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En 1985, des parents entendants d’enfants sourds militent pour le droit de suivre un enseignement en Langue des Signes Française et initient la création de classes LSF en école maternelle à Toulouse. 25 ans après, le bilan est plutôt positif avec la création d’une filière du cycle primaire au secondaire.
Patrice Dalle
1 – Pourquoi je continue ? Ah, quelle bonne question ! C’est vrai que je pourrais très bien me satisfaire de la situation de mes enfants qui ont fini leur scolarité et fait leur bonhomme de chemin mais je vois bien que des problèmes persistent pour beaucoup de parents entendants d’enfants sourds ; ils ne sont pas au courant de bien des choses alors tout laisser tomber, ça ne serait pas une bonne chose. Je suis né pour militer !
2 – Il n’y pas encore de relais solide, la situation est encore fragile. Certes, il y a des parents sourds et des enfants sourds qui sont au fait de tout ce qui se passe et qui militent mais parallèlement, nous rencontrons des parents entendants qui découvrent la surdité de leur enfant et n’ont aucune connaissance du contexte historique, ce qui accroît bon nombre de problèmes.
3 – Les classes LSF sont plus ou moins fragilisées en France. A Toulouse, c’est différent, la situation est plus assurée ; et même si nous rencontrons encore quelques difficultés, nous avons fait nos preuves et nous avons le soutien de l’Education Nationale qui souhaite garder un modèle aussi efficace, encore trop peu rencontré dans le reste de la France.
Anne-Marie Chapelain
1 – C’est déjà un parcours personnel ; à l’époque, mon compagnon et moi-même militions dans d’autres domaines et avions une sensibilité sur ce qu’on peut appeler l’oppression d’un groupe majoritaire sur un groupe minoritaire, sur le pouvoir qu’ont des personnes sur des minorités forçant celles-ci à se regrouper pour se faire entendre. Quand on a lu des gens comme Cuxac, dans le Langage des sourds où, en première partie, son éditeur explique que les sourds ne sont pas tellement différents en matière de langues. Il s’agit bien d’une majorité qui impose sa langue, sa culture, sa manière de voir à une minorité et nous avons rapidement compris que pour les sourds, c’était une situation similaire.
D’un point de vue pratique, il est vrai que la rencontre avec des sourds a été déterminante car avant de faire ce choix, quand nous cherchions des formations, nous ne rencontrions que des gens tristes qui nous parlaient de rééduquer notre enfant, ce que nous ne comprenions pas : comment rééduquer un enfant qui n’a pas encore été éduqué ? Ce n’était que des gens qui voyaient le côté négatif des choses. A côté de cela, nous avons rencontré des sourds qui sont joyeux, qui sont normaux, en fait ! Des personnes qui parlent de tout et de rien qui véhiculent une image positive de ce que sera notre enfant plus tard. Ma fille n’avait alors que quelques mois mais c’était clair que c’était vraiment ce qui lui fallait.
Là où nous étions, en Bretagne, ça n’existait pas, il ne suffisait pas de se dire on met en place une classe pour avoir un enseignement. Ca se met en place parce qu’il y a tout un environnement autour de ça, des parents, des services… Ainsi, après le stage de 2LPE qui nous avait littéralement emballé, on hésitait entre Poitiers et Toulouse… c’est Toulouse qui l’a emporté car nous préférions la région toulousaine au Marais Poitevin ! Mais c’est ce qu’il fallait, on n’avait pas le choix.
2 – Je ne sais pas du tout. On avait fondamentalement raison. Le fait que les enfants puissent parler normalement dans leur langue et avoir un enseignement directement dans leur langue en histoire, géographie ou autre, c’est ce qu’il faut. Mais ça sera plus ou moins long selon le degré d’implication des gens, s’ils se battent ou non, sinon on va droit dans le mur. Ca sera plus ou moins long selon l’état de mobilisation de chacun.
Brigitte Vivet
1 – C’est vrai que, comme l’a dit Patrice Dalle lors de la conférence, auparavant, c’était davantage les parents entendants qui se battaient pour la cause des classes bilingues. Aujourd’hui la tendance s’est inversée, il y a eu un véritable réveil Sourd et ce sont majoritairement les parents sourds qui militent. Les parents entendants sont en nombre très réduits car beaucoup se sont tournés vers le médical et l’implant. Alors bien évidement je me bats pour que les entendants nous rejoignent, que l’on reprenne le combat ensemble, c’est important ! Il faut pouvoir montrer à nos politiques que sourds et entendants travaillent de concert pour la cause des enfants sourds.
2 – Je suis convaincue de la solidité de l’école bilingue mais ce qui reste fragile, c ‘est le manque d’enseignant dans ces structures et dans ce domaine, il faut continuer à se battre, ce que je fais moi-même, ne rien lâcher, il en va de l’intérêt des enfants sourds, de la maternelle jusqu’au diplôme du bac ! N’oublions pas ce qui a été construit, restons en veille et sachons être prêts pour agir s’il le faut !
Johanna Giclat
1 – De la maternelle au primaire, je ne peux pas dire que j’ai rencontré de difficultés particulières, la route était déjà tracée. A partir du collège, il m’a fallu davantage tracer mon chemin, je rencontrais quelques embûches. Au lycée, j’étais beaucoup plus en intégration avec ce que ça implique comme problème mais ça ne m’a pas empêché de suivre ma voie. Je n’ai pas vraiment eu à me battre durant ma scolarité dans les classes bilingues.
2 – C’est vraiment très inquiétant ! Je me souviens que, de la maternelle au collège, j’avais des enseignants sourds et c’est à partir du lycée que les choses changeaient, ce qui est tout à fait compréhensible : il existait peu de personnes sourdes ayant le niveau de diplôme requis pour être recrutées au lycée. Aujourd’hui, la situation s’est aggravée : dès le collège, on est déjà dans l’intégration ! Et ça c’est un sujet de préoccupation. Faire appel à des interprètes qui traduisent le cours n’est pas une mauvaise chose en soi mais pédagogiquement, c’est vraiment inapproprié. Les cours ne sont pas appréhendés de la même manière que l’on soit sourd ou entendant. Les élèves sourds ont toujours un temps de retard à cause du décalage dû à la traduction, s’ils souhaitent répondre à une question, les entendants les auront devancés. Un enseignement pratiqué directement en langue des signes est vraiment préférable.
3 – Je crois vraiment que l’avenir des classes maternelles et primaires est assuré et si des difficultés apparaissent, elles peuvent être facilement résorbées à ce niveau là. En revanche, il faut vraiment que parents comme élèves se mobilisent pour le collège et le lycée ! Il faut également impliquer les entendants pour être en force. L’idée des classes bilingues est bonne, il nous faut nous battre pour ça !
Pour conclure, on constate qu’il reste encore du chemin à parcourir pour les classes en LSF. Par exemple, il y a de moins en moins d’enseignants en LSF. De plus, leur statut d’enseignants sourds n’est toujours pas reconnu, ils militent en ce sens. Au sein des écoles bilingues, le pourcentage des parents entendants d’enfants sourds s’est considérablement réduit au cours de ces dernières années. Ces derniers, mal informés de l’existence de classes LSF, font davantage appel à un soutien médical. Cependant, le combat demeure nécessaire dans la mesure où les difficultés rencontrées ne sont toujours pas surmontées. De nombreux militants, sourds et entendants, continuent de lutter pour la pérennité des classes LSF.
lien : ANPES