Publié le 9 janvier 2009
WebSourd fait une rétrospective de l’éducation des jeunes sourds et la reconnaissance de la langue des signes française en France, après avoir recueilli de nombreuses informations émanant de la presse et de divers travaux de recherche.
Sommaire
1) Suite de la grève des 5 volontaires sourds (3’47")
2) Entretien avec le président de la FNSF (3’42")
3) Entretien avec Patrick Belissen (6’14")
4) L’orientation de la scolarité des enfants sourds (6’10")
1) Suite de la grève des 5 volontaires sourds (3’47")
Le soir du 9 juin 2008, à la veille de la 1er Conférence Nationale du handicap à Paris, 5 volontaires sourds du mouvement Opération de Sauvegarde des Sourds (OSS2007) ont cessé leur grève de la faim. Ils ont voulu sensibiliser la population aux « besoins vitaux de la communauté sourde ». C’est une réponse écrite de Patrick GOHET, Délégué Interministériel des Personnes Handicapées, que les 5 grévistes ont reçu des mains de Philippe BOYER, Président de la FNSF. Après un long entretien avec M. Boyer au sujet des revendications d’OSS, Patrick GOHET a proposé la mise en place de travaux dans deux cadres différents : l’ONFRIH (Observatoire National de Formation, de Recherche et d’innovation sur le Handicap) et le Conseil Supérieur de la LSF.
Conseil Supérieur de la LSF
L’objectif du Conseil Supérieur de la LSF est de promouvoir le développement de l’enseignement en langue des signes sur tout le territoire français afin que tous les enfants sourds reçoivent une éducation de qualité et de haut niveau, depuis la maternelle jusqu’à l’université. Cela implique avant tout un programme intensif de formation des enseignants Sourds et entendants bilingues. Cela suppose également que tous les parents bénéficient d’un apprentissage accéléré de cette langue, aux frais de l’Etat. Il faut aussi ajouter la mise en place, dans le cadre de la formation permanente, d’un programme d’initiation et de perfectionnement à la LSF, destiné à tous les Sourds ne maîtrisant pas cette langue.
L’Observatoire des affaires sourdes
Cette structure a pour objectif en premier lieu de s’interroger sur les bases d’un accueil institutionnel équitable des Sourds dans tous les aspects de leur vie, surtout dans leur enfance, en suivant la charte des droits des Sourds établie par la FNSF en 1998. En deuxième lieu, les bases de la définition de la personne Sourde doivent être claires et saines et hors toute approche médicale ; l’Observatoire des affaires Sourdes proposera une réforme des textes (Lois et décrets) sur le terrain et suivra l’évolution des expériences par un dispositif de repérage et de contrôle. En clair, l’observatoire sera un centre où l’on fera des bilans sur l’éducation, la formation professionnelle, le travail, les soins, l’accompagnement social, l’accueil dans tous les lieux publics, l’accès aux informations (TV, radio, etc.), l’interprétation, la justice. Et surtout, l’Observatoire fera enfin connaître les chiffres réels du nombre de Sourds. Il faut analyser les erreurs et les défauts pour apporter des solutions adaptées et modifier les obstacles à l’accessibilité des personnes sourdes.
2) Entretien avec le président de la FNSF (3’42")
Lors d’une rencontre avec Philippe Boyer, président de la FNSF, nous avons pu échanger sur la position de la CSLSF vis-à-vis de l’émancipation de la formation de la langue des signes, sans avoir recours aux critères du diplôme.
PBoyer : "En ce qui concerne le rôle du Conseil supérieur de la LSF, il ne s’agit pas de limiter les apports linguistiques mais au contraire de les favoriser. Il est important de répertorier tous les nouveaux signes et d’enrichir la base linguistique existante. Un autre rôle sera de protéger la LSF et d’éviter un appauvrissement dans l’usage de la langue. Par exemple, les enfants sourds ne bénéficient pas des lois créées en faveur de la LSF. Par contre, ces mesures favorisent de plus en plus l’apprentissage de la LSF par les entendants. Certes, c’est une bonne chose, mais il ne faut pas oublier qu’au départ ces lois devaient répondre aux besoins des enfants sourds."
PBoyer : "La concrétisation de l’option LSF pour le Bac laisse encore des questions en suspens. Par exemple, on s’inquiétait de savoir qui enseignerait la LSF en option. Maintenant, la question est : qu’en est-il du jury lors de l’examen terminal ? Le jury est-il composé de l’enseignant de LSF ou non ? Je ne le sais pas. Puisque l’option LSF pour le Bac rentre maintenant dans les programmes de l’Education Nationale, je souhaiterais vivement que son Ministre vienne au Conseil Supérieur de la LSF. Une telle collaboration permettrait de clarifier ces questions laissées en suspens et de faire avancer les choses."
