La troisième édition du festival Sign’Ô a eu lieu les 28, 29 et 30 mai au Centre Culturel des Mazades au cœur de Toulouse. Le bilan de ces trois jours est vraiment positif, les records d’entrées ont été battus : 1500 visiteurs ! Dans un premier temps, Websourd vous propose de faire un zoom sur le festival, puis d’essayer de réfléchir, dans un second temps, sur la politique mise en place par le festival, d’après l’interview de trois co-organisatrices.Sommaire
1- Au coeur du Festival (5’54)
2- Trois co-organisatrices vous dressent le bilan du festival (10’52)
1- Au coeur du Festival (5’54)
La dernière édition du Festival Sign’Ô a battu des records en termes de nombre de visites : 1500 visiteurs en 3 jours, venus de la France entière, des parents, des jeunes, des professionnels, des artistes, des sourds, des entendants et même des japonais et des italiens !
Au moment de l’inauguration, les élus présents, Mme Dedebat Nicole (élue à la Mairie de Toulouse), M Fabre Jean-Michel (élu à la Mairie de Toulouse et au Conseil Général de la Haute-Garonne) et M Gabrielli Alain (élu au Conseil Général de la Haute-Garonne), ont exprimé leur plaisir de soutenir fidèlement l’organisation d’un tel événement et de voir à quel point un festival mêlant Art et Langue des Signes pouvait favoriser le mélange et la mixité des cultures entendante et sourde.
L’objectif premier du festival Sign’Ô est la complète accessibilité, en Langue des Signes ou par d’autres moyens visuels, pour les professionnels ou les amateurs, les sourds ou les entendants afin que les représentations soient accessibles et compréhensibles pour quiconque.
Lors de cette dernière édition du festival, 4 spectacles ont particulièrement attiré l’attention du public pendant trois jours :
-« Pourquoi » de l’I.V.T, mis en scène par Delphine Leleu, avec 4 comédiens sourds s’exprimant en Langue des Signes sur les « pourquoi ? » de la vie quotidienne. Par exemple, il ne faut pas entrer dans une maison avec un parapluie ouvert, mais pourquoi ? Il ne faut pas poser le pain à l’envers, mais pourquoi ?, etc...
-« Les survivants », mis en scène par Lucie Lataste, adaptation de cinq poèmes de Boris Vian en Langue des Signes par 6 jeunes comédiens sourds, un spectacle très touchant.
-« GIGN : Groupe d’Intervention Globalement Nul » parodie du vrai groupe d’intervention GIGN par 4 entendants. Spectacle entièrement visuel et extrêmement drôle.
-« Le livre des Amours », contes bilingues LSF-français sur les différentes facettes de l’amour aux quatre coins du monde, avec la comédienne sourde Delphine St Raymond.
Mais le festival ne s’est pas limité à ses quatre représentations, bien d’autres animations ont eu lieu : un spectacle de danse africaine sur le parvis du centre culturel, des contes pour enfants, des ateliers de dessin pour les enfants, des cours de LSF pour les entendants, etc...
2- Trois co-organisatrices vous dressent le bilan du festival (10’52)
Revenons sur la politique du festival :
-la priorité est-elle donnée à la Langue des Signes seulement ou à ses implications dans la Communauté Sourde ?
- nous avons remarqué une prédominance de la LSF pure lors de cette dernière édition du festival et de moins en moins de bilinguisme. Suit-elle les mêmes objectifs que les précédents festivals ou il y a-t-il eu une évolution ?
- le festival Sign’Ô est-il un tremplin pour que les amateurs deviennent de vrais professionnels ?
Nous allons essayer d’éclaircie tout ça en interviewant trois co-organisatrices sourdes : Emilie Rigaud, Brigitte Vivet et Céline Brenelière.
WebSourd : "Vous avez reçu 1214 festivaliers sur 3 jours, qu’en pensez-vous ?"
