Henri, président de l’ACSF, vous a raconté l’histoire d’un long combat. Voici la suite, qui montre concrètement comment les sourds peuvent participer à des activités aéronautiques.
Sommaire
1- Sports aériens (3’50’’)
2- L’ULM de l’ACSF (02’42’’)
3- ULM Sky Ranger (01’24’’)
4- ULM Vega (01’52’’)
Par JOR
Les sourds pratiquent de nombreux sports aériens au sein d’associations diverses :
L’aéromodélisme : il s’agit de faire voler des modèles réduits d’avion. Environ une vingtaine ou une trentaine de personnes sourdes pratiquent cette activité en France.
Le parachutisme : à haut niveau, c’est assez difficile, mais sept sourds ont réussi à obtenir leur brevet, dont deux femmes. Parmi les hommes, nous comptons un étranger et un autre sourd qui a déjà sauté plus de deux cent fois et qui fait l’aller retour entre Paris et Toulouse pour pouvoir effectuer ses vols.
Le parapente : beaucoup de sourds souhaitaient essayer le parapente, il a donc fallu créer des stages, dès l’année 2000, et depuis, la demande ne cesse d’augmenter. Actuellement une trentaine de sourds font du parapente. Parmi eux il y a des « élèves » en cours de formation, plus d’une dizaine ayant terminé la formation et obtenu leur brevet. Parmi ces derniers, trois sont hautement qualifiés et comptabilisent plus de mille sorties. Les autres ont des niveaux moindre.
Le planeur : c’est une des pratiques du vol à voile, il peut être tracté au départ par un autre avion. En France, des autorisations médicales sont nécessaires pour pratiquer et un sourd ne peut pas piloter un planeur seul. Mais une formation a été créée. Il y a six élèves dont une femme qui a réussi à piloter seule en 1975, mais l’autorisation pour obtention du brevet ne lui a cependant pas été accordée. En Angleterre de telles autorisations peuvent être délivrées, mais pas en France. Donc, actuellement, six élèves sont en cours de formation pour acquérir de l’expérience en planeur. Il faudra encore se battre pour obtenir des autorisations de vol en solo.
L’ULM : cette pratique est celle qui est la plus représentée par l’Aéroclub des Sourds de France. On organise beaucoup d’événements autour de ces appareils. Une trentaine de pilotes volent déjà en ULM et 16 ont obtenu leur brevet, dont un suisse qui vient piloter en France puisqu’il n’en a pas le droit dans son pays ; ces derniers peuvent donc voler sans problème. On compte ensuite une quinzaine d’élèves dont huit qui n’ont pas encore terminé leur formation et auprès desquels j’enseigne . Il est important de suivre ces longues formations pour des questions de sécurité.
Les vols en avion : c’est l’activité majeur dans le domaine des sports aériens. Nous n’avons malheureusement pas encore obtenu l’autorisation de piloter seul en France. Nous allons continuer à nous battre pour obtenir ce droit qui est par ailleurs déjà accordé en Angleterre, aux Etats-Unis et en Australie et qui devrait bientôt l’être en France. Quelques sourds ont cependant déjà eu la possibilité de piloter ces appareils : un sourd a réussi à obtenir une autorisation. Moi-même j’ai pu piloter un avion mais je refuse d’obtenir une autorisation en fraudant. Il faut défendre le droit à piloter seul et se battre jusqu’à ce qu’on l’obtienne, il y a donc encore du travail. Moi-même j’ai des licences de vol anglaise et américaine, et j’ai également volé en Australie. Il y a pourtant en France six sourds qui sont en formation, à Marseille et à Paris, et qui attendent que le Conseil Médical de l’Aviation civile délivre cette autorisation.
Ensuite, je dois avoir oublié quelque chose... ah oui, les montgolfières !. C’est un allemand qui est venu en France pour suivre la formation et qui donne maintenant des cours.
Voilà, je pense avoir terminé ce tour d’horizon sur nos activités.
