L’objet du Festival du Silence est d’allier la danse et la musique. Pour savoir comment ce festival a-t-il vu le jour, nous vous invitons à vous pencher sur l’histoire de sa création.
Sommaire
1- Soutien de la Mairie de Paris (2’12’’)
2- 1ère partie des interviews de Fanny CORDEROY du TIERS et de Mathias-Henri GLENARD (1’46’’)
3- 2ème partie des interviews de Fanny CORDEROY du TIERS et de Mathias-Henri GLENARD (1’39’’)
4- 3ème partie des interviews de Fanny CORDEROY du TIERS et de Mathias-Henri GLENARD (1’37’’)
5- 4ème partie des interviews de Fanny CORDEROY du TIERS et de Mathias-Henri GLENARD (4 parties de 8’11’’)
Par MC
1- Soutien de la Mairie de Paris (2’12’’)
C’est l’association ChanDanse qui est à l’origine de la création de ce festival. Cette association a pour objectif de faire découvrir au public sourd la danse, la musique et le chansigne. C’est donc une association parisienne qui a organisé pour la première fois un festival international, en France, à Paris. Il est vrai que la mairie de Paris leur a apporté un grand soutien. Le jour de l’inauguration du festival à l’Hôtel de ville de Paris, Mme Pénélope Komités, adjointe au maire et chargée des personnes handicapées, a déclaré devant le public qu’elle était heureuse d’avoir pu participer à ce festival plein de partages en apportant son soutien.
2- Interview de Fanny CORDEROY du TIERS et de Mathias-Henri GLENARD (en quatre parties de 8’11’’)
1/4 : "Quand on plonge dans ce silence on y découvre tellement de choses" (1’46’’)
Pour savoir pourquoi le terme "festival du silence" a été choisi et comment ce festival a vu le jour, nous vous invitons à écouter les interviews de Mathias-Henri GLENARD, président du Festival du Silence et Fanny CORDEROY du TIERS, présidente de ChanDanse.
(Mathias-Henri GLENARD) C’est elle qui a eu l’idée de ce festival. Elle m’a proposé ce projet international de danseurs, musiciens et artistes sourds. Je trouvais l’idée formidable mais il me semblait que le nom de ce festival était trop long et un peu lourd pour le noter dans les dossiers par exemple. Alors nous avons réfléchi à d’autres idées. Nous aimions beaucoup le terme de silence car il renvoie à une notion de secret. Et puis ce silence quand on y pense, nous amène beaucoup d’énergie, de motivation et d’action ; en plus ce silence nous rappelle une eau qui dort... alors je lui ai proposé cette idée : le Festival du Silence ! Elle a trouvé ça bien et on l’a gardée. (Fanny CORDEROY du TIERS) En plus, du point de vue des entendants, les sourds représentent le silence, le calme... le calme plat même, alors là, quand on plonge dans ce silence, on y découvre tellement de choses : des sons, des vibrations, du visuel dans le théâtre ou ailleurs. En fait c’est un contraste que nous mettons en avant ! (Mathias-Henri GLENARD) Ce contraste provoque la surprise. Il est vrai que les sourds sont méprisés par le monde extérieur comme si nous étions inconnus, silencieux...a lors il faut ouvrir notre monde et le montrer !
2/4 : "le mieux serait de créer un festival pour que les gens découvrent notre univers" (1’39’’)
(Fanny CORDEROY du TIERS) Depuis 3 ans, lors de l’année européenne des personnes handicapées, la mairie de Paris a alors reconnu son retard en comparaison avec d’autres pays du monde au niveau de l’accessibilité des personnes handicapées et notamment pour les sourds. Ce décalage les a fait réfléchir et il y a eu de nombreuses réunions intitulées « Culture et handicap à Paris ». Tous les mercredis ces réunions nous permettaient de réfléchir tous ensemble à des actions à mettre en place pour permettre une réelle accessibilité. J’étais toujours présente lors de ces réunions pour revendiquer nos droits mais il y avait toujours des obstacles. Et un jour, M. Laurent Amiard m’a dit que le mieux serait de créer un festival pour que les gens découvrent notre univers. J’ai pensé que c’était une bonne idée car j’avais vécu cette expérience à Deaf Way 1 et 2 où j’avais été en relation avec d’autres danseurs internationaux. Je me sentais prête pour assurer l’organisation d’un tel événement et c’est ce que j’ai fait pendant 3 ans. Cela fait un an que j’ai demandé à Mathias de nous rejoindre en tant que président de ce festival. C’est vrai que depuis 3 ans nous cherchons des locaux mais cela n’a pas été facile. Le théâtre Silvia Monfort par exemple nous a refusé ses locaux au départ et puis puisque nous insistions chaque année, ils ont compris que notre projet était sérieux et finalement, ils ont accepté. C’était la première fois qu’une association de sourds arrivait à louer leurs locaux pour y jouer du théâtre. Maintenant qu’ils ont découvert et reconnu les sourds je pense qu’ils seront ouverts pour nous à l’avenir.
3/4 : "la France était le pays idéal pour représenter la culture" (1’37’’)
(Fanny CORDEROY du TIERS) Nous avons créé ce premier festival car depuis longtemps, il existe Deaf Way mais à chaque fois que je m’y rendais, je trouvais que l’évènement était surtout axé sur le théâtre ou sur des conférences d’artistes même s’il y avait des danseurs parmi eux. Les danseurs et les musiciens étaient toujours sur une petite scène à part comme si cela ne faisait pas partie intégrante de la culture sourde. Je laissais les choses se faire ainsi sans rien dire. Aux Etats-Unis il y a une petite ville dans laquelle il y a un festival de danse des sourds. Il y a des festivals mondiaux ici ou là dans lesquels des sourds s’intègrent mais nulle part on ne pouvait trouver un festival où des sourds pouvaient se rencontrer entre eux. Quand je suis arrivée en France, je pensais que cela existait déjà car c’est un pays connu pour sa culture mais ce n’était pas le cas. Je trouvais que la France était le pays idéal pour représenter la culture. Alors il fallait créer ce festival ! Je tiens à remercier la mairie de Paris pour ses encouragements ! Ce sont eux qui ont émis l’idée d’un festival, alors cela voulait bien dire qu’ils étaient partis prenants dans ce projet. (Mathias-Henri GLENARD) Ils avaient confiance en nous. (Fanny CORDEROY du TIERS) Alors il a fallu se relever les manches et travailler pour arriver à mettre sur pied ce premier festival international pour tous les sourds.
4/4 : "c’est une fierté de danser ou de jouer de la musique." (3’04’’)
(Fanny CORDEROY du TIERS) En fait ce qui s’est passé était évident. Depuis plusieurs années beaucoup de sourds dansent ou jouent de la musique. Jusque là, ils pensaient que cela ne faisait pas partie de la culture sourde alors là ils ont été très fiers de montrer leur travail. Souvent ils pensaient que c’était du domaine des entendants et n’osaient pas en parler ou même ils n’osaient plus danser. Maintenant que ce festival existe, je pense que cela pourra leur montrer que c’est possible et que l’on peut se libérer, qu’on a plus peur et qu’au contraire c’est une fierté de danser ou de jouer de la musique. Il y a deux jours par exemple, lors de l’atelier musique, une seule personne s’est présentée car les sourds s’imaginent que c’est réservé aux entendants. J’ai donc demandé du soutien à un groupe de musiciens bulgares pour attirer le public mais cela prouve que les sourds n’ont pas encore accepté l’idée que la musique est aussi pour eux. La danse est acceptée aujourd’hui comme faisant partie de la culture sourde mais pour la musique c’est encore trop récent. Hier, à l’atelier percussions, de nombreuses personnes sont venues découvrir des techniques musicales. Des gens très doués pour l’écrit par exemple étaient totalement perturbés dans ce domaine et c’est ce qui est intéressant. Cela nous permet de comprendre que ce n’est pas si facile. Il faut soi-même expérimenter pour bien comprendre.
Au niveau de la danse c’est intégré mais pour la musique il y a quatre compétences à acquérir : la mémoire, les règles de base de la rythmique (que ce soit pour la danse ou la musique), la perception des vibrations corporelles et l’écoute visuelle qui permet de suivre et de comprendre. Ce sont ces quatre compétences réunies qui permettent de danser ou de jouer de la musique. Hier, une personne m’a demandé ce que je pensais de danser sans musique. Personnellement je refuse cette situation car si l’on danse sans musique, le risque est de donner raison aux entendants qui pensent que les sourds ne peuvent pas danser sur la musique. Donc je pense qu’il faut danser sur la musique ! Les sourds peuvent danser sur la musique mais avec d’autres techniques, un autre style. C’est cela aussi qui permettra aux entendants de nous découvrir !
(Mathias-Henri GLENARD) J’aimerais rajouter que ce qui est intéressant dans notre festival c’est que : « la danse est une langue », c’est-à-dire que lors d’un festival de théâtre ou de conférences, il y a toujours la barrière de la langue, alors il est difficile d’inviter des intervenants étrangers, japonais par exemple, car il faudrait rajouter des sous-titrages ou d’autres techniques pour la compréhension de tous. Or, pour un festival de danse, l’accès est direct, c’est une langue qui permet une compréhension directe même pour un public étranger. Ce sont les sentiments qui parlent et c’est pour cela que c’est un avantage. Le public sourd n’a pas l’habitude de voir des spectacles de tant d’horizons différents, de Chine ou d’Amérique... C’est incroyable ! La danse est une langue et c’est cela qui est intéressant.
(Coproduction avec ChanDanse des Sourds de Paris)