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  La FNSF fait un appel aux dons… Elle a besoin de vous !  
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par Marylène CHARRIERE
La Fédération Nationale des Sourds de France a récemment lancé un appel aux dons. Certaines personnes ont été perturbées par cette sollicitation qui suivait de très près un précédent appel pour la célébration des 300 ans de la naissance de l’Abbé de l’Epée.
Au sein de la fédération qui compte 3000 membres, le CN est exclusivement composé de personnes bénévoles qui ne comptent pas leurs heures ! Le fait de n’avoir aucun salarié est un véritable obstacle au bon fonctionnement de la fédération.
Depuis la loi de 2005, les subventions ont en effet considérablement baissé et ne permettent pas de subvenir aux frais de fonctionnement puisqu’elles ne sont attribuées que pour des projets précis.
Entretien Oplink à distance avec Philippe BOYER, président de la fédération.

(Durée : 13’)

WebSourd : La Fédération des Sourds de France a récemment fait un appel aux dons pour permettre à la fédération de subvenir à ses frais de fonctionnement et de personnel. Un précédent appel avait déjà été lancé concernant la fête des 300 ans de la naissance de l’Abbé de l’Epée qui aura lieu en novembre 2012. Les personnes sollicitées ont-elles été perturbées par ces deux requêtes simultanées ? Si oui, pourquoi ?

Philippe BOYER : « Il y a effectivement, peut-être, eu confusion. Auparavant, les dons n’avaient été demandés qu’aux associations affiliées à la FNSF. Si nous reprenons l’exemple de l’assemblée générale de Lyon, il y a deux ans : j’avais passé l’information aux sourds présents qui étaient les délégués des membres d’associations affiliées. L’un d’entre eux s’est levé pour prendre la parole en suggérant que si chacun faisait l’effort de payer, ne serait-ce que 300€ pour une année, étant donné qu’ils étaient 3000, cela représenterait 3 000 000€. Grâce à cette somme, il serait facile d’acheter un local, de prendre un avocat, etc. Mais en fin de compte, il n’y a eu qu’un don de fait puis plus rien ensuite. Je pense que les délégués ont bien compris le problème, mais il est très difficile de relayer la situation auprès de chaque membre. Quoi qu’il en soit, c’est ce qui m’a poussé à faire un appel aux dons non seulement aux membres des associations, mais à tout le monde. A Nice, les sourds y sont favorables et nous avons même des entendants qui se sont dit prêts à nous soutenir. Il est donc nécessaire, je pense, d’ouvrir cet appel et de ne pas le restreindre aux membres. J’aimerais que l’on comprenne que nous avons besoin de la Fédération. En effet, je reçois un très grand nombre d’appels me demandant différents services, mais à l’heure actuelle, je suis dans l’incapacité de répondre à ces sollicitations. Nous manquons de moyens et de personnel. Si l’on pouvait embaucher un salarié, cela me permettrait de déléguer. »

WS : Lors de l’Assemblé Générale de l’année dernière, un budget d’environ 50 000€ avait été présenté et validé concernant la fête des 300 ans de la naissance de l’Abbé de l’Epée. Des demandes de subventions avaient été lancées afin d’atteindre cette somme. Parallèlement, un appel aux dons est lancé. Est-ce parce que les subventions n’ont pas été suffisantes ?

PB : « Concernant les subventions, j’ai chargé un responsable de mission d’organiser l’événement autour des 300 ans, il s’est occupé de réaliser de nombreuses demandes de subvention. Mais beaucoup ont été refusées. A l’heure actuelle nous n’avons reçu qu’une seule réponse positive. Une seule. Et uniquement pour financer les besoins en interprétation. Imaginez mon choc. Etre en mesure de rémunérer la présence d’interprètes, c’est bien, mais cela est loin de couvrir nos autres besoins. Nous continuons de recevoir des réponses négatives, j’avoue que je ne comprends pas. Il faudrait peut-être que nous soyons plus insistants en réalisant des actions de lobbying. Mais étant sourd mon champ d’action est réduit, je ne peux pas téléphoner, je suis obligé de passer par le mail ou l’écrit… ce n’est pas idéal, il semble plus évident de convaincre lorsqu’on s’exprime directement face à la personne. »

WS  : L’appel aux dons a pour objectif de permettre à la Fédération, grâce à un ou plusieurs salariés, d’améliorer notamment le secteur communication en informant un public plus large et pas uniquement les membres de la fédération. Une personne salariée de la fédération serait aussi un représentant légitime de celle-ci auprès des politiques pour porter des revendications. L’idéal serait donc d’avoir un salarié au sein de la fédération. Mais dans les autres pays d’Europe, comment s’organisent les fédérations ?
Par exemple, en Hongrie, la fédération souhaitait développer des centres relais. Elle a donc sollicité le gouvernement qui a détaché un chargé de mission sur cette question. Il a rencontré de nombreuses personnes de la fédération, a fait plusieurs déplacements pour s’inspirer des modèles déjà opérationnels dans les autres pays afin de créer par la suite des centres relais hongrois. Il est notamment venu nous rendre visite ici à WebSourd et a pris bonne note de ce que nous avions à lui transmettre. Une fois sa mission accomplie, il remettra un rapport au gouvernement afin qu’il valide la création de centres relais en Hongrie.
Ce scénario semble idéal… Pourrait-on imaginer qu’une personne soit missionnée de la même manière par le gouvernement français auprès de la Fédération ?

