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  Actualités : Douch : le procès d’un génocide au Cambodge  
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par Vivien FONTVIEILLE
Le premier procès de l’histoire contre un ancien dirigeant des khmers rouges s’est ouvert le 17 février à Phnom Penh. 30 ans après les faits, Douch comparaît pour crime de guerre, crime contre l’humanité, torture et homicide. De 1975 à 1979, il a dirigé le centre de torture S-21 où quelques 16 000 à 20 000 Cambodgiens ont trouvé la mort. Le 26 juillet 2010, il a été condamné à 30 ans de prison. WebSourd vous donne quelques clés pour comprendre cette affaire.

Sommaire
 1) Histoire du mouvement des Khmers rouges (durée : 3’59’’)
 2) Douch, un tortionnaire zélé (durée : 4’47’’)
 3) Le procès (durée : 2’30’’)

1) Histoire du mouvement des Khmers rouges (durée : 3’59’’)

Les Khmers rouges dont le nom officiel fut successivement Parti communiste du Kampuchéa et Parti du Kampuchéa démocratique, forment un mouvement politique et militaire d’inspiration maoïste, fondé en 1954 et disparu en 1999. Le mouvement révolutionnaire des Khmers rouges prend le pouvoir au Cambodge le 17 avril 1975. Pol Pot, alors chef du parti, appuyé par la Chine, veut construire une utopie marxiste en revenant à "l’année zéro". Entre 1975 et 1979, les Khmers rouges mettent en place une dictature d’une extrême violence, chargée dans un cadre autarcique de créer une société socialiste sans classe et purgée de l’influence capitaliste et coloniale occidentale, ainsi que de la religion. Il abolit donc la religion, les écoles, la monnaie, vidant les villes au profit de fermes collectives dans les campagnes. Cette dictature fait périr 1,7 millions de cambodgiens (exécution, famine, maladie ou à la suite de tortures) soit 21 % de la population de l’époque. Les Khmers rouges sont chassés du pouvoir le 7 janvier 1979 par le Vietnam, allié à des anciens membres du mouvement ayant fait défection, comme Hun Sen, aujourd’hui Premier ministre. Ils deviennent rebelles dans le nord et l’ouest du pays, avec le soutien militaire de Pékin et l’assentiment des Etats-Unis et de leurs alliés. Le mouvement s’effondre au milieu des années 1990. Pol Pot décède en 1998 sans être jugé, mais certains autres acteurs-clef comme Douch, seront jugés.

2) Douch, un tortionnaire zélé (durée : 4’47’’)

Personne n’est sorti vivant de S21. Entre 1975 et 1979, "Douch", de son vrai nom Kaing Guek Eav, tient les rênes de la prison de Tuol Sleng, surnommée S-21 (Sleng-21), un ancien lycée de Phnom Penh transformé en camp de torture. Les anciennes salles de classe font office de cellules ou de salles de torture. Des familles entières y sont entassées, des milliers de personnes tuées. Le directeur est Douch, petit homme sec de 67 ans aux allures de professeur, qui assume sa mission avec rigueur et zèle. Il conçoit et alimente les abondantes archives de S21, dont les plus connues sont les photos de détenus prises à leur arrivée à la prison et les milliers de pages d’aveux arrachés à coups d’électrocutions, d’arrachage d’ongles, de coups de bâtons, etc. Après la chute du régime de Pol Pot, d’innombrables documents expliquant en détail les rouages de la machine à tuer khmer rouge sont récupérés. À S-21, des confessions manuscrites étaient arrachées aux détenus, accusés de travailler pour le compte des services secrets américains, russes ou vietnamiens. Les "traitres" étaient ensuite envoyés à Choeung-Ek, un camp d’extermination situé à une vingtaine de kilomètres de la capitale cambodgienne. Entre 1974 et 1979, 16 000 à 20 000 personnes y ont été exécutées à coups de matraque. "On nous apprenait à fouetter les prisonniers avec des bâtons, à les électrocuter et à utiliser des sacs en plastique pour les asphyxier, témoigne notamment Prak Khan, un ancien fonctionnaire chargé de mener les interrogatoires au sein de S-21. Il fallait torturer les prisonniers tout en évitant qu’ils meurent ; car si c’était le cas, nous n’obtenions pas de confessions et nous étions punis." À travers les témoignages, les expertises et les documents historiques, le directeur du centre de torture apparaît comme un ex-bureaucrate zélé, soucieux de ne pas décevoir ses supérieurs et serviteur fidèle de l’utopie marxiste de Pol Pot.

3) Le procès (durée : 2’30’’)

Au cours de son procès, Douch s’est excusé à plusieurs reprises. Il a même admis sa responsabilité en tant que directeur du centre pour les 16 000 à 20 000 victimes de S-21. Mais il s’est appliqué à se présenter comme un simple "rouage" de la machine Khmer rouge, arguant n’avoir ni torturé ni exécuté les prisonniers. Douch est le premier responsable Khmer rouge à être jugé par un tribunal reconnu internationalement. Ouvert en mars 2009, son procès a été émaillé d’incidents liés, entre autres, aux pressions politiques exercées sur la cour. Mi-cambodgienne mi-internationale, la juridiction est loin de faire l’unanimité dans le pays. Le Premier ministre Hun Sen a même accusé les juges étrangers de "recevoir des ordres de leurs gouvernements". Douch est jugé après douze années de procédures judiciaires. Finalement, l’ex-chef de la prison de Phnom Penh qui a aujourd’hui 67 ans, est condamné le lundi 26 juillet à 30 ans de prison pour crimes contre l’humanité, annonce le tribunal parrainé par les Nations unies.

Plusieurs autres ex-dirigeants Khmers rouges attendent d’être jugés, dont le « frère numéro 2 » Nuon Chea, en principe en 2011. Le "frère numéro 1", Pol Pot, est mort d’une crise de paludisme en juin 1998, reclus dans une base rebelle dans le sud-est du Cambodge.

Source : Vidéo filmée par Julia PELHATE

30 juillet 2010
 
 
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