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  Les Sourds et leurs métiers (8.2 /8)  
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par Marylène CHARRIERE
Suite du huitième et dernier épisode de notre reportage : les Sourds et leurs métiers. Aujourd’hui, dans cette deuxième partie, quatre autres professionnels sourds nous font connaître leur métier.

5) Interview de Lionnel Helias, collectionneur de la culture indienne (4’55")

Je vous présente Lionnel Helias, qui est fasciné par la culture amérindienne. Il est passionné par les objets et vêtements indiens, et connaît les particularités de chaque tribu. Mais ce qu’il aime par dessus tout, c’est collectionner des objets indiens. Il se sent Indien au plus profond de lui. Dans la vie de tous les jours, il travaille dans un supermarché bien qu’on pourrait croire que collectionner est sa principale activité.

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Lionnel Helias

"Je suis le seul sourd de ma famille et quand j’étais petit, je m’ennuyais beaucoup. Quand j’ai eu 8 ans, ma mère m’a offert la cassette de « Danse avec les loups ».C’était une cassette vidéo donc, il n’y avait pas de sous-titres bien sûr, mais j’ai été subjugué par la beauté des paysages, les montagnes, les bisons, les différents costumes. J’ai trouvé la culture amérindienne très intéressante. Je regardais le film tous les dimanches matins, inlassablement. Je jouais aux Indiens, j’avais acheté de petits objets comme des statuettes ou des photos et j’ai commencé à en fabriquer moi-même avec les plumes que je trouvais dans la basse-cour de mon père. Puis j’ai grandi. Un peu avant mes 18 ans, j’ai commencé à chercher un tipi et quand j’ai eu 20 ans, ma famille m’en a offert un.

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C’est pour moi que je fais tout ça. J’ai construit ma vie autour des Indiens. C’est quelque chose qui est dans mon cœur et que je ne peux pas abandonner. Une vraie passion ! Pour moi, il est très important de faire connaître la culture amérindienne et plus particulièrement la réserve de Sioux Lakota du Dakota et leur grand chef « Setting Bull » dont le nom veut dire « taureau assis ».

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Je ne vends pas mes objets, je les fabrique avec des choses que je trouve, des peaux mais il y a des choses spéciales que je fais venir des États-Unis, comme des livres ou des plumes d’oiseaux. J’ai un ami, passionné comme moi, qui a monté un commerce d’objets indiens et nous échangeons beaucoup. Tous les objets que vous voyez ici, je les ai faits de mes propres mains. Si vous vouliez les acheter, cela coûterait très cher. J’ai tout fait moi-même, j’y ai mis tout mon cœur. Ces objets ont énormément de valeur pour moi.

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Maintenant je pratique aussi la danse traditionnelle. Il en existe plusieurs sortes. Aux États-Unis, les Pow Wow sont des compétitions de danse. Tous les Indiens s’y rassemblent et c’est alors l’occasion d’attribuer des prix comme celui du meilleur costume ou de la meilleure danse. Un tel foisonnement d’objets artisanaux... c’est vraiment beau à voir !

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Chez les Indiens, les gestes servent à communiquer entre différentes tribus qui ne parlent pas la même langue. Par exemple les langues parlées par les Lakotas et les Apaches sont différentes et c’est grâce aux gestes qu’ils se comprennent. Il existe 550 tribus différentes aux États-Unis et au Canada. Je n’ai encore jamais rencontré d’indien sourd mais je rêve d’aller aux États-Unis et d’en rencontrer. Cela existe sûrement, il suffit de bien chercher... Enfin, on verra plus tard, je dois d’abord économiser..."

6) Interview de Reiner Mertz, peintre en aréographie

Nous vous présentons Reiner Mertz qui vit en Allemagne à Frankfort. Il est peintre et utilise à la fois le pinceau et le pistolet. Il a une expérience de 20 ans et va nous expliquer lui-même cette technique particulière.

