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  L’association IRIS menacée de fermeture : la communauté sourde est très inquiète  
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par Lionel VIVET

Publié le 20 février 2009

A Toulouse, l’association IRIS est menacée de fermeture. Ce mois-ci, la mobilisation des sourds s’étend à toute la France à l’approche de la manifestation prévue le 25 février. En collaboration avec WebSourd, Jean-François Piquet et Patrice Dalle vous expliquent la situation.

1- La situation d’IRIS (03’30’’)

L’association IRIS (Institut de Recherches sur les Implications de la langue des Signes) est basée à Toulouse depuis 1988. Considérant que la Langue des Signes est la langue naturelle des sourds, elle a pour objectif d’organiser, de gérer, de participer à différentes activités pour promouvoir la langue de signes.

L’association propose entre autres des initiations et des formations à la Langue des Signes, ainsi que des formations destinées à l’enseignement en Langue des Signes. Dans le cadre de partenariats institutionnels avec l’éducation nationale et les affaires sociales, IRIS anime le déploiement d’un parcours éducatif en Langue des Signes de la maternelle à la terminale, dans des établissements ordinaires de Ramonville-Saint-Agne et Toulouse.

Depuis quelques années, IRIS rencontre des difficultés financières, en particulier dans le secteur du bilinguisme. Il y a six mois, IRIS a été contrainte de déposer son bilan. La procédure de redressement judiciaire a fixé comme échéance le mois de février pour qu’IRIS redresse la situation, avec le risque que le tribunal ordonne la fermeture immédiate de l’association en cas de déficit. Aujourd’hui, la dette d’IRIS s’élève à 300.000 euro. Or, ce montant correspond essentiellement aux financements des interprètes et des enseignants non pris en charge par l’Education Nationale, que l’association a dû avancer.

L’association IRIS a envoyé une lettre d’appel à l’Education Nationale, au Président de la République ainsi qu’aux autres structures susceptibles de lui venir en aide. Ces appels étant restés sans réponse, l’association en appelle donc à la mobilisation.

Mercredi 18 février, dans l’après-midi, des professionnels d’IRIS, des parents d’enfants sourds, des personnes sourdes se sont assemblés sur la place du Capitole à Toulouse pour tenter de sensibiliser l’opinion publique aux risques qu’entraînerait la fermeture de l’association.

(Reportage)

2- Message de Patrice DALLE et de Jean-François PIQUET

2-1) Question 1 (04’32’’)

Patrice DALLE, parent d’enfant sourd et l’un des fondateurs de l’association IRIS, s’est consacré pendant plusieurs années à la scolarité bilingue. Jean-François PIQUET est quant à lui, enseignant de LSF à l’association IRIS et responsable de communication pendant la mobilisation. Ils ont souhaité vous exposer eux-mêmes la situation.

« Q : IRIS est aujourd’hui en situation de crise. Mais, qu’est-ce que c’est IRIS ? Quel est son rôle ?

R : En 1980, avant IRIS, il y avait 2LPE (Deux langues pour une éducation). C’était une association nationale qui se battait pour :
- une éducation bilingue
- la reconnaissance de la LSF
- la reconnaissance des personnes sourdes
- etc.

2LPE est à l’origine de la création des classes bilingues dont celles de Toulouse créées en 1985. En 1988, 2LPE se divise en associations locales dont celle d’IRIS à Toulouse.

Les objectifs d’IRIS sont :
- Promouvoir la LSF
- Des formations et des cours en LSF
- Des services d’aide sociale, d’éducation, de scolarité, ...
- Des recherches concernant l’implication de la LSF dans - l’éducation, l’impact sur l’enfant d’un enseignement en LSF par un professeur sourd, les classes bilingues....

En 1985, 2LPE crée donc les classes bilingues qui seront prises en charge par IRIS en 1988. En 1989, ces classes sont intégrées à l’Education Nationale qui jusque là n’était pas prête à les prendre en charge. En 1991 et 1995 sont respectivement créées les classes bilingues en collège puis lycée qui ne cesseront de s’agrandir jusqu’à atteindre aujourd’hui 80 élèves.

Concernant le rôle d’IRIS par rapport à l’Education Nationale, IRIS a toujours tout pris en charge financièrement et administrativement. Puis, petit à petit, l’Education Nationale a commencé à prendre en charge le collège et en particulier le lycée en attribuant des postes, des budgets... En 1995, le lycée est pris en charge à 100% par l’Education Nationale. En 1998, le premier élève de classes bilingues obtient le baccalauréat.

En 2000, le lycée montre des signes de faiblesse et craint de fermer du fait du manque de textes officiels définissant clairement ce que sont les classes bilingues, le projet du rectorat .... Alors, IRIS et APES (Association des Parents d’Enfants Sourds) militent pour la création de textes officiels. En 2001, le rectorat édite une circulaire impliquant la création d’une filière scolaire bilingue complète de la maternelle au baccalauréat et définissant la classe bilingue comme une classe avec des enfants sourds et un enseignement uniquement en LSF.