L’ULM est l’activité la plus importante de l’Aéroclub. C’est en effet dans ce domaine que nous avons réussis à obtenir le plus de choses. Ainsi, en 2001, nous sommes devenus membres de la Fédération Française de Planeur ULM (FFPULM) qui nous a accordé sa confiance. En octobre 2002, nous avons décidé de nous lancer et d’acquérir un ULM Sky Ranger (2 places, hélice, 80 chevaux). A cette occasion, nous avons organisé une fête pour célébrer le premier engagement d’une association dans le domaine aéronautique puisque nous devenions alors les premiers propriétaires d’ULM motorisés à hélice. La situation était en effet différente de celle de l’association américaine qui elle, ne pouvait acquérir d’ULM, dans la mesure où les pilotes membres étaient disséminés sur le vaste territoire . En ce qui nous concerne, nous avons pu franchir le pas facilement. Nous avons mis cet ULM en service pendant une année au terme de laquelle on nous a sollicité pour des cours. Pouvait-on dispenser des cours d’ULM pour les sourds ? Après quelques recherches, j’ai trouvé une formation, que j’ai donc commencé en septembre 2003. Cette formation s’est déroulée près de Poitiers au Centre National de l’ULM (CNULM). Le CNULM est un centre important reconnu par l’Etat, et s’avère une véritable école de formation pour devenir formateur. Cette formation s’est donc déroulée sur trois mois et s’est très bien passée. En 2004, après notre première acquisition, nous avons décidé d’acheter un deuxième ULM, un Véga. Le Sky Ranger étant utilisé pour la formation, le Véga serait donc pris pour des voyages ou par des pilotes sourds accompagnés par des élèves. En mai de cette même année, nous avons créé une école de pilotage d’ULM destinée à des élèves sourds à qui je donnais moi-même des cours. Il y a avait une heure et demie de pratique pour chaque élève, à tour de rôle, tous les vendredis, samedis et dimanches, plus un cours théorique prévu les mercredis soirs à Paris, à L’Aéroclub de France. Cette école de formation est donc ouverte depuis deux ans et nous sommes satisfaits du résultat. Aujourd’hui nous célébrons donc la première fête de l’ULM et nous sommes venus hier de Paris jusqu’à Graulhet après quatre heures de vol. Cela prouve bien que les sourds sont capables de piloter des ULM et qu’une complète accessibilité est possible, même dans les nuages ! Les sourds éprouvent une réelle satisfaction à piloter les ULM.
(Henri de CORDEROY du TIERS) Bonjour ! Ceci n’est pas un avion, c’est un ULM de type Sky Ranger Multiaxes et biplace. Cela ressemble à un avion, à ceci près que la puissance du moteur est limitée à 80 chevaux. Mais pour le reste, le principe est le même ; il est biplace. Nous en avons fait l’acquisition en octobre 2002 et nous nous en servons donc depuis quatre ans pour la formation d’élèves sourds au pilotage d’ULM ainsi que pour la mécanique ULM.
(Henri de CORDEROY du TIERS) Bonjour ! Voici notre deuxième ULM, de type Vega. Nous en avons fait l’acquisition il y a deux ans et demi. Pour tout ce qui rentre dans le cadre de la formation, nous nous servons plutôt de l’autre appareil. Celui-ci est utilisé pour des voyages, des vols de vitesse et parfois seulement lors des formations. Il peut monter jusqu’à 180 kilomètres/heure. En ce qui concerne l’habitacle, il est très agréable grâce à ses larges vitres ; on peut donc profiter pleinement du paysage. Il est beaucoup plus adapté pour les sourds que l’autre appareil qui n’est pas vitré en totalité, ce qui restreint le champ visuel. Il est assez grand pour accueillir deux personnes qui communiqueraient en langue des signes. Le tableau de bord est par ailleurs le même que celui d’un avion ordinaire. C’est un appareil vraiment agréable. Avec le soleil qui tape sur l’appareil et la réverbération, la chaleur monte très vite et pourrait faire bouillir les instruments de vol et l’habitacle. L’autre appareil avec son habitacle un peu plus fermé réagit différemment à la chaleur. Dans celui-là on se croirait dans un sauna !