(Reiner Mertz) "Quand j’étais petit je n’allais pas à l’école, ce sont mes parents qui m’ont éduqué alors quand je m’ennuyais je peignais. J’observais tout autour de moi et je le reproduisais. A l’inverse des entendants qui écoutent le monde avec leurs oreilles, moi je l’observais avec mes yeux. J’arrivais à exprimer des sensations. En grandissant je n’ai jamais cesser de peindre. Ma famille m’a permis d’exposer mais dans le monde des entendants alors je n’étais pas très sûr de moi. Pourtant cela plaisait vraiment et j’ai beaucoup vendu. On me demandait de produire plus. J’ai donc peint de plus en plus. Aujourd’hui quand je regarde mon travail du début je trouve que j’ai bien évolué alors je remercie mes mains !

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Je travaillais chez un dentiste et la nuit je peignais, j’alternais les deux. Quand il y avait peu de travail au cabinet, je demandais au patron qui était mon père de partir et j’allais travailler ma peinture à la maison. C’est vraiment ce qui me plaît.

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Ca a duré ainsi pendant un an puis j’ai arrêté mon travail au cabinet dentaire pour partir sur Paris. J’y ai pris des cours de peinture avec d’autres artistes.

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Je travaille avec 3 jeunes pour leur apprendre ma technique ; ils sont très motivés par le pistolet aérographe mais cela coûte assez cher alors les parents ne peuvent pas toujours. En octobre 2008, je vais donner des cours de peinture à un groupe de jeunes."

7) Interview de Slawo, barman

Slawo est d’origine polonaise. Il vit à Berlin (Allemagne). Il est barman depuis plus de 10 ans. Il travaille dans des bars réputés. Il pratique avec beaucoup de talent un métier qui semble inaccessible aux sourds. Découvrons avec lui son activité.

(Slawo) "Mes parents ont quitté la Pologne pour s’installer en Allemagne quand j’avais six ans. C’est en regardant la télévision que j’ai découvert le métier de barman ; c’est ce qui m’a donné envie de le devenir. Mais étant sourd, il a fallu trouver une autre voie. J’ai poursuivi mes études, franchi les différentes étapes, pour enfin terminer dans l’informatique. Néanmoins, être barman était une idée qui me hantait toujours. Je me suis rendu dans le café à côté de chez moi pour voir s’ils m’accepteraient comme serveur. J’y ai travaillé quelques fois, mais ce métier là ne me convenait pas. C’était la préparation de cocktails, le métier de barman qui m’intéressait vraiment. Pour y arriver, j’ai donc laissé tomber l’informatique. Un jour, je suis passé en moto devant un bar de Berlin qui est dans la liste des 35 meilleurs bars du monde. J’ai pris mon courage à deux mains et j’en ai franchi la porte. Après avoir demandé s’ils accepteraient de m’embaucher, ils ont dit que comme j’étais sourd, ce n’était pas possible. J’ai insisté en leur disant que j’avais déjà travaillé dans un café et que je savais préparer deux cocktails différents. Ce qui les intéressait, ce n’était pas de savoir faire deux cocktails, mais 300 ! J’ai insisté, et ils ont accepté de me prendre sans rémunération. Ce n’était pas un problème pour moi, les premiers pas étaient déjà positifs. Ils m’ont remis la liste des 300 cocktails à savoir faire : j’ai dû l’apprendre par coeur parce que si jamais j’oubliais un ingrédient dans un cocktail, j’étais viré sur-le-champ. J’ai travaillé dur pour apprendre cette liste, pendant plus d’un mois. Ils ont ensuite fait appel à moi quelques fois, et comme je m’en sortais, ils ont fini par me proposer un contrat avec un essai de trois mois. La condition était la suivante : j’étais embauché si j’arrivais à préparer les cocktails sans rien oublier et sans regarder la liste. J’étais plus que motivé alors j’ai accepté. Le premier mois, j’avais quelques trous de mémoire, alors un collègue me donnait un coup de main discrètement. Au bout d’un mois, j’étais rôdé, et je suis resté dans ce bar pendant cinq ans. J’ai consacré les deux années qui ont suivi à expérimenter d’autres bars et d’autres cocktails.