Il y a trois ans, les classes bilingues du lycée ont ouvert de nouveau. En 2002, le budget provient de la DDASS (Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales), des parents d’enfants sourds et d’IRIS. Mais, les classes sont de plus en plus importantes et le budget devient insuffisant. Ainsi, la même année, la DDASS cesse de financer les classes bilingues car elle considère que son rôle est de financer la santé, pas l’éducation ce qui provoque la fermeture de ces classes. Entre 2002 et 2004, IRIS tente de dialoguer avec l’Education Nationale. Il s’agit de clarifier les rôles de l’Education Nationale qui doit financer la scolarité des enfants sourds et de la DDASS qui ne gère que les services spécialisés concernant les besoins de ces enfants. C’est ainsi que sont les choses aujourd’hui. »

(images archives IRIS)

2-2)Question 2 (01’08’’)

« Q : Nous comprenons donc que les classes bilingues ont été créées à Toulouse en 1985 et qu’elles ont été ouvertes jusqu’en 2004. Mais, tout ce chemin a été fait sans encombre ?

R : Non, cela n’a pas été facile. En 1985, à la création des classes bilingues, l’Education Nationale n’était pas prête et il a fallu militer. Il en a été de même pour l’intégration des classes bilingues dans l’école publique en 1988. En 1993 le refus d’agrément de la DDASS provoque une manifestation qui nous donne gain de cause. En 2002, la DDASS se retire et l’Education Nationale n’est toujours pas prête à prendre en charge les classes bilingues. Une nouvelle manifestation provoque l’engagement de l’Education Nationale. Cela a toujours été comme ça, et il faudra sûrement continuer à se battre. »

(images archives IRIS)

2-3) Question 3 (02’38’’)

« Q : A partir de 2004, l’Education Nationale accepte de prendre en charge les classes bilingues (postes des enseignants, budgets....). Mais alors pourquoi aujourd’hui en 2009, y a-t-il encore des problèmes ?

R : Oui, effectivement, l’Education Nationale a accepté théoriquement de prendre en charge la filière de classe bilingue de la maternelle au baccalauréat. Mais l’investissement se fait petit à petit et ce n’est toujours pas fini. Les professeurs anciennement attachés à IRIS n’ont pas encore tous été embauchés par l’Education Nationale.

Concrètement, cela implique qu’IRIS continue de payer ces professeurs ainsi que les heures d’intervention des interprètes. Petit à petit, son budget s’amenuise et IRIS présente aujourd’hui un gros déficit budgétaire. Il y a six mois, IRIS a dû déposer le bilan mais la justice a accepté de laisser une chance à IRIS de se redresser financièrement à la condition qu’en février 2009, elle ne soit plus en déficit sous peine de fermer définitivement. Voilà d’où vient le problème.

En 2004, l’Education prend donc en charge la filière bilingue de la maternelle au baccalauréat. Parallèlement, IRIS pense donc se retirer du secteur de la scolarité. Cependant, le Rectorat et l’Académie demandent à poursuivre le partenariat avec IRIS, c’est-à-dire que l’Education Nationale se charge du noyau qui est la scolarité, et IRIS continue de se charger de tout ce qu’il y a autour :
- Les besoins spécifiques des enfants
- L’information, accueil des familles
- La formation/ cours de LSF aux parents
- La création de supports pédagogiques
- Les formations professionnelles
- La recherche sur la pédagogie

Mais la convention signée entre la Rectorat/l’Académie et IRIS n’aborde pas le sujet du budget. Elle a été signée tardivement : en 2007 alors que cela aurait dû être fait en 2004. Si la convention avait été faite avant, IRIS aurait pu s’appuyer dessus pour demander les subventions. Il aurait été plus facile de les faire accepter en montrant qu’IRIS est en partenariat avec l’Education Nationale. Par conséquent, pendant trois ans, lorsqu’IRIS demandait des subventions, elles lui étaient toujours refusées sous prétexte qu’elle n’avait pas de documents officiels attestant de son partenariat avec l’Education Nationale. Tout cela représente un gros problème. »

2-4) Question 4 (02’31’’) ->doc23908]

« Q : La situation est claire : le Rectorat et Académie de Toulouse a toute confiance en l’action d’IRIS, et ce depuis 2004. Ils souhaitent former un partenariat pour obtenir toutes les ressources nécessaires en LSF (la pédagogie, les cours, etc...). Mais que ce passe-t-il au niveau du ministère de l’éducation ? Le Rectorat et l’Académie dépendent pourtant de ce ministère. De plus, la loi du 11 février 2005 a permis l’expansion de la LSF, comme par exemple l’augmentation des inscriptions au BAC option LSF, l’ouverture du CAPES LSF pour 2010 et en surtout le Bulletin Officiel de septembre 2008 (numéro 33) annonce un programme complet d’enseignement en LSF pour le primaire. Et pourtant, cette évolution, qui va dans le bon sens, est contredite par les statistiques du nombre d’enfants sourds participants aux classes bilingues. En effet, seul 2% des enfants y sont inscrits. La situation est donc inquiétante. Quel est alors le rôle d’IRIS ? Si l’association vient à fermer, que se passera-t-il ?

