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  Université d’Eté 2LPE 2006 : Karine Perrin, Hélène HOUGOUNENG et Jean SIBILLE, (3/7)  
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par Jean-Olivier REGAT

Pour continuer avec les interviews réalisées lors l’Université d’été, nous allons vous présenter maintenant les interviews de Karine PERRIN, Hélène HOUGOUNENG et Jean SIBILLE.

Sommaire
 1- Interview de Karine PERRIN (2’14")
 2- Interview de Hélène HOUGOUNENQ (5’59")
 3- Interview de Jean SIBILLE (5’57")

Par JOR

1- Interview de Karine PERRIN

Nous allons vous présenter Karine, maman d’un garçon sourd de 6 ans, qui va vous expliquer pourquoi elle a décidé d’apprendre la langue des signes. Nous verrons également la teneur de son témoignage lors de l’Université d’été.

Karine PERRIN Je suis maman d’un garçon sourd âgé de 6 ans. Je trouve que la langue des signes est normale pour communiquer avec les enfants. Je n’ai jamais pensé à autre chose. C’est important pour la communication, l’éducation et toutes les choses de la vie ; c’est vraiment important, je n’ai jamais pensé à autre chose. C’est naturel et facile. A la maison, nous signons, moi, le papa et le frère qui est entendant. C’est une deuxième langue à la maison. Soit nous signons, soit nous parlons ; cela dépend des situations. Quand Paul, mon fils sourd est là, nous signons. C’est important. Quand il n’est pas là nous parlons à notre fils entendant, c’est important aussi puisqu’il est entendant. Cela fait deux ans que je viens en tant que bénévole pour l’organisation. C’est vraiment important car cela me permet de faire des progrès en langue des signes. Cela me permet de rencontrer des sourds et des entendants avec lesquels je peux échanger et partager nos expériences de vie. Il est important d’échanger sur ce que nous avons fait auprès de nos enfants nés sourds. Je suis déçue car cette année je travaille et je ne peux pas rester toute la semaine. Nous avons choisi une journée avec Catherine Texier, la présidente pour que je puisse témoigner sur le thème de la place de la langue des signes à la maison, en famille.

2- Interview de Hélène HOUGOUNENQ

Nous allons vous présenter Hélène, étudiante en doctorat d’ethnologie, à qui nous avons posé les questions suivantes : La Langue des signes est-elle amenée à disparaître ? Concernant la loi du 11 février 2005 relative aux personnes handicapés et le fait que la langue des signes soit reconnue au sain de l’éducation nationale au même titre que les langues étrangères enseignées, comment cela va-t-il se passer concrètement ? Par ailleurs, pourquoi cette reconnaissance est-elle restreinte à l’éducation nationale et n’est-elle pas étendue à l’ensemble de la société ?

Hélène nous précise également le contenu exact de ce décret. Regardez.

Hélène HOUGOUNENQ Je suis inquiète au niveau de la place de la langue des signes dans l’éducation des enfants sourds. Par contre, je ne crois pas que la langue des signes risque de disparaître. C’est vrai qu’on le dit souvent ... on a souvent essayé de faire disparaître la langue des signes, depuis le congrès de Milan, la langue des signes a été interdite dans les écoles, mais elle s’est toujours transmise, malgré l’interdiction ; c’est vrai, il y avait les internats avant, maintenant de plus en plus c’est l’intégration, donc l’isolement des sourds et c’est vrai qu’il y a une communauté sourde moins forte mais en fait, on se rend compte que quand même, les sourds se rencontrent, échangent en langue des signes. On observe aussi qu’il y a des sourds qui sont en intégration et au bout d’un moment, ils sont tellement mal en intégration, qu’ils rejoignent la communauté sourde pour apprendre la langue des signes, et je ne pense pas qu’elle puise disparaître. Tant qu’il y aura des sourds, la langue des signes est une langue qui est tellement adaptée que de toute façon elle existera ; peut-être pas dans la même forme, ou de manière unifiée, elle existera peut-être plus dans les écoles, je ne sais pas, mais en tout cas elle existera pour la communication.

En fait, je voulais m’interroger sur le paradoxe que la langue des signes est aujourd’hui reconnue ... justement, en 2005, il y a une loi qui l’a reconnue officiellement, et depuis que j’ai appris la langue des signes, que je fréquente le monde des sourds et que j’ai vu ce qui se passait dans les écoles, vu que la plupart des parents n’apprennent pas la langue des signes, que dans les écoles la pédagogie bilingue n’est pas du tout appliquée, ou d’une manière très très ponctuelle, donc je me suis dit : si la LS est reconnue et si dans les lois on dit qu’on a droit au bilinguisme, qu’est-ce qui fait blocage, pourquoi elle n’est toujours pas utilisée ? C’est pour ça que j’ai voulu faire cette conférence, pour revenir un peu sur les textes qui font cette reconnaissance politique et voir ce qu’il y avait de sous-jacent, dans ces textes, qui expliquerait un blocage par rapport à une reconnaissance effective, à une application concrète de ces lois.

