Signes vidéo. Donc, Patrick Gache et l’équipe organisatrice m’avait demandé de réagir, de donner mon point de vue aussi sur la Langue des Signes vidéo numérique, comme forme d’écrit de la LSF. C’est une vraie question, vraiment intéressante, et ma réponse est que je ne pense pas que ce soit tout à fait un écrit, je pense que ça rempli beaucoup des fonctions de l’écrit et que c’est hyper intéressant et qu’il faut continuer dans ce sens là, mais je pense surtout que c’est une autre forme, un autre registre qui n’a pas d’équivalent vraiment dans les langues vocales et que c’est tant mieux si c’est un autre registre parce que les Langues des Signes, elle-même, sont des langues très différentes des langues vocales et je pense même que la Langue des Signes vidéo va permettre une mutation qui pourra être aussi importante qu’a été l’invention de l’écriture pour les langues vocales. Il y a eu l’invention de l’écriture pour les langues vocales, et je pense que la Langue des Signes vidéo propose autre chose, ouvre une nouvelle voie, mais qui n’est pas forcément à comparer avec l’écrit des langues vocales, c’est autre chose. Du coup, le fait que ça soit autre, c’est adapté aux langues des signes qui sont aussi des langues d’un autre type.
Je pense que ce n’est pas facile à relier parce que ce sont deux problématiques différentes. D’un côté, on est dans quelque chose qui est encore de la Langue des Signes, puisqu’à la base il y a quand même de la Langue des Signes filmée, donc la Langue des Signes elle-même n’est pas touchée si je puis dire ; simplement, là où il y a une recherche, c’est sur comment mettre les petits écrans dans un grand écran, comment avoir une oraganistaion visuelle qui puisse être intéressante. Là il y a toute une réflexion, c’est ce que je disais ce matin, qui paraît extrêmement prometteuse, mais c’est très différent de la question d’une forme graphique, puisque la question d’une forme graphique c’est vraiment refléchir à transformer les structures de la Langue des Signes, qui sont visio-gestuelles, dans une représentation d’un autre genre qui serait visio-graphique, donc là, c’est un autre problème, une autre problématique.
Par contre, ce qui est commun aux deux quand même, en réfléchissant quand vous me posez la question, ce qui est commun aux deux, c’est que ces deux recherches, me semble-t-il, peuvent marcher un petit peu ensemble parce qu’elles offres toutes les deux la possibilité de prendre du recul par rapport à la langue en face à face. Donc, dans les deux cas, on peut prendre du recul et on peut réfléchir à qu’est-ce que la pensée visuelle ? Et comment la pensée visuelle peut être changée de modalité ? Dans le cas de la LS vidéo, c’est, ce que je disais, faire des écrans dans l’écran, réfléchir à l’organisation sur le grand écran. Du côté des formes graphiques, il y a aussi une réflexion sur comment utiliser l’espace de la page pour mettre en scène des structures, comme les structures de grande iconicité en particulier où il y a plusieurs paramètres corporels qui vont intervenir en même temps ?
Donc, c’est vrai que dans un cas comme dans l’autre, ce qu’on a en commun, c’est réfléchir sur comment représenter graphiquement, enfin, sur un écran ou sur une surface, une pensée visuelle. Mais encore une fois, ce que je disais ce matin c’est que moi je crois surtout que ce sont des recherches complémentaires, qui ont toutes les deux quelque chose à apporter et, la Langue des Signes vidéo ne pourra jamais remplir toutes les fonctions de l’écrit, et donc ça vaut la peine de continuer à réfléchir sur une écriture de la Langue des Signes pour remplir les fonctions que ne remplira pas la Langue des Signes vidéo.