Sommaire
1- Une nouvelle licence en LSF, unique en France (08’33")
2- Entretien avec les deux premiers formateurs du Cetim (12’48")
3- La Langue des Signes : quelles perspectives professionnelles ? (04’03")
1- Une nouvelle licence en LSF, unique en France (durée : 08’33")
Le CETIM a été crée en 2003. Les étudiants sourds ou entendants pouvaient s’inscrire pour une formation commençant en L3 seulement, la filière n’étant alors pas complète, et allant jusqu’au M2. Depuis septembre 2011, il est enfin possible de suivre la totalité du parcours : de la licence 1 au master 2 : c’est une évolution très importante. Nous avons rencontré Mme Meschia, directrice adjointe du CETIM, afin qu’elle puisse nous renseigner sur cette évolution, mais aussi pour qu’elle nous explique pourquoi cela n’a eu lieu que maintenant. Nous l’avons également interrogée sur l’impact de l’environnement toulousain pour la stabilité et la pérennité du CETIM. Nous avons ensuite insisté sur le fait que cette filière trilingue (le français, l’anglais et la langue des signes sont sur un pied d’égalité) est clairement unique en France.
Mme Meschia
"En fait on a appliqué exactement le même principe à la LSF qu’aux autres langues. Dans une formation de traducteur ou d’interprète presque systématiquement il est, toujours, demandé trois langues : sa langue maternelle plus très souvent l’anglais et une autre langue. Dans la mesure où l’on considère que la LSF existe dans les mêmes conditions que les autres langues, il n’y avait aucune raison de lui accorder un traitement particulier par rapport à nos exigences pédagogiques pour la formation. Cela n’était pas toujours facile, je dois ajouter, parce que le profil des étudiants qui arrivaient avec un niveau de LSF étaient rarement des linguistes dans un premier temps. Souvent c’était soit un contexte familiale soit un contexte professionnel qui les avaient amenés à pratique la LSF. Et ce n’était pas des personnes d’emblée attirés par les langues comme le peuvent être les autres étudiants de langue. Petit à petit avec le développement de la formation et l’existence, il est vrai, d’autres universités de formations en LSF on voit émerger un profil de linguiste pratiquant la LSF. Et c’est une grande satisfaction pour nous parce que c’est quelque chose que l’on a pu constater au fil de ces 9 années d’existence. Ce qui montre bien tout de même que quand on a la volonté d’arriver à quelque chose, il faut s’y tenir et la situation évolue.
C’est comme cela que nous avons profité d’un changement de maquette, c’est notre offre de formation qui se renouvelle tous les quatre ans vis-à-vis du ministère, on a profité de ce contrat-ci pour lancer cette licence LEA. Elle est innovante a beaucoup de titres puisque de façon générale l’enseignement de la LSF se fait dans les départements linguistiques. Nous on a choisi de considérer la LSF au même titre que les autres langues qui sont en enseignement LEA, c’était une 1ère innovation, la 2ème a été de mettre en binôme soit l’anglais pour les étudiants qui avaient la LSF en langue seconde et de proposer un autre binôme linguistique pour les langues des Signes 1ère langue ( par définition, la plupart du temps, pour les personnes sourdes) et qui avaient des besoins en langue française donc binôme français/LSF. C’est un peu complexe au sein d’une structure de formation qui est, déjà, pas très simple mais l’opération a été lancée à la rentrée et nous sommes en train de constater sa réussite pour le moment.
On avait tablé sur 10 entendants et 5 sourds pour faire un groupe qui pouvait fonctionner. In fine, il y a une dizaine d’entendants et quatre personnes sourdes et le public est extrêmement mélangé, il y a des profils forts différents ce qui fait l’intérêt, aussi, et la difficulté de cette formation. Nous avons des mères de famille qui sont en reprise d’études d’une part, d’autres personnes qui sont, déjà, bien avancées dans leur vie professionnelle et puis de jeunes bacheliers notamment un jeune qui sort du Lycée avec l’ambition d’être traducteur. C’est un défi de mener tout ce monde vers le même résultat puisqu’il y a un diplôme national à la clef, mais c’est ce qui donne tout son intérêt à l’aventure.