J’ai remarqué que ce qui faisait blocage, dans la plupart des textes de loi, ce n’était pas que la langue des signes soit trop gestuelle, ou pas assez unifiée, ce n’est pas quelque chose qui est dans la langue des signes. C’est quelque chose d’extérieur, c’est le fait qu’on n’accepte pas qu’une langue autre que le français soit à plan égal dans l’éducation. On a vraiment une idéologie linguistique en France forte, qui fait que pour être citoyen, pour être en France, il faut parler français et uniquement français ; c’est ça qu’on remarque dans ces textes : on parle de danger du bilinguisme, on veut bien accepter la langue des signes mais si c’est un code ou si c’est un soutien pour le français. Mais si on la considère comme une langue, alors là ça pose problème.

Pour ce qui est de la reconnaissance officielle de la langue des signes avec la loi de 2005, c’est vrai qu’on peut pas vraiment dire que ce soit une reconnaissance pleine de la langue des signes parce qu’on reconnaît la langue des signes comme une langue étrangère, comme une option au bac, quelque chose que les entendants peuvent apprendre ... donc c’est une avancée, parce que ça permet aux entendants de la voir, de la connaître mieux et elle est quand même reconnue comme une langue, mais une langue étrangère, pas une langue au même niveau que le français, toujours pas. Et pourtant, dans le premier projet, cette loi disait qu’on pouvait faire un enseignement en langue des signes alors que maintenant, ce qui passe dans la loi, c’est un enseignement de la langue des signes. Donc c’est une avancée mais ce n’est toujours pas suffisant.

3- Interview de Jean SIBILLE

Nous vous présentons M. Sibille, de la DGLFLF (Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France) Nous lui avons posé les questions suivantes : La langue des signes est-elle une vraie langue comme les autres ou bien est-elle considérée comme faisant partie des langues minoritaires régionales ? Par ailleurs, le site de la DGLFLF diffuse chaque année 10 mots portant sur un thème spécifique, incluant une traduction en LSF. Quel bilan peut-on tirer de cette diffusion ? Enfin, nous l’avons interrogé sur ses impressions concernant l’Université de 2LPE.

Jean SIBILLE Je voudrais d’abord dire que je représente, comme vous l’avez dit, la DGLFLF (Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France). La DGLF s’est efforcé, depuis quelques années, de prendre en compte la Langue des Signes en tant que langue, parce qu’il faut bien dire que la langue des signes s’occupe des langues, elle ne s’occupe ni d’éducation, ni des handicaps, ni des problèmes sociaux, donc elle aborde la langue des signes en tant que langue. Jusqu’à présent, la langue des signes n’était pas prise en compte au niveau de la politique linguistique menée au Ministère de la Culture, donc elle s’efforce d’intégrer la langue des signes en tant que langue et de la faire participer à la politique linguistique et culturelle. Je pense qu’en effet, il faut s’efforcer d’accélérer la promotion de la langue des signes en tant que moyen d’expression, pas seulement en tant que moyen d’éducation, ça c’est important mais c’est plutôt la tâche du Ministère de l’Education Nationale, mais aussi à l’intégrer en tant que moyen d’expression, notamment artistique, littéraire, théâtrale, etc., de manière à ce que l’opinion perçoive la langue des signes comme une langue à part entière, qui soit capable des même performances que les langues orales.

La notion de langue régionale est une sorte de commodité de langage, car ce sont bien sûr des langues qui sont parlées dans des régions bien déterminées, mais les langues régionales sont des langues minoritaires, à un double point de vue : elles ne sont pas parlées sur tout le territoire, mais elles sont aussi minoritaires car dans les régions où elles sont parlées, elles sont devenues minoritaires, alors qu’elles étaient majoritaires encore au début du 20ème siècle. Donc évidemment, la langue des signes ne peut pas être considérées comme une langue régionale car elle n’est pas parlée dans une région particulière, donc c’est une langue minoritaire, étant entendu que les langues régionales sont aussi des langues minoritaires.

D’après les informations que j’ai, le site a fait un bon score en termes de consultation, je n’ai pas les chiffres en tête, et parmi les consultations qui ont été faites, beaucoup de gens sont allés voir les animations en langue des signes. Donc globalement, le résultat est assez bon.

Définir la langue, c’est le problème des linguistes, la DGLF n’est pas compétente pour ça, mais ce que fait la DGLF, c’est promouvoir la langue des signes en tant que langue et de faire passer l’idée que c’est une langue à part entière qui est capable des mêmes performances que les autres langues, donc elle doit être aussi promue en tant que moyen d’expression culturelle et artistique.

L’intervention de la personne qui a parlé du breton était intéressante parce que ça met un peu les choses en perspectives et surtout l’intervention de la doctorante intervenue après moi m’a beaucoup intéressé car ça allait un peu dans le même sens que mon intervention ; on ne se connaissait pas, on ne s’était pas du tout concerté, et ça allait dans le même sens. J’ai été particulièrement intéressé parce qu’elle a approfondi plusieurs des thèmes que j’avais abordés dans mon intervention.

Oui je pense que c’est un évènement important et que ça mériterait d’être mieux connu et mieux reconnu. Michel LAMOTHE a fait un travail très important, depuis très longtemps.

13 septembre 2006
 
 
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