R : La fermeture d’IRIS pose un paradoxe. Les problèmes d’IRIS sont dû à la scolarité, mais si l’association devait fermer, l’enseignement bilingue pourrait continuer. Est-ce vrai ? Pas tout à fait. La structure des classes bilingues sera maintenue car elle reste sous la responsabilité de l’Education Nationale mais toutes les structures qui entourent ces classes bilingues vont disparaitre :
- L’information et l’accueil des parents d’enfants sourds
- Les cours de LSF
- Le service pour les enfants nécessitant une aide adaptée à leur niveau
- La création des supports pédagogiques
- La formation professionnelle

Toutes ces fermetures entraineront automatiquement l’instabilité de l’enseignement bilingue. Les professionnels, les parents, et les enfants seront amenés à rencontrer des problèmes et à voir, sans aucun doute, la structure s’effondrer. »

2-5) Conclusion (03’40’’)

« Iris est en effet dans une situation très instable. Mais cela ne concerne pas seulement cette association. Si l’on observe les diverses structures de classes bilingues et signantes en France, elles sont loin d’être parfaitement structurées. Elles croisent encore de nombreuses difficultés.

Le psychanalyste André Meynard, est un personnage important, qui depuis de nombreuses années a été cité dans la presse, est intervenu dans des conférences, et a publié un livre « Surdité, l’urgence d’un autre regard ». Il voulait vous faire passer un message que je vais vous résumé.

« Les enfants Sourds ont un réel besoin de dynamique de groupe qui leur permet de se construire et cette dynamique permet réellement la vie de cette langue vivante. Cela contribue à changer le regard de notre société sur les personnes Sourdes. En effet, quand les langues des signes sont présentes auprès de jeunes enfants sourds, tous demandent très rapidement à les apprendre et sont curieux d’en explorer toutes les richesses et subtilités. Il en va de même pour l’apprentissage d’autres langues, comme le français écrit ou les langues étrangères. Mais la situation actuelle est paradoxale. Le propre de l’humain est l’existence même de la diversité langagière et de la créativité humaine. On parle alors d’être de langage. Les langues qui se parlent en signant sont un élément essentiel de la diversité de la parole humaine. Il ne faut pas placer le Sourd dans la position du « handicapé qui ne sait ni parler ni entendre » mais il faut plutôt le présenter comme un qui parle autrement avec d’autres. »

André Maynard ne focalise pas son regard sur la seule situation d’IRIS. Au contraire, il prend le recul nécessaire pour observer la situation des enfants sourds et le mépris qui est fait à l’égard de la LSF. Il souhaiterait donc attirer l’attention du gouvernement sur le côté positif et valorisant qu’est l’utilisation de la Langue des Signes chez les enfants Sourds, et pour que celui-ci trouve une solution.

Que devons-nous faire alors face à cette situation ? Il faut agir !

Nous devons faire appel à la solidarité nationale. Non pas pour s’inquiéter seulement de la situation d’IRIS et pour toutes les autres classes bilingues de France qui sont encore trop fragiles et qui doivent encore faire des efforts pour pérenniser. Il faut donc que le responsable du ministère de l’Education Nationale accepte en partenariat avec toutes ces classes pour la sauvegarde des enfants sourds. Il est évident qu’il faut sauver IRIS dans le même temps.

Quel genre d’actions pouvons-nous mener ?

Mercredi 18 février, dans le centre ville de Toulouse, au Capitole, une action de sensibilisation a été menée par les Sourds qui sont en colère et qui revendique la Langue des Signes comme étant la langue adaptée aux enfants sourds et qui doit être utilisée pour leur éducation. IRIS va fermer, nous vous faisons donc appel pour participer et nous remercions les interprètes engagés d’INTERPRETIS qui sont venus nous soutenir.

Samedi 21 février, l’action est renouvelée à la même heure et au même endroit, dans le but de sensibiliser et d’expliquer la situation. Nous vous donnons rendez-vous mercredi 25 février après-midi pour une grande manifestation à laquelle plusieurs autres villes en France participeront.

L’objectif est de sauver la LSF, de sauver les classes bilingues et signantes, sauver les enfants sourds et bien sur sauver IRIS !

Merci de votre écoute.

3- Informations complémentaires(00’58’’)

Pour information, la mobilisation se fera donc en trois phases : Le mercredi 18 février et le samedi 21 février auront lieu les premières phases de sensibilisation du public sur le problème. Ensuite, une grande manifestation est organisée le mercredi 25 février à Toulouse. Départ du cortège à 14h, place Arnaud Bernard à Toulouse.

Pour en savoir plus sur l’association IRIS, l’éducation bilingue et la mobilisation, cliquez sur les liens suivants :

Liens :
- [Site de l’association les IRIS->http://www.iris-lsf.fr]

- Blog du comité « IRIS debout »

- ANPES, Rubrique actualités IRIS

- Site de l’Association Nationale de Parents d’Enfants Sourds

- Historique de la classe bilingue IRIS

27 février 2009
 
 
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