Nous sommes en train d’ouvrir les années successivement, donc la demande de validation par le ministère concerne la licence et dans deux ans ou à partir de l’année prochaine on commencera à demander l’ouverture d’un master qui existe, déjà, pour les futurs interprètes mais qui n’existe pas encore pour les traducteurs.
C’est toujours le problème qui se pose lorsqu’on tente d’innover, c’est-à-dire aucune situation n’est jamais parfaite. Je sais que les filières bilingues sont fragiles sans aucun doute mais si on compare la ville de la France, il y a quand même des acquis qui sont assez considérables puisqu’il existe pour le moment, de la maternelle jusqu’au lycée, la possibilité de suivre une filière bilingue. Je crois qu’il faut au contraire, cela va faire un appel d’air pour tirer vers le haut. Des jeunes verront qu’ils ont la possibilité d’aller plus loin et que la pépinière existe. C’est ce que nous espérons.
On aurait eu beaucoup plus de mal à faire accepter le projet, si cela avait été dans une autre ville. Nous n’aurions pas eu les arguments que l’on a pu avoir au contact des différents acteurs qui étaient, déjà, sur le secteur ce qui était particulièrement favorable et nous a poussé à tenter l’aventure."
2- Entretien avec les deux premiers formateurs du Cetim (durée : 12’48")
Nous allons maintenant vous présenter l’interview des deux formateurs pionniers du CETIM, Radouane Sahsah et Patrick Gache. Radouane est formateur en langue des signes française (LSF) depuis 10 ans. Il travaille à Visuel auprès de publics entendants souhaitant apprendre cette langue. Il intervient également auprès d’étudiants sourds et entendants suivant la formation de traducteurs au CETIM . Patrick, interprète depuis 1987, enseigne également auprès des futurs interprètes. Nous avons eu envie de connaître leur parcours, leur rôle au sein du CETIM et dans la création de la filière LEA LSF, Français, Anglais.
Radouane Sahsah
"Normalement le CETIM ne met pas en place de tests d’entrée pour la 1ère année de licence, il suffit d’être détenteur du Bac. Par contre, nous évaluons la LSF car les niveaux d’enseignement diffèrent selon les centres de formation répartis sur la France. Ainsi nous pouvons opérer des sélections selon les critères européens requis c’est-à-dire le niveau B1.
L’enseignement des langues est différencié pour les étudiants entendants et sourds. Ces derniers suivent des cours de FLS (Français Langue Seconde), filière anciennement appelée FLE (Français Langue Etrangère). Concernant la LSF, mon intervention a pour objectif de les sensibiliser à leur langue et de l’analyser.
En parallèle, les étudiants entendants vont consolider et approfondir leurs connaissances de la LSF. De façon ponctuelle, les étudiants sont regroupés afin de confronter leurs points de vue et d’échanger leurs savoirs.
Le métier de formateur n’est pas routinier, on doit sans cesse s’adapter au public. Contrairement à l’enseignement auprès des enfants, les adultes nous demandent d’être à l’écoute et de répondre à leurs demandes et leurs interrogations ; cela provoque des échanges très riches.
Les étudiants ont des cours des connaissances générales et pas seulement de LSF : droit, économie, anglais.... Certains intervenants extérieurs viennent ponctuellement et enrichissent d’autant plus ces connaissances générales, c’est très important.
Aujourd’hui la formation des interprètes est très complète, la preuve en est, certains interprètes sortant du CETIM travaillent à INTERPRETIS. Le point fort de ce centre de formation est l’anglais, compétence indispensable pour l’interprétation de colloques internationaux ; nous disposons ainsi d’interprètes trilingues.
C’est vrai qu’à l’époque, cela a été dur, il a fallu être tenace et batailler pour que la LSF soit reconnue et pouvoir créer cette formation, mais Patrick vous en parlera mieux que moi."
Patrick Gache
"La formation d’interprètes doit s’appuyer sur des situations de terrain ; nous travaillons beaucoup sur la pratique via des exercices de simulation en présence d’un formateur sourd. Dès sa création en 2003, le centre de formation a tout de suite intégré l’idée d’un travail en collaboration entre sourd et entendant. Malgré le volume horaire important que cela engendrait, nous avons pu mettre en place ce duo. Ainsi l’œil aguerri du formateur sourd vient compléter les observations de l’enseignant entendant. Je me concentre sur le français et les techniques de traduction, tandis que Radouane analyse la LSF. Il intervient aussi sur la technique de traduction ayant lui-même une expérience dans le domaine. C’est ce profil de traducteur sourd qui m’intéressait en plus de l’expérience de formateur, et même si Radouane n’est pas le seul à avoir ce bagage, c’est un bien que d’avoir pu l’intégrer à l’équipe.
