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  LMG : Les sourds italiens protestent  
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par Julia PELHATE
En Italie, une protestation se fait entendre dans la communauté des sourds, suite à la proposition de quatre députés italiens de renommer la Langue des Signes Italienne en « Langage Mimique et Gestuel ». WebSourd fait le point.

(durée : 9’03’’)

LIS : si – LMG : no !

Depuis quelques jours, la communauté sourde italienne est inquiète. Des protestations et des appels à la mobilisation se multiplient sur les réseaux sociaux comme Facebook. Des sourds italiens scandent « LIS : Si ! LMG : No ! » sur des vidéos partagées par des centaines de sourds.

Petit rappel historique : En 1880, lors du Congrès de milan, l’enseignement de la Langue des Signes, au sein de nombreuses institutions, est officiellement supprimé. En Europe, pendant près de cent ans, la langue des signes est considérée comme indésirable, sauvage et impropre. Officiellement interdite, elle continue, officieusement, à être pratiquée par la communauté sourde. Dès les années 1980, les sourds reprennent conscience de l’importance de la langue des signes pour l’éducation des enfants et pour l’ensemble de la communauté des sourds. Dès lors, les Etats-Unis n’ayant pas été censurés par la convention de Milan de 1880, de nombreux érudits sourds européens s’y rendent pour développer leurs recherches et rapporter des outils pédagogiques en Europe, afin de promouvoir la Langue des Signes.

En Italie, le mode de communication se nomme alors le « Langage Mimique et Gestuel Italien » (LMGI). Quand la Langue des Signes Italienne (LIS) remplace le LMGI, les sourds italiens se considèrent, enfin, comme des citoyens à part entière, riches de leur culture et de leur langue.

Depuis les années 1980, la société des sourds en Europe n’a pas cessé d’évoluer, on évoque cette période comme le « Réveil des sourds ».

Comme partout en Europe, l’Italie se bat pour une reconnaissance officielle de la Langue des Signes Italienne. La France n’a obtenu qu’une reconnaissance partielle de la LSF, dans le cadre de la loi du 11 février 2005, concernant l’éducation des enfants sourds.

Le combat pour une reconnaissance n’est pas facile. A chaque tentative de proposition de loi, le gouvernement italien est dissout et le projet n’aboutit pas. Un combat qui, toutefois, est partiellement gagné le 25 juin 2008, lorsque le Sénat italien accepte de recevoir une proposition de loi pour la Reconnaissance de la Langue des Signes Italienne. Le débat au Sénat dure près de trois ans. Le 16 mars 2011, les sénateurs approuvent finalement la proposition de loi. Le monde des sourds est en liesse.

En ce moment, ce dossier passe à la Chambre des députés pour un vote ultime. Une commission d’affaires sociales en étudie la proposition de loi depuis un mois. Le 3 mai dernier, date de la dernière étude, quatre députés de la commission proposent de changer le terme LIS en « LMG ». C’est-à-dire « Langage mimique et gestuel ». La communauté des sourds, abasourdie, se révolte en appelant à une mobilisation nationale et internationale.

« LMG », Limitation Mentale Garantie !

Le terme « langage », par opposition à la Langue des Signes, ne reconnaît pas la richesse de la langue au niveau de la grammaire, la syntaxe, le vocabulaire et de son histoire. La définition exacte du terme « langage mimique et gestuel » se réfère à une manière d’exprimer la pensée par un mode d’expression limité à des mimiques et des gestes. Les sourds italiens y voient une volonté de nier l’existence de leur communauté.

Les quatre députés (Maria Antonietta Farina COSCIONI, Paola BINETTI, Laura MOLTENI et Marco RONDINI) considèrent que la langue des signes italienne est maintenant obsolète et inutile au regard des nouvelles technologies et des nouvelles études privilégiant l’éducation oraliste et les implants cochléaires. Pour eux, la langue des signes est réduite à une technique de communication. Laura Molteni a ainsi soutenu : « Les progrès technologiques, les outils disponibles et des dispositifs permettent aujourd’hui que l’utilisation de la langue des signes ne soit plus nécessaire pour les sujets non entendants ».

La communauté des sourds s’inquiète de voir disparaître l’ensemble des moyens de communication dont elle dispose et surtout, redoute la perte de sa dignité !

La FNSF (Fédération Nationale des Sourds de France), interrogée à ce sujet, déclare être très inquiète par cette vision et cette conception de la langue des signes. La situation de l’Italie devrait être par ailleurs discutée lors de la prochaine assemblée générale de l’EUD (Fédération européenne des sourds), qui aura lieu le 28 et 29 mai 2011 à Budapest.

Une italienne sourde s’est exclamée à WebSourd : « quel sera l’avenir de mes enfants sourds ? Qu’on lui dise que sa langue maternelle, c’est du langage mimique, des gestes qui ne veulent rien dire ? Quelle sera sa scolarité si l’outil de communication n’est plus la langue des signes ? La LMG, ce n’est pas le Langage Mimico-gestuel, c’est une « Limitation Mentale Garantie » !

Une mobilisation nationale est organisée à Rome le 25 mai 2011, jour du réexamen de la proposition de loi. Une manifestation et un sit-in sont prévus devant le parlement italien, pour une durée indéterminée. Jusqu’à ce que les députés oublient le LMG et approuvent la LIS, Langue des Signes Italienne. La mobilisation promet d’être forte et durable…

Liens :

- Page "LIS : si ! LMG : No !"

- Site des vidéos partagés "VLOG SORDI"

20 mai 2011
 
 
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