1- 1ère partie (8’25")
Nous avons interviewé Lucia Daniele et Gabriel Caia, tous les deux italiens ainsi que deux allemands, Jürgen Endress et Okan Seese, au sujet de la poésie en Langue des Signes. Notre question portait sur la différence entre les effets utilisés en poésie tels que la lumière, la musique ou le rythme et ceux du VV sous forme visuel et musical. Regardons l’interview !
(Jürgen Endress) "Nous cherchons toujours la nouveauté ! Dans les supports, par exemple, il est intéressant de travailler la lumière ou la musique. Selon les contextes et les artistes, chacun réinvente à chaque fois. Nous sommes tous différents avec un style qui nous est propre. Chacun apporte sa pierre à l’édifice."
(Okan Seese) "En effet le public pourrait être déçu si nous présentions tous les mêmes spectacles car il pourrait se lasser. Avec ou sans musique par exemple, notre travail évolue et permet au public de découvrir avec joie de nouveaux spectacles. Ces échanges de nouveautés avec notre public sont très important et permettent la création."
(Gabriel Caia) "Il y a deux semaines nous étions à un séminaire à Stockholm en Suède avec Jürgen et Lucia. Notre travail était centré sur la poésie mais nous nous rendons compte que ce domaine peut être élargi, comme avec ce que nous propose Okan, par exemple. Il est vrai que ce qu’il fait est réellement nouveau pour moi et que je ne sais pas dans quelle catégorie le classer, mais c’est de l’art ! Alors est-ce que c’est de la poésie...à voir entre nous peut-être. Nous verrons dans l’avenir comment la poésie peut évoluer mais en attendant je remercie Okan pour le renouveau qu’il apporte à notre discipline."
(Lucia Daniele) "J’étais donc moi aussi au séminaire en Suède, le sujet était « arts visuels » ; c’est un domaine effectivement très vaste qui comprend le chant, le mime, la danse ou un travail sur les expressions du visage. La poésie est un art délicat qui est aux frontières d’autres arts tels que la danse. Ce n’est pas une science exacte, nous pouvons y rajouter de la lumière ou des écrans en fond ; comme lorsque on regarde la télé, nous pouvons augmenter le son ou la luminosité. Dans le domaine des arts visuels, il existe de nombreuses disciplines, comme je vous le disais. Chaque artiste peut donc se sentir plus ou moins à l’aise en VV par exemple et donc choisir une expression plus intermédiaire. Chacun apporte sa sensibilité et ajoute des éléments qui lui ressemble. L’important est tout de même que chacun ait des bases solides en poésie, en mime ou en VV pour ensuite élaborer un mélange entre ces disciplines."
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(Lucia Daniele) "La poésie est composée de différents paramètres tels que les configurations, le rythme, la mélodie, l’intensité. Bien sûr, nous travaillons d’abord un thème et utilisons la langue standard puis l’enrichissons de ces paramètres, tout comme en poésie écrite. La poésie apporte une dimension émotionnelle aux histoires que nous racontons. Cette émotion est transmise par les rimes de configurations, l’alternance entre des passages rythmés et des passages plus doux. Cela demande beaucoup de travail !"
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(Jürgen Endress) "Il y a trois éléments : le visuel, l’esthétique et enfin la poésie avec tous ses codes dont nous a parlé Lucia. Pour arriver à de tels résultats c’est un réel travail au delà de l’expression naturelle de nos émotions. Tout est quadrillé et peaufiné afin d’obtenir un poême qui réunit ces 3 éléments."
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(Gabriel Caia) "En ce qui me concerne, je ne travaille pas avec l’écrit. Pour moi, le plus important en poésie est de vivre les émotions de la vie, comme lors de certaines rencontres ou des moments oppression ou la douleur d’une séparation...les émotions que nous vivons par nous même ou qui sont vécues par d’autres sont source d’inspiration. Je travaille sur papier, oui, lors de mes étapes de correction mais pas à l’écrit uniquement par iconographie. Sinon je travaille aussi avec la vidéo en me filmant mais le passage sur papier me semble plus précis pour retrouver ensuite le rythme et la structure de la poésie. C’est un peu comme pour réécouter la poésie, la trace sur papier permet cette mémoire. Pourtant ces dessins que je représente ne sont pas compréhensibles de tous et les traces d’un autre ne me seraient sûrement pas lisibles mais nous verrons quand une forme graphique de Langue des Signes existera."