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Je suis également invité dans des évènements sourds en Allemagne mais comme ils se tiennent le week-end et que je travaille généralement ces jours-là, c’est difficile de se libérer. En semaine, c’est un peu plus simple de pouvoir y participer mais cela demande aussi de l’organisation. Il arrive que je refuse d’aller sur un évènement pour rester travailler. Etre ici sur ce Festival qui réunit des sourds du monde entier ; c’est super ! On rencontre plein de gens, on échange. C’est super !

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Je n’ai pas de diplôme de barman. Normalement, il faut passer par des écoles d’hôtellerie et de restauration, sur une période de quatre ans. A la suite de quoi on peut demander une formation supplémentaire pour la préparation de cocktails. Dans ce parcours, la tenue doit être soignée, les piercings sont interdits, etc. Quand j’ai vu qu’il fallait d’abord faire quatre années avant de pouvoir prétendre à une formation de barman, j’ai décidé de me former sur le tas. J’ai vraiment eu de la chance d’avoir ensuite été embauché. Au début, ça n’a pas été facile, mais avec un peu d’expérience, tout se met en place. Maintenant, je peux être embauché sans problème, le fait que je n’aie pas de diplôme n’est pas un obstacle. Pour connaître les différents alcools - que ce soit pour le rhum, la vodka, ou autres - et les liqueurs, je suis allé chercher des informations directement chez les producteurs. Pour la vodka par exemple je me suis rendu à Hambourg. J’ai ainsi constitué des dossiers pour chacun. En ce qui concerne les mélanges, je n’ai pas non plus eu de cours, j’ai essayé sur place, et ça s’est fait petit à petit. Au lieu des quatres années de théorie, j’ai tout appris par moi-même directement. Et étant sourd, c’est donc en observant que j’ai progressé."

8) Interview de Jean-Marie Cuffsts, sculpteur sur bronze, patron d’un espace vert et producteur de céréales

Nous vous présentons Jean-Marie Cuffsts, c’est lui qui a sculpté le trophée du meilleur court métrage. Il s’agit d’une statuette. Il était à la tête de plusieurs entreprises productrices de céréales. Il est paysagiste et a également créé un atelier de sculpture sur bronze.

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(Jean-Marie Cuffsfs) "Jusqu’en 1998, je n’y avais même pas pensé. C’est lors d’un accident de travail où j’ai été blessé à la jambe que j’ai dû m’arrêter 6 mois. Comme je ne savais pas quoi faire je suis parti en Hollande dans ma famille. J’y ai rencontré mon oncle qui est sculpteur et qui m’a proposé de m’entraîner, c’était une première pour moi.

J’ai donc commencé sur des pièces différentes de celle-ci par pétrir puis à fondre le bronze. Finalement j’ai continué jusqu’à aujourd’hui avec ces statuettes. En tant que sourd je ne pensais pas faire toutes ces choses et c’est intéressant de pouvoir les exposer au public. Je ne connaissais pas le monde des expositions auparavant et quand j’ai commencé, j’y ai pris goût. Avant, j’étais agriculteur, nous tenions une société avec mon frère et mon beau-frère. Finalement notre collaboration n’a pas aboutie, pourtant l’entreprise était marchait bien. J’ai alors récupéré mes terres et avec mon autre frère, nous avons créer une nouvelle entreprise qui me permettait de ne plus travailler moi-même les terres. Nous vendions alors nos produits à des coopératives par exemple.

Je travaille depuis 4 ans comme paysagiste avec mon beau-père qui est architecte. De nombreuses coopératives de la région de Champagne ont fait appel à moi alors que je n’avais aucune expérience auparavant. J’avais tout de même étudié ce métier pendant 3 ans. Mais depuis l’âge de 18 ans j’avais beaucoup oublié mais comme on m’a proposé d’essayer, je me suis lancé et aujourd’hui j’ai des clients. Je continue donc ainsi."

21 mars 2008
 
 
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