Finaliser l’expédition Svalbard est réussir à faire passer leur message à bon nombre de personnes : afin de lutter contre l’illettrisme, les questions/réponses depuis leur journal de bord sont échangées avec les jeunes élèves issus d’un enseignement en langue des signes de qualité dont moins d’une dizaine d’écoles en France en bénéficient.
Interview de Thomas et Léonard
Durée : 4’58’’
« Quand on t’a proposé ce projet, quelle est la représentation que vous vous en êtes faite ?
Thomas : Alors moi, je gardais le Refuge de l’Aigle, un refuge dans la montagne, et on m’a appelé juste quelques jours avant le départ, par l’intermédiaire de Pascal, le photographe de la première expédition. On m’a dit : « Voilà, il y a une expédition au Spitzberg pour un mois de traversée à ski et nous avons absolument besoin de quelqu’un qui connait la montagne, qui sache skier et qui soit suffisamment à l’aise pour pouvoir s’intégrer dans une équipe de sourds. » Aller au Spitzberg était un rêve pour moi et le fait de me retrouver plongé dans le monde des sourds était une première. J’avais la chance d’être disponible à ce moment là donc j’ai dit oui tout suite parce que c’était un beau challenge à relever.
Léonard : Quant à moi, j’avais déjà entendu parler des Montagnes du Silence quand ils ont fait l’expédition en Géorgie du Sud puisqu’ils étaient à bord du Tarak qui est un bateau que je connais. J’avais entendu dire que c’était déjà une très forte expérience à l’époque donc je me suis dit que je pouvais moi aussi la vivre et en faire partie. J’ai donc appelé Daniel et lui ai donné ma candidature pour qu’il réfléchisse s’il avait besoin de moi en tant que photographe, lui demander si mon travail lui plaisait et si on pouvait s’entendre pour partir. Je savais donc très bien que je partais en expédition dans des conditions difficiles, que j’allais être avec des sourds, comme pour Thomas, c’était une première pour moi. Cela ne m’a pas du tout effrayé. J’avais du travail mais je l’ai laissé tombé pour venir. Il fallait absolument que je sois là. Et voilà, on y est !
L’expédition a démarré il y a trois semaines environ. Alors, quels sont vos ressentis, tant au niveau de la traversée que des relations humaines ?
Thomas : Moi, je suis agréablement surpris ! Au niveau des paysages, je suis ébahi, c’est vraiment magnifique, splendide. Au point de vue de la communication, je n’ai pas senti de problèmes particuliers. J’ai l’impression d’être parti en expédition avec des amis, on discute de tout : des petits soucis de la journée, des problèmes qu’on peut avoir, de la difficulté, de ce qu’il nous reste à faire, des projets... J’ai l’impression qu’on s’est tous fondu dans cette équipe, tout se passe parfaitement bien !
Léonard : Effectivement, cela fait trois semaines que nous sommes ici, mais il n’a pas fallu ces trois semaines pour être confronté à ce qui allait être plus compliqué. On s’en est très vite rendu compte. Je pense que, pour la plupart, on a réussi à faire face à ça. L’endroit est complètement nouveau pour moi, je ne me suis jamais retrouvé dans un pays pareil, entouré de glace, de neige et de montagne. Il n’y a rien d’autre, on rencontre très peu de gens. Mais, pour moi, concernant mon travail, la difficulté est de pouvoir prendre en photo les gens et de savoir les intégrer intelligemment au paysage. Le paysage est là, nous, nous ne faisons que passer. Il faut vraiment faire sentir que les gens sont là, qu’ils découvrent ensemble le pays, qu’ils fournissent un réel effort pour le parcourir, etc... Mon travail habituel est le portrait, j’essaie donc le plus possible, de me détacher de ma présence (ce qui est compliqué) ; et, en même temps, grâce à mon matériel, j’arrive à capter la force du paysage et à y remplacer l’équipe dedans. En tout cas, c’est ce que j’essaie de faire ! »
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