Brigitte Vivet :
Il s’agit en fait de 1214 festivaliers sur 2 jours car nous n’avons pas comptabilisé le vendredi soir. Au total , à peu près 1400 personnes se sont déplacées. C’est bien la preuve que malgré sa 3° édition, les gens ne se lassent pas ; tout au contraire ils ont cette envie de se retrouver, vivre ce type de manifestation ensemble, venant de différentes régions et parfois même de l’étranger pour y assister.
Malgré une programmation plus restreinte que l’édition de 2008, nous avons accueilli d’avantage de festivaliers. Il est possible que le sud et sa chaleur légendaire ait participé à cette réussite. L’organisation a également joué un rôle : le fait que les parents sourds puissent confier leur enfant à la garderie bilingue était confortable.
C’est vraiment incroyable d’avoir reçu 1400 personnes, cela ne peut que nous inciter à prévoir un festival encore plus grand pour 2012.
Emilie Rigaud :
Nous avons réduit la programmation pour tenter de mieux satisfaire les festivaliers. En effet, lors des précédentes éditions, il y avait de nombreux spectacles programmés, mais beaucoup de festivaliers n’avaient pu voir certains spectacles car les salles étaient vite remplies. Après étude de satisfaction du public, nous avons préféré axer la programmation sur un nombre restreint de spectacle, avec peu de représentations, mais dans une salle suffisamment grande pour accueillir l’ensemble des festivaliers. Il n’a pas été facile d’organiser la complémentarité entre les différents lieux de représentation, mais la grande nouveauté de cette année, est d’avoir prévu de nombreuses animations sur le parvis extérieur. Cela a permis de réduire les temps d’attente et les festivaliers étaient ravis.
Céline Brenelière :
Les gens étaient aussi très contents de la soirée d’ouverture organisée vendredi soir. Lors des précédentes éditions, le festival commençait le samedi matin, sur les chapeaux de roues, ce qui ne laissait pas assez de temps pour les retrouvailles. Avec cette soirée d’ouverture, les festivaliers ont eu le temps de se retrouver le vendredi soir, de bavarder, de préparer leur festival en épluchant le programme… Cette soirée d’ouverture est une grande réussite que nous réitérerons !
WS : "Comment s’est opérée la sélection des spectacles programmés au festival Sign’ô ? Qui en était responsable ?"
Emilie Rigaud :
Nous avons un comité d’organisation, où chaque co-organisateur est responsable de son secteur avec des tâches bien définies. Il y a donc un responsable de la programmation, un responsable des relations presse, un responsable du budget et de la recherche de subventions ; nous étions toutes trois en charge de la gestion des bénévoles. Nous avions donc pour mission de recruter des bénévoles et d’organiser le planning de ces équipes bénévoles.
Personne n’avait donc en charge l’intégralité de l’organisation du festival, mais nous tenions régulièrement des réunions, où chacun présentait l’avancée de son travail. Sur la programmation, nous étions régulièrement sollicités, mais il était difficile de donner notre avis sur les expositions, spectacles ou courts métrages proposés, sans les avoir vu.
Nous savions que les programmateurs avaient écarté certains courts métrages qu’ils jugeaient inadéquats, et nous leur faisions entièrement confiance. D’ailleurs, nous avons tous travailler dans un climat de confiance.
WS : "Dans la programmation de cette année, certains spectacles ont connu beaucoup de succès comme « Les survivants », « Pourquoi », « Le livre des amours » ou encore le groupe « GIGN ». Par contre, d’autres spectacles comme « Les Vidéo Phages » se sont avérés décevants car leur logique n’était pas adaptée au public sourd.
Que pensez-vous de ces différences ?"
Brigitte Vivet :
Lors des réunions mensuelles du comité d’organisation, l’équipe en charge de la programmation nous soumettait des propositions de spectacles, nous nous mettions alors d’accord sur les spectacles à retenir ; mais faute de temps nous n’avons pas pu prendre connaissance de l’ensemble des spectacles programmés. Nous avons fait confiance à ceux qui étaient chargés de la programmation.
Emilie Rigaud :
L’équipe, constituant le comité d’organisation, a travaillé dans un climat de confiance, chaque secteur réalisant ses tâches.