PB : « Alors nous parlons de deux choses bien distinctes : d’un côté le politique, l’action militante et de l’autre les subventions pour faire tourner la structure. La fédération a besoin d’un fond de roulement pour fonctionner, rémunérer ses salariés, etc. L’agent ministériel dont vous parlez est en mesure d’intervenir pour des actions ponctuelles comme le soutien aux centres relais ou d’autres projets liés au bilinguisme. La Fédération a déjà fait appel à un agent, venu d’un ministère dont le nom m’échappe. Il occupait un poste de secrétaire de déroulement administratif. Nous pourrions réitérer ce type de collaboration, malheureusement au gouvernement on nous répond qu’il n’y a plus d’argent, c’est actuellement une grande préoccupation : trouver des financements. Nous pourrions faire appel à un bénévole, ou à une personne retraitée qui occupait auparavant de hautes fonctions. J’ai déjà posé la question au ministère, mais la seule chose que l’on m’aie répondu c’est :« comment allez-vous communiquer ? ». Bien sur nous pouvons faire appel à un interprète une ou deux fois, mais régulièrement, ce n’est pas possible, toujours pour un problème de coût. Bien sûr, nous pourrions nous calquer sur la méthode hongroise, mais il ne faut pas omettre les inégalités de traitement pour les sourds. Certains pays n’hésitent pas à débloquer des fonds pour les sourds mais ici, en France, c’est loin d’être le cas. »

WS : Vous venez de nous expliquer que les frais de fonctionnement de la fédération étaient assez conséquents puisqu’ils représentent environ 60 000 € par an de dépenses. Celles-ci concernent le paiement du loyer, le défraiement des personnes, la cotisation à l’EUD, à la FMS, etc. Etant reconnue d’utilité publique, la FNSF reçoit régulièrement des legs. Cet argent est très rapidement aspiré par les besoins en fonctionnement de la fédération. Au lieu de consommer ces sommes jusqu’au dernier euro, ne serait-il pas envisageable d’en garder une petite part en réserve afin d’en tirer des intérêts ? L’IDES par exemple (structure qui promeut l’économie sociale et solidaire), abonde au capital de petites entreprises puis après deux ou trois ans suivant le contrat qui les lie, se fait rembourser l’argent qu’elle a placé une fois que l’entreprise a pris son envol. Cela permet à l’IDES d’abonder au capital d’autres petites entreprises, et c’est ainsi un cercle vertueux qui se crée. Est-ce qu’on ne pourrait pas imaginer un modèle semblable pour le fonctionnement de la fédération ?

PB : « Bien sûr, je rêve d’une économie sourde, ce serait la seule solution pour que les pouvoirs publics changent le regard qu’ils ont sur nous et qu’il s nous aident. Sans économie propre, nous sommes comme des mendiants sans crédibilité. C’est pour ça que nous souhaitons nous développer, mais sans revenu, cela reste impossible. Une association loi 1901, ne peut pas avoir d’activité commerciale. C’est pour cela que la question de l’accessibilité à la communication a été prise en charge par WebSourd, qui d’ailleurs se développe bien maintenant. Tant mieux pour eux, de plus je suis un des membres fondateurs de cette entreprise et je participe au CA, je suis tellement content de leur développement, et fier aussi. WebSourd ne s’est jamais retourné vers la FNSF pour réclamer de l’argent, au contraire nous avons souscrit au capital de l’entreprise par attrait pour le projet dans l’espoir que nous ayons un retour financier de cet investissement. Je sais que pour l’instant ce n’est pas possible, mais nous espérons quand même. »

En conclusion

La Fédération est très heureuse du succès de l’appel aux dons lancé pour la célébration des 300 ans de la naissance de l’Abbé de l’Epée et vous remercie vivement. Les dons dépassent déjà les 30 000€, il faut continuer sur cette lancée !

En revanche les gens n’ont pas répondu suffisamment présent à l’appel aux dons dévolus aux frais de fonctionnement de la fédération. Celle-ci a bien conscience que la majorité d’entre vous se demande à quoi cet argent va précisément être utilisé, à quels projets il sera versé, etc. Par prudence, beaucoup d’entre vous préfèrent donner de l’argent pour les 300 ans, car l’événement est mieux identifié.

La fédération a bien conscience que cette confusion vient d’un manque d’information. Lors de l’assemblée générale les membres de la fédération ont pu être informés, le site internet et le blog ont aussi été des supports de l’information. Mais cela n’a pas permis au grand public d’être suffisamment tenu au courant…

Après réflexion, la fédération s’est rendue compte que le problème venait sans doute de l’équipe toute bénévole de FNSF et de l’instabilité du groupe de travail sur la communication. En effet au gré de l’état des caisses de la fédération, les embauches sont possibles puis ne le sont plus, les gens qui travaillaient sur la communication ne le peuvent plus, puis reviennent, repartent, etc. Cela fragilise évidemment le travail effectué par eux. L’argent des legs de l’année dernière a été très rapidement aspiré par les besoins en fonctionnement de la fédération. Et également par la cotisation à l’EUD et à la FMS qui est très lourde. Le souci financier pour la FNSF ne cesse pas de persister.

Pour terminer cet article, aujourd’hui, on a un nouveau gouvernement et le Parlement va bientôt être renouvelé, il y a toujours de l’espoir. Par ailleurs, la fédération a eu des appels du gouvernement pour réaliser des actions de lobbying au sujet du dépistage précoce et de la scolarité pour les jeunes enfants sourds. On peut en déduire que les actions de FNSF sont considérablement utiles pour le public et pour la politique française.

Nous avons recueilli quelques réponses intéressantes de Philippe Boyer en espérant de réussir à vous faire réfléchir et à vous faire réagir sur la situation d’appel aux dons...

Liens

 Site de FNSF
 Bulletin de souscription de dons

18 juin 2012
 
 
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