PBoyer : "La réflexion sur la labellisation devra d’abord se concentrer sur les associations dispensant des cours de LSF. C’est là le travail le plus important : une fois les critères de labellisation fixés pour ces associations, la procédure sera ensuite étendue aux autres structures. Ces critères d’attribution de label sont multiples. Il est impossible de se cantonner à l’aspect pédagogique ; les aspects administratifs et financiers y contribuent tout autant."
3) Entretien avec Patrick Belissen (6’14")
Lors de son passage à Toulouse à la suite de la Journée mondiale des Sourds le samedi 27 septembre 2008, nous avons réalisé une courte interview de Patrick Belissen, lors de laquelle nous lui avons demandé d’évoquer son point de vue sur l’éducation sourde en France.
PBelissen : "L’action OSS2007 concernant la grève de la faim aura pris deux jours, elle a commencé le 9 juin et s’est terminée le 11. Les sourds étaient presque déçus qu’elle s’arrête aussi rapidement mais nous n’allions pas continuer alors que nous avions reçu une réponse favorable ! Mais il est important pour nous de garder cet élan de solidarité et d’être très vigilants, nous allons surveiller de près les avancées du groupe de travail. Nous pensons également qu’il est opportun de créer une grande action qui rassemble les sourds autour de deux thèmes très inquiétants : le développement inacceptable des implants cochléaires et le libre choix des parents en matière d’éducation. Nous pensons que l’Etat doit proposer aux enfants sourds un cadre éducatif adapté à leurs besoins et non suivant les choix arbitraires des parents. A titre d’exemple, après une éducation en langage parlé complété, aucun sourd ne choisit de continuer dans cette voie à l’âge adulte, tous se tournent naturellement vers la LSF. Ce phénomène est argumenté par des scientifiques, des philosophes, des chercheurs. Les parents doivent écouter les recommandations de la communauté sourde."
PBelissen : "Je ne peux pas comparer les 20 dernières années de lutte avec notre grève de la faim. Par contre, je peux mesurer les effets de cette grève récente. Cette dernière a fait réagir en premier lieu les sourds eux-mêmes que nous avons surpris mais qui ont soutenu notre action et qui se sont sentis unis autour d’elle. Cette réactivité forte nous a étonnés mais beaucoup touchés. De plus, le gouvernement a réagi très rapidement. Nous avions deux revendications essentielles : la création d’un observatoire de la vie des sourds et pour appliquer la loi 2005, la création d’écoles pour développer l’apprentissage de la langue des signes. Nous étions prêts à tenir 2 jours au moins et au bout de 9 heures, nous avions déjà une réponse du gouvernement sous forme de lettre. Cette réponse prenait en compte pratiquement toutes nos demandes, c’est un véritable signe d’ouverture."
PBelissen : "Depuis 20 ans, la situation de la communauté des sourds s’est fortement dégradée. Paradoxalement, les gouvernements ont créé des ouvertures, au travers des textes législatifs : par l’amendement Fabius de 1991 qui fait une place à la langue des signes, par la loi de 2005 sur l’égalité des chances qui reconnaît pleinement la langue des signes. Mais tous ces textes sont dans la continuité de la loi de 1975 qui encourage l’intégration individuelle et qui, couplée avec l’évolution des techniques de l’implant cochléaire, provoque à long terme l’éradication de la communauté sourde en tant que telle."
PBelissen : "Ma vision de l’avenir est sombre. Il faut absolument que la communauté s’engage activement car vues les orientations prises par le gouvernement, il est sûr que si les sourds ne sont pas présents, la situation s’aggravera. 80 à 90% des enfants sourds sont aujourd’hui implantés et la Langue des signes pourrait bien disparaître."
PBelissen : "A titre professionnel, où j’ai une grande expérience de formateur tant auprès d’enfants que d’adultes, j’ai pu observer les dégâts causés par l’éducation des sourds. Elle provoque une destruction de l’être intérieur. C’est très grave. Il faut que le gouvernement prenne conscience de cette situation. Il y a aujourd’hui un gros travail de réparation à faire dans ce domaine. Avec ceux de ma génération, je peux dire que j’ai eu de la chance, j’ai grandi avec mes pairs qui m’ont servi de miroir. Aujourd’hui, les enfants sourds sont seuls, isolés, ils sont écrasés intérieurement, ils n’ont pas de pairs avec qui se construire. Les enfants sourds sont dans une situation d’oppression terrible, et le ciment républicain « liberté, égalité, fraternité » est bafoué. Nous ne sommes pas, vis-à-vis de ces enfants, dans le respect des droits de l’Homme. La France est, par rapport à d’autres pays comme la Suède ou les États-Unis, en deçà du respect dû aux êtres humains, aucun épanouissement n’est permis aujourd’hui aux locuteurs sourds de la langue des signes."
