Nous vous avons déjà présenté les témoignages d’Alfredo CORRADO et de Bill MOODY. Voici maintenant le témoignage de Ralph ROBBINS. Il a séjourné en France de 1976 à 1983 où il donnait des cours de théâtre aux enfants sourds au sein d’IVT. Écoutons-le évoquer ses souvenirs et raconter son parcours.
Ralph ROBBINS vit actuellement aux États-Unis où il travaille en tant qu’artisan dans la création de décors peints (des trompe-l’œil, illusion de bois et de pierres).
Par JOR
Hello ! Je m’appelle Ralph ROBBINS. C’est en 1976 que je suis venu pour la première fois en France. Je me suis rendu au château de Vincennes qui est un monument incroyable, j’ai passé la porte, gravi ces grands escaliers en pierre et vu une salle immense. Je ne savais pas encore que les cours d’IVT se passaient là et que j’allais y venir tous les jours pendant 7 ans.
J’ai commencé à donner des cours de théâtre à des adultes sourds. Il y avait au départ un bon nombre de stagiaires mais le groupe s’est peu à peu réduit. C’est finalement ce petit groupe restant qui a formé le noyau des futurs comédiens d’IVT. J’y ai également participé et tous ensemble, nous avons décidé de faire un petit tour d’Europe et donner quelques représentations en langue des signes française, avec des costumes, des décors, et des éclairages. Ce fut incroyable ! Ce fut une expérience formidable qui nous a beaucoup apporté.
Le pari avec les adultes était réussi : que pouvions-nous faire maintenant pour les enfants sourds ? On a réuni un petit groupe d’enfants. Les cours que je dispensais consistaient à les faire jouer des personnages, à faire des jeux de rôles retraçant l’histoire ; autant de jeux qui pouvaient leur montrer ce qu’était « le Théâtre ». On a beaucoup travaillé, et au bout de deux ou trois ans sont restés quatre jeunes élèves très doués pour le théâtre. Il s’agissait d’Emmanuelle LABORIT, Claire GARGUIER, Laurent VALO et Sophie Marchand.
J’ai donc travaillé en France pendant 7 ans, au bout desquels je suis retourné aux États-Unis. J’avais vraiment le cœur serré de laisser ces enfants derrière moi. Mais il n’y a pas eu de véritable tristesse car je savais que je les reverrais. Emmanuelle, Claire et Laurent sont en effet venus me voir : quel bonheur pour moi !
Lorsque je suis arrivé en France pour la toute première fois, je pratiquais bien sûr l’ASL, la langue des signes américaine qui utilise un peu la dactylologie. J’ai alors été ravi de m’immerger dans la langue des signes française et de l’apprendre. J’ai également appris le français. J’utilisais alors l’une ou l’autre langue, et ce fut une formidable expérience. La LSF est vraiment une langue que j’adore.
Cela fait maintenant plus de vingt ans que je suis rentré aux États-Unis et je m’aperçois que quelques signes français m’échappent encore ! Du coup, il arrive souvent que mes interlocuteurs me regardent, perplexes, avant de s’exclamer « Ah ! mais ta langue des signes est truffée de signes français ». Heureusement, ça ne gêne pas la compréhension du message. Vraiment, j’adore la LSF et je l’utilise encore. Par exemple, mon travail actuellement consiste à peindre des décors pour que cela ressemble à un mur, à du bois ou à des pierres. Et toute l’équipe de peintres sourds avec lesquels je travaille pratiquent également cette langue des signes.
Depuis mon arrivée en France en 1976 et jusqu’en 1983, j’ai travaillé avec des comédiens sourds. Très vite, j’ai travaillé principalement avec les enfants et je me demandais souvent ce qu’on allait pouvoir présenter comme spectacle durant les fêtes. Les enfants étaient très demandeurs et voulaient créer une petite pièce. On a donc réfléchi, mis en place une histoire et écrit un petit scénario. Le décor et les costumes étaient assez simples. Lors de la représentation, le public a été très enthousiaste et a applaudi les jeunes comédiens. De suite, je me suis dit qu’on pouvait essayer de monter une vraie pièce ayant pour comédiens ces jeunes enfants et pour public des enfants sourds. Le projet était lancé ! Il nous a fallu alors créer des décors plus jolis, des masques et des costumes plus beaux et enfin monter une belle scène. Les billets se sont vendus comme des petits pains et la pièce a eu du succès. Cette pièce de théâtre s’appelle « Voyage au bout du métro ». Quel succès ! Elle a été jouée tous les mardis et tous les samedis pendant trois mois et il y avait toujours autant de monde qui venait y assister ! Ce fut un grand moment de bonheur.
Il y a une chose qui me réjouit vraiment : en remontant les années jusqu’à ma jeunesse, je me souviens de ces quatre jeunes enfants à qui j’enseignais le théâtre. Aujourd’hui, parmi ces quatre élèves, trois en ont fait leur métier et vivent aujourd’hui du théâtre . Cela me fait très plaisir. Il s’agit de Laurent, Emmanuelle et Claire et je tiens à les en féliciter tous trois. Chacun a suivi son parcours, je les aime vraiment tous les trois et les considère comme mes propres enfants. En effet, je les ai vu grandir, je leur ai apporté de petites choses et c’est maintenant eux qui m’apportent beaucoup. Leur bonheur me rend heureux.
Après mon retour aux États-Unis, il m’arrivait quand même souvent de revenir en France, pour les vacances par exemple. Presque tous les ans, je revenais voir mes amis de France. Maintenant, il est vrai que mon travail me demande beaucoup de temps. Mes voyages en France se sont espacés, mais cela ne change en rien ces liens amicaux qui dureront toujours. Je les aime beaucoup.
Il faut continuer les témoignages sur le théâtre d’IVT. Depuis l’époque où je faisais partie de l’équipe, il y a eu de nombreux changements, mais la qualité du travail d’IVT est toujours là. L’important est donc de continuer les témoignages.