En effet, le comité d’organisation est composé de sourds et d’entendants et nous avons choisi de travailler tous ensemble, en toute confiance, pas question de dénigrer quelqu’un, chacun trouvant sa place dans ce comité.
Brigitte Vivet :
Concernant les « Vidéos Phages », des projections de courts métrages humoristiques étaient prévues, comme « Tous Pareils » mais pour d’autres vidéos, nous n’étions pas au courant de ce qui allait être présenté. Cela montre peut-être les limites de ce fonctionnement basé sur la confiance.
Emilie Rigaud :
Effectivement, seules les pièces de théâtre nous avaient été présentées en amont, pour le reste, nous n’étions pas au courant, nous avons laissé faire sur la base de cette confiance et nous avons eu de mauvaises surprises. Mais cette expérience est formatrice. Nous savons que des personnes ont été déçues par ces vidéos alors pour la prochaine édition, nous leur présenterons d’autre chose plus intéressante.
WS : "Nous venons d’assister à la 3ème édition du festival Sign’ô qui attire de plus en plus de monde et acquiert une certaine notoriété. Comment envisagez-vous l’avenir ?"
Emilie Rigaud :
Nous souhaitons toujours nous améliorer à chaque édition. A l’avenir, nous souhaitons enrichir la programmation concernant les pièces de théâtre mais aussi changer de lieu, trouver un espace plus grand, avec deux véritables salles de spectacle afin d’offrir une programmation plus riche. Bien sûr nous remercions chaleureusement le théâtre des Mazades qui nous accueille gracieusement depuis longtemps ; mais malheureusement une seule salle de spectacle ne suffit plus, nous voudrions prendre de l’ampleur et attirer encore plus de public. Nous souhaitons vraiment nous développer et le théâtre des Mazades ne nous le permet pas. Bien évidemment, louer un lieu plus grand, sera forcément plus onéreux.
Comme vous le savez certainement, dans 2 ans, l’association Act’s fêtera ses 15 ans et le festival Sign’ô, proposé par l’association, sera alors l’occasion d’organiser de grandes festivités. On pourrait même prolonger d’un jour, très bonne idée...
WS : "Au niveau politique, l’obtention de subventions pour le festival Sign’ô était soumise à une obligation d’accessibilité et donc de bilinguisme sur l’ensemble du festival. En réalité, les festivaliers sont en grande majorité sourds. Qu’en pensez-vous ?"
Brigitte Vivet :
Lors de nos réunions du comité d’organisation, nous avons effectivement pris en compte cette demande des pouvoirs publics, la mixité des publics, sourd et entendant ; les subventions étaient attribuées en fonction de cette accessibilité. Mais à ma grande surprise, le public sourd est arrivé en masse, peu d’entendants se sont déplacés. Le public sourd est très en demande de ce genre d’évènement et notre programmation leur est certainement plus destinée qu’il n’y paraît...
WS : "D’après vous, le Festival Sign’ô est-il un moyen pour des artistes amateurs d’accéder au monde professionnel ?"
Céline Brenelière :
Notre philosophie et notre objectif à la création du festival Sign’ô n’était pas de permettre à des amateurs de passer professionnel mais seulement d’encourager les artistes amateurs dans leurs activités. Après, si suite au festival, cela ouvre des portes et permet à certains d’accéder à un autre niveau tant mieux mais ça n’a jamais été un objectif en soi.
Brigitte Vivet :
Il y a quand même une portée particulière. Après les représentations théâtrales, comme le spectacle « les survivants », il y avait dans la salle des artistes, des représentants du festival Clin d’œil, des représentants associatifs (Montpellier par exemple), des comédiens d’IVT, toutes ces personnes ont été agréablement surprise et souhaitent promouvoir ce genre de spectacle. Nous n’avions pas de telles ambitions, c’était un essai pour nous. Dès lors il me semble important que des festivals comme Sign’ô ou Clin d’oeil continuent d’exister pour encourager et développer un peu partout, au delà même de nos frontières, ces spectacles signés qui mettent en avant la richesse et la valeur de la langue des signes pour qu’elle dure et ne s’éteigne jamais !