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  Université d’Eté 2LPE 2006 : Christophe TOUCHAIS et Mme&Mr REMI (4/7)  
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par Jean-Olivier REGAT

Pour continuer avec les interviews réalisées lors l’Université d’été, nous allons vous présenter maintenant les interviews de Christophe TOUCHAIS et Mr et Mme REMI

Sommaire
 1- Interview de Christophe TOUCHAIS (5’)
 2- Interview de Christophe TOUCHAIS (suite) (2’43")
 3- Interview de Mr et Mme REMI (2’41")

Par JOR

1- Interview de Christophe TOUCHAIS

Nous allons vous présenter Christophe TOUCHAIS, père de deux enfants dont l’aîné est un garçon sourd de 7 ans. Il nous explique pourquoi il a décidé de quitter Rennes pour vivre et scolariser son fils à Paris. Il nous raconte également ce qui l’a intéressé lors de l’Université d’été de 2LPE.

(Christophe TOUCHAIS) A la naissance de mon enfant, c’est avant tout la satisfaction d’avoir un enfant que j’ai ressenti. J’ai ensuite appris qu’il était sourd, ce qui ne m’a pas inquiété ni posé de problème. Moi-même enfant de parents sourds, ce n’était qu’une suite logique, une troisième génération de sourd dans la famille. Puis, il a grandi comme tous les enfants et c’est entre 2 et 3 ans qu’ont commencé ces premiers pas d’intégration, au jardin d’enfants avec des camarades entendants. Cela s’est globalement bien passé même si je remarquais qu’à cause de la communication, il était souvent en retard sur les autres dans leurs séquences de jeu. A la maison, notre langue étant la langue des signes, il y trouve sa place sans aucun problème, ce qui nous rassure tous. Puis, très vite, s’est posée la question de l’inscription à l’école. Nous étions à Rennes et je ne voulais pas que notre enfant soit inscrit dans l’institution spécialisée de Rennes ; c’est l’école où nous avons grandi, mon épouse et moi-même et nous n’avions pas du tout envie que notre enfant vive la même chose, les orthophonistes, les enseignants spécialisés, les psychologues etc... Nous voulions tirer un trait sur ce passé et être considérés comme parents à part entière et pas comme des anciens élèves. Donc, nous avons déménagé et sommes allés vivre à Paris parce qu’il y a, à Paris un grand choix d’établissements. Il n’y a cependant pas d’établissement bilingue à Paris, sauf celui de Champ sur Marne mais j’y travaille et je ne voulais pas retrouver mon enfant là où je travaille. Même si on aurait pu s’arranger pour qu’il ne soit pas dans ma classe, il y a toujours des réunions où l’on fait des bilans des enfants et où il est question d’eux et cela aurait été vraiment délicat, autant pour lui que pour moi. Nous avons donc choisi un autre établissement scolaire pour notre enfant. Une école spécialisée qui affiche son choix d’éducation oraliste ; même si l’établissement annonce la présence de la langue des signes, celle-ci occupe une place presque négligeable. Il y a d’abord l’oral, puis le L.P.C. et enfin la langue des signes. Mon fils doit toujours attendre la consigne en langue des signes avant de comprendre et de se mettre au travail.

A la maison, cela se passe bien, le soutien que je lui apporte par rapport aux devoirs se fait en langue des signes. J’arrive à créer un lien entre ce qui se passe à l’école et le suivi à la maison.

Je suis bien entendu inquiet pour la suite, au collège, pour l’instant il est encore petit mais je me dis cependant qu’il aurait fallu qu’il baigne dans le bilinguisme depuis tout petit.

Mais où ? Nous vivons à Paris, nous aurions dû déménager à Poitiers ou à Toulouse pour scolariser notre enfant. Non, je n’étais pas prêt à le faire. Donc deux choix s’offrent à nous : créer une école bilingue ou rester dans l’école actuelle avec une forte présence des parents.

