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Olivier Schetrit (metteur en scène « Le divan Violet ») : "Lors d’une récente représentation au Théâtre d’IVT, certains habitants du quartier sont venus par curiosité, malgré leur ignorance de la langue des signes. Ces personnes ont témoigné d’un véritable émerveillement, ils ont été très sensibles et émus par notre pièce. Certains détails leur avaient échappés, mais cela n’a pas gêné la compréhension globale de l’histoire. Nous avons d’abord été très surpris par ces commentaires, appréciant la dimension artistique, remarquant que l’expression faciale et corporelle des comédiens faisait vraiment sens. L’intention des personnages est si visuelle, que la langue des signes n’est plus primordiale." "Il existe de nombreuses pièces communautaires jouées en langues étrangères. Par exemple, des entendants (français) vont parfois voir des spectacles japonais, et même s’ils ne comprennent pas la langue, ils peuvent être touchés par le buto et apprécier le théâtre traditionnel japonais. Alors pourquoi les sourds devraient-ils systématiquement adapter leurs créations au public entendant ? Il existe de nombreuses créations bilingues accessibles aux entendants, et si peu de créations sourdes ! Le festival Sign’ô est un festival de culture sourde !"
Steve (festivalier) : "Etant sourd, ma philosophie est très claire : pour des raisons de financement, la plupart des spectacles sont accessible et c’est aussi une bonne chose. Mais il est indispensable que des créations purement communautaires existent. Et si les entendants ont besoin d’accessibilité pour ces spectacles, alors le meilleur compromis est de mettre en place une voix off ou du sur-titrage."
Jean François Piquet (co-fondateur du festival Sign’ô) : "Je suis co-fondateur du festival, mais pas le seul initiateur. Je suis plutôt une personne ressource, sorte de référent sourd pour la culture, la langue, l’esprit, l’art, et l’expression artistique. Cette culture est en plein essor et attirent de plus en plus l’œil des entendants ! Alors bien sûr, cela génère des rencontres, du bilinguisme, de la mixité."
Qu’adviendra-t-il de la 5e édition du festival Sign’ô ? Il est certain que le festival évolue depuis sa création. Nous sommes plutôt satisfaits de la dimension actuelle paritaire : il est normal que de nombreux spectacles soient accessibles au grand public, mais j’apprécie aussi les créations 100% sourdes. Le spectacle présenté ce matin « Le divan violet » fait partie du patrimoine théâtral sourd. Mais il est dommage que ce type de création reste isolé, il en faudrait d’avantage. Même si les entendants peinent à suivre le texte en langue des signes, ce genre de pièce est très enrichissant pour eux, car si on s’adapte continuellement à eux, ils risquent de ne plus progresser. C’est aussi un enjeu : donner des représentations en langue des signes, c’est permettre aux entendants d’apprendre cette langue.
Chantal (festivalière) : "J’ai trouvé formidable ce jongleur entendant qui partage son art avec les sourds ! Cela montre un ouverture d’esprit, une volonté de décloisonnement. Son spectacle est très inventif, alliant musique et magie, les spectateurs étaient suspendus à ses gestes ! Les sourds sont restés bouche bée sur la magie du spectacle, alors que je pense que les entendants ont davantage été séduits par la musique. Alors franchement, bravo ! Beau spectacle et belle organisation !"
Matthieu (Compagnie « Le Boustrophédon ») : "Présenter un spectacle devant un public sourd représente une expérience très intéressante. En particulier, il y a un rapport très différent au silence. Nous avons l’habitude d’entendre les réactions nombreuses du public, des applaudissements, des rires, les enfants parlent entre eux mais aujourd’hui c’était surprenant …. !!! Ce silence est fascinant et bouleverse complètement nos repères ! Nous écrivons toujours des spectacles sans texte car nous voulons être compris de tout le monde."
Anthony (festivalier) : "C’est une pièce de grande qualité. C’est extrêmement visuel, et donc accessible à tous, sourds et entendants. Il y a bien quelques passages musicaux, quelques paroles et bruits, mais ce n’est pas gênant. Le spectacle est essentiellement visuel, et l’on comprend qui sont les personnages, et leurs émotions, quels rapport entre eux ou avec les objets… Bref, c’était sensationnel ! Chapeau donc à toute l’équipe. Pour autant, je ne pourrais pas vous dire si ce type de spectacle est conforme à la philosophie du festival Sign’ô."
Eric Vanelle (Coordinateur Théâtre du Grand Rond) : "La ligne de conduite que nous avons toujours suivi avec l’association ACT’S c’est de proposer de spectacles créés par des sourds, dans un premier temps. Ensuite, seulement, nous nous préoccupons de les rendre accessibles aux entendants. Soit, nous intégrons un texte à l’intérieur du spectacle, soit nous allons accompagner la représentation d’une traduction orale, soit parfois nous décidons de ne rien traduire. …A leur tour, les entendants arrivent dans un endroit où ils ne comprennent pas toujours tout. Nous sommes fiers, avec ACTS quand les salles de spectacle sont remplies à moitié de sourds et à moitié d’entendants."
Barbara Jeanneau (Membre du CO) : "Les artistes sourds que nous voulions engager pour Sign’o venaient de loin donc coûtaient trop cher. Je souhaite que ce festival devienne une vraie vitrine de la culture sourde. L’objectif, à terme, serait que la culture sourde puisse être identifiée au travers de ses spectacles ! Depuis sa création, le festival organise la promotion de la culture sourde en s’appuyant sur 2 axes : D’une part, la collaboration constante avec l’association ACT’S