4) L’orientation de la scolarité des enfants sourds (6’10")
L’orientation dans l’éducation est une problématique récurrente.
Selon les dernières données statistiques sur la surdité en France, il y aurait 5 182 000 de déficients auditifs (8,7% de la population) dont 302 900 sourds profonds, 1 enfant sur 1000 naît sourd. Il y aurait environ 119 000 sourds pratiquant la LSF.
Le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos a rappelé le 11 juin 2008 que 10 700 enfants sourds sont scolarisés cette année en primaire et en collège-lycée. Il y a 23 classes d’intégration scolaire spécialement adaptées aux sourds (CLIS), et 54 unités pédagogiques d’intégration.
Les effectifs d’élèves sourds scolarisés restent stables et constituent 4,5% des 162 016 élèves handicapés scolarisés par le ministère. Ils sont plus fréquemment scolarisés en milieu ordinaire et leur moyenne d’âge est plus élevée (10 ans et demi, moins de 10 ans pour les autres élèves handicapés).
À l’heure actuelle, la reconnaissance de la langue des signes comme langue à part entière est inscrite dans la loi du 11 février 2005 sur l’égalité des chances. La possibilité de choix pour les jeunes sourds entre une communication bilingue, LSF/langue française, et une communication en langue française, est affirmée. Afin de développer la scolarisation en milieu ordinaire et d’apporter des réponses individuelles aux besoins particuliers de chaque élève, un formulaire Cerfa sera en vigueur dans toutes les MDPH dès janvier 2009. À la rubrique "projet de vie", la question est ainsi posée : "Pour un enfant sourd, veuillez indiquer votre choix ou son choix, de mode(s) de communication dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement : Langue française avec ou sans LPC (langage parlée complétée) OU Bilinguisme (LSF : Langue des Signes Française + langue française)". Les familles pourront ainsi clairement exprimer le choix de communication dans le parcours scolaire de leur enfant sourd.
Un comité d’experts en LSF et deux groupes de travail ont été mis en place pour élaborer un programme d’enseignement de la LSF et préciser les compétences exigibles des personnels chargés de cet enseignement. Dès la rentrée 2008, pour les enfants dont les parents ont fait le choix d’un mode de communication bilingue, un programme de LSF pour l’école primaire est appliqué conformément à l’arrêté du 15 juin 2008 et à la circulaire du 21 août 2008 ; progressivement ce programme concernera la totalité de la scolarité. L’éducation bilingue est très fragilisée en France (Poitiers et Toulouse). D’autres établissements bilingues commencent à émerger comme à Massy, Bordeaux, Montpellier et Lyon.
La France manque cruellement de dispositif d’orientation permettant aux parents un accompagnement dans le choix d’une éducation. D’après le gouvernement, à cet égard, la contribution des Services de soutien à l’éducation familiale et à l’intégration scolaire (SSEFIS) est déterminante. Mais est-ce bien le rôle des SSEFIS de faire un travail de sensibilisation auprès des parents pour les aider dans leur décision ? Sur le site de Sourd Action 31 (http://sourdaction.free.fr), Jean-Louis BRUGEILLE déplore l’absence de professionnel compétent pour accompagner les parents dans un choix éducatif pour leur enfant sourd (intégration ou la classe en langue des signes).
Par ailleurs, en 2008, une épreuve de LSF a été proposée parmi les épreuves facultatives possibles au baccalauréat des sections générales et technologiques (arrêté du 12 octobre 2007). Cette épreuve facultative, destinée à tous les élèves, sera étendue aux baccalauréats des sections professionnelles à compter de 2009, puis progressivement aux autres examens. Xavier Darcos avait promis que cette formation sera dispensée dans 300 écoles en France dès la rentrée ; on n’en compte qu’une dizaine, et seulement en province. Or, avant de demander l’application de cette épreuve facultative, il faut des critères d’évaluation, des programmes et des professeurs qualifiés, autant d’éléments inexistants dans les textes de l’Education Nationale.
Lien utiles
-[l’article sur les statistiques sur le site de l’UNAPEDA->http://www.unapeda.asso.fr//article.php3 ?id_article=615]
-l’article "Bilan et explication sur OSS2007 sur le site de Sourd Action 31
-les actualités sur le site de l’association "Les Yeux pour entendre"
-le site de l’association des Parents d’enfants sourds Midi Pyrénées
-le site officiel de SCEREN CNDP
-les 2 articles parus au bulletin officiel du 4 septembre de l’Education Nationale :
Conditions de mise en œuvre du programme de la langue des signes française à l’école primaire
Bonjour,
Votre lien vers http://www.unapeda.asso.fr/article.... devrait être corrigé pour mieux fonctionner.
Sinon, vous pourriez mettre des URL propres sur votre site SPIP.
à part, votre formulaire passe mal dans FireFox 17.0
Bonne suite,