A Toulouse, on peut constater qu’autant scolairement que socialement, la situation est très avancée, tout comme à Poitiers d’ailleurs. Mais ce sont deux villes où la culture est différente et où la vie sociale est différente également.

2- Interview de Christophe TOUCHAIS (suite)

Nous poursuivons l’interview de Christophe TOUCHAIS, qui nous parle des lois qui ont précédé la loi du 11 février 2005, et plus particulièrement l’article portant sur l’éducation, puisqu’il y a eu la loi de 1975 et d’autres avant. Il nous explique leurs contenus et leurs différences.

(Christophe TOUCHAIS) Bien avant 2005 et encore avant la loi de 1975, une circulaire stipule que l’Education Nationale ne veut pas prendre en charge l’éducation des enfants sourds et que celle-ci revient au Ministère de la Santé.

Ceci nous permet de comprendre pourquoi les enfants sourds ont été éduqués en institutions spécialisées depuis des années.

Ce que l’on a ensuite commencé à voir, c’est une intégration « sauvage » et individuelle des enfants sourds dans les établissements de droit commun ce qui les a amené à se trouver en situation d’exclusion.

On commence enfin à voir, en 2005, des situations positives mais les perspectives proposées par cette nouvelle loi restent encore floues et nous ne savons pas encore quels moyens seront mis en œuvre pour accompagner la scolarisation des enfants sourds.

Seront-ils intégrés seuls ? Quel type de soutien auront les enfants ? Auront-ils du L.P.C. ? Des répétiteurs ? De la langue des signes ? Des interprètes ou des enseignants signants ?

Nous partons d’une situation négative pour arriver en 2006 à une loi qui dit « Oui » mais qui nous laisse dans un grand questionnement et qui n’efface pas l’inquiétude que nous avons pour le devenir de nos enfants. Faudra-t-il attendre encore 20 ans ? Dans 20 ans, mes enfants seront déjà grands...

3- Interview de Mr et Mme REMI

Nous allons vous présenter les parents REMI, qui ont 3 enfants, dont un garçon sourd de 5 ans. Nous les avons interrogés sur leur choix de la langue des signes pour leur fils et sur leur parcours militant à Angers pour la création de classes bilingues. Regardez.

(Mr et Mme REMI) Nous sommes Monsieur et madame REMY, nous habitons Angers, nous avons 3 enfants : 2 entendantes et un enfant sourd de 5 ans.

Depuis que nous avons appris sa surdité à l’âge de 9 mois, nous avons tout de suite choisi la langue des signes, malgré les propositions d’implant et de LPC, nous refusons encore ces moyens de code et nous communiquons en langue des signes avec notre fils.

Nous avons tout de suite été voir des adultes sourds, comment ils vivaient ; on leur a posé des questions du choix que nous devions faire, et ce sont eux qui nous ont apporté des réponses. Notre fils va devenir un adulte sourd donc je pense qu’il fallait qu’on se tourne vers les adultes sourds pour choisir une réponse.

Nous avons entendu parler de 2LPE il y a 2 ans, donc nous sommes venus l’année dernière pour bien comprendre ce qu’était le bilinguisme, et aussi avoir un projet bilingue parce qu’à Angers, on en a pas. Donc nous avons créé une association, « IRIS Pays de Loire », et depuis 1 an, on rencontre l’inspecteur d’académie, la DDASS, mais on se heurte à des gens obstinés, qui ne comprennent pas qu’on veuille ghettoïser nos enfants sourds.

L’année dernière, oui, on était reparti plein de motivation. Cette année, on vient de finir notre année scolaire et on est un peu déçu de la part de l’inspection d’académie qui nous refuse et qui s’obstine à nous donner l’oral pour nos enfants. Mais on va recharger nos batteries après cette semaine à l’université d’été, et on va repartir battant pour septembre !

12 septembre 2006
 
 
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