(Jürgen Endress) "Pour moi, l’inspiration peut être écrite ou visuelle. Je travaille de deux manières : la première consiste à noter des émotions ou un vécu, comme pour Gabriel, puis à me filmer pour m’entraîner et ensuite présenter ma poésie. La deuxième, est inspirée de textes que je lis et relis afin de m’en imprégner. Quand j’en ai une représentation mentale, je la transpose sur papier, morceaux par morceaux. Cet « écrit » sera ensuite assujetti aux codes poétiques, puis, enfin, je pourrai présenter mon travail. Nous avons tous des techniques différentes."
(Lucia Daniele) "Je travaille aussi de cette manière, d’une part, d’après mon vécu et d’autre part d’après des lectures qui me touchent. En tant que poètes, nous devons être honnêtes et ne pas transcrire ces textes mot à mot en LS. Cela nuirait au résultat qui ne serait plus artistique mais de toutes façons, ce serait impossible à faire. Par contre l’étape intermédiaire dont a parlé Jürgen, la représentation mentale en images, est indispensable. Elle nous permet d’arriver à une poésie de mains. D’ailleurs ce serait aussi un désastre d’essayer de transcrire à l’écrit une poésie en Langue des Signes. Ce sont nos idées mentales que nous travaillons afin d’arriver à la Langue des Signes et c’est ainsi que nos poésies peuvent être claires et émouvantes."
2- 2ème partie (3’34")
Nous avons posé une autre question lors de ces échanges : La langue des signes apporte une dimension particulière et unique à la poésie, alors que se passerait-il si on la traduisait à l’écrit ? Quelles en seraient les conséquences ? Y aurait-il des pertes ?
(Gabriel Caia) "Nous avons eu des cours, enfin nous avons étudié cette question de la transcription de la poésie à l’écrit (avec tous les apports artistiques dont nous avons parlé) et cela reste très complexe je pense. A l’avenir, les générations futures y arriveront peut être mais je reste septique."
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(Lucia Daniele) "Récemment, une convention associative a été signée pour reconnaître la poésie depuis sa création. Un montage de toutes ces poésies est d’ailleurs en cours. Un monsieur a alors pensé qu’il serait intéressant de publier cet ouvrage à l’écrit, cela semblait difficile mais il pensait qu’il fallait essayer. Nous lui avons expliqué ce qu’était la poésie en Langue des Signes avec les configurations et tout le reste. Ce travail est en cours également alors nous attendons le résultat, je ne sais pas ce que cela va donner."
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(Okan Seese) "Je pense que l’on ne pourra jamais transcrire à 100% la Langue des Signes à l’écrit, peut-être uniquement 60 ou 70%. La finesse de la langue ne peut pas être traduite. Les émotions non plus. Une phrase courte en langue des signes pourrait demander plusieurs paragraphes à l’écrit. Il faut pouvoir voir la LS, au moins la transmettre sur un écran. Même pour les langues orales on dit que tout n’est pas traduisible. Pour interpréter à l’oral il faudrait là aussi plus de temps pour tout rendre et il y aurait alors un réel décalage. La langue des signes dit plus de choses en moins de temps."
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(Jürgen Endress) "Dans plusieurs années nous vendrons des DVD, pas seulement au public sourd mais aussi aux entendants. Je pense que ce qui pourrait se faire serait une présentation bilingue avec la poésie en Langue des Signes d’un côté et un poème écrit de l’autre. Les gens avec lesquels je travaille là-dessus pourraient adopter la même méthode que moi lorsque je m’imprègne d’une lecture afin de m’en faire une représentation mentale pour créer un poème. Mais pour eux le travail se ferait à partir de ma poésie en Langue des Signes. Ce travail est en cours et lorsqu’il aura abouti nous verrons ce qui peut se faire. Je ne sais pas combien de temps cela prendra mais j’espère que ce projet verra le jour."