A l’époque, la mise en place de cette formation a émané de la collaboration entre le CETIM et INTERPRETIS. Ces deux structures ont mis en commun leurs compétences. C’est INTERPRETIS qui a constitué et soumis un cahier des charges pour les besoins de cette formation et auquel l’université du Mirail a répondu. Contrairement aux autres formations d’interprètes en France (Paris 8, Lille...) qui s’appuient sur un point de vue linguistique, ce que le CETIM a de son côté apporté c’est une approche de la traductologie qui correspond exactement aux besoins du métier. Aujourd’hui je suis embauché par l’université Toulouse Le Mirail sur un poste de PAST (Professeur Associé Temporaire).
L’équipe d’enseignants s’est étoffée. Certains interprètes deviennent formateurs et interviennent ponctuellement. Faire appel à des personnes extérieures ayant plus de connaissances dans certains domaines me semble pertinent. Cette diversité est une très bonne chose d’un point de vue pédagogique. Pour les étudiants, voir de nouvelles têtes évite la saturation. Il y a actuellement 5 interprètes formateurs à INTERPRETIS. La relève est assurée.
Lors des premières sélections, les candidats avaient une bonne langue des signes du fait de leur pratique ; ils avaient pour beaucoup déjà démarré un parcours professionnel, mais leur niveau d’anglais datait de leur expérience scolaire et certains abandonnaient la formation. Aujourd’hui les profils ont évolué et je reste convaincu que le fait d’être trilingue permet une plus grande aisance dans le passage d’une langue à une autre.
Si, autrefois, les conférences internationales étaient traduites simultanément en français, aujourd’hui elles se déroulent de plus en plus en anglais. D’où l’importance d’avoir des interprètes trilingues capables de passer de l’anglais à la LSF et inversement. Ici nous avons une équipe d’interprètes motivés pour ce type d’interventions.
Lorsque j’ai commencé l’enseignement j’avais 9 ans d’expérience dans l’interprétation. Je me suis vite aperçu que ces deux métiers s’enrichissaient mutuellement."
3-La Langue des Signes : quelles perspectives professionnelles ? (durée : 04’03")
Websourd et Interpretis (service d’interprètes) sont depuis longtemps déjà partenaires du CETIM. Au regard de la loi de février 2005 qui impose toujours plus d’accessibilité, il a été calculé que, d’ici dix ans, il y aurait un besoin accru d’interprètes, besoin estimé à plus de trois mille professionnels. De plus, les personnes sourdes ont maintenant accès à une gamme de métiers beaucoup plus large, plus variée et de plus haut niveau : ils peuvent être traducteurs, écrivains public, médiateurs, journalistes, enseignants, etc. Les personnes sourdes peuvent aussi s’inscrire au concours d’entrée pour le CAPES en langue des signes. Ce sont des métiers qui nécessitent un haut niveau de langue.
La maîtrise de l’anglais est également une compétence essentielle pour pouvoir travailler sur le marché international. Le CETIM répond aujourd’hui à ces exigences de formation et espère que les étudiants sourds ou entendants inscrits valideront leur diplôme de Master 2.
Actuellement, la situation économique est néanmoins difficile. Le CETIM a besoin de fonds pour financer, entre autre, la présence des interprètes pour la traduction des cours ainsi que le matériel pédagogique qui est également très coûteux. Malgré cela, le CETIM tient bon.
(Mme Meschia)
"Je voudrais préciser que l’on mise également et c’est, aussi, un pari sur un accès direct au marché de l’emploi à la sortie de la licence. Il existe tout un ensemble de métiers émergents liés aux contraintes qu’impose la loi 2005 et qui sont appelés à se développer, écrivain public, médiateur linguistique… Nous sommes dans une logique, en principe, de former des jeunes qui sortiront à bac + 3, c’est bien comme bagage pour entrer sur le marché du travail étant donné les besoins en LSF."