Sommaire :
1/ Ferdinand Berthier, ou le rêve d’une nation sourde
2/ « Surditude(s) », une nouvelle collection de livres
1/ « Ferdinand Berthier, ou le rêve d’une nation sourde »
(Durée : 2’22’’)
Premier ouvrage de la collection « Surditude(s) », Berthier ou le rêve d’une nation Sourde rend hommage à une figure incontournable d’un champ historique en construction, celui de l’histoire des Sourds et pose des questions essentielles au moment où la LSF est officiellement reconnue et enseignée.
Ce livre reprend l’histoire de la vie de Ferdinand Berthier. De l’histoire des Sourds, la postérité a surtout retenu la personne de l’abbé de l’Epée et son initiative pédagogique, en rupture avec les idées de son temps. Une œuvre d’ailleurs consacrée par la reconnaissance institutionnelle : l’Institut National de Jeunes Sourds de Paris en est l’héritière.
Pourtant, une seconde étape de cette reconnaissance, moins connue, concerne les Sourds eux-mêmes. Leur prise de conscience identitaire conduit à la revendication d’un projet politique autour d’une Nation Sourde-Muette. Acteur central de ce mouvement anthropologique, Ferdinand BERTHIER, premier professeur Sourd en titre en 1829, candidat aux élections législatives de 1848 et décoré de la légion d’honneur l’année suivante, est au centre de cet ouvrage qui tente de réparer cette injustice de l’Histoire.
Cette biographie est basée sur des faits réels mais est également un roman : à travers l’évocation des souvenirs du vieil homme, au soir de sa vie, il relate ce que furent les prémisses du mouvement Sourd au siècle dernier. On y rencontre des protagonistes connus de l’Histoire tels Alexandre Ledru-Rollin Auguste Blanqui ou encore Louise Michel. Si les dialogues et certaines scènes relèvent de la fiction, la chronologie des faits et des événements, ainsi que les personnes de ce livre s’inspirent, eux, de recherches historiques poussées. Une abondante iconographie permet de restituer l’ambiance de cette période charnière.
Bien que l’action se passe au XIXe siècle, les problématiques sont très actuelles. Accéder à une citoyenneté pleine et entière ou faire reconnaître une réalité linguistique et culturelle, les thèmes abordés ici sont d’une étonnante actualité, en passant par l’éducation des enfants sourds mais aussi le statut des enseignants.
Ce livre est écrit par Fabrice Bertin, professeur d’histoire-géographie et chargé de cours à l’Université de Paris VIII. Il est également l’auteur de « Les Sourds. Une minorité invisible » (Autrement).
2/ Surditude(s), une nouvelle collection de livres
(Durée : 3’40’’)
Aimé Césaire, poète Noir et intellectuel du XXe siècle, s’est battu pour expliquer qu’être Noir n’est pas simplement une couleur de peau, cela implique une façon d’être au monde, de voir le monde et de vivre le monde différemment, selon une culture propre, un mode de vie spécifique mais qui n’est pas « à part », complètement différent de celui des Blancs. Pour désigner cet état « d’entre-deux », Aimé Césaire a inventé un concept, celui de Négritude.
Les Sourds vivent un peu la même situation, à la différence toutefois que la surdité ne se voit pas ! L’audisme dont on parle de plus en plus (ou audiocentrisme, c’est-à-dire tout centrer sur l’audition, la réparation..) est parfois inconscient et dû à une incompréhension : les entendants pensent que l’audition est indispensable et que les Sourds sont malheureux sans cela… Ils ne savent pas qu’elle n’est pas ressentie comme un manque du tout : on peut aussi entendre par les yeux !
Etre Sourd, c’est développer une pensée visuelle, s’exprimer dans une langue visuelle, et décrire le monde de cette façon.
Voilà pourquoi on peut parler aussi de surditude : la surdité n’est pas qu’une culture, c’est aussi une histoire et des relations avec les entendants. La surditude, comme la négritude, essaie de nommer une réalité : les Sourds vivent parmi les Entendants, sur le même territoire et partagent avec eux des habitudes de vies, des codes : il y a beaucoup de points communs mais aussi des différences qu’on ne peut pas gommer, effacer. Comme l’arc-en-ciel, la surditude, est plurielle car il y a plusieurs façons d’être Sourd selon les lieux et selon les époques ; cela pose d’ailleurs des questions spécifiques pour tous et c’est pourquoi nous pensons plus juste de mettre un (s) à Surditudes…
Surditude(s), une collection dirigée par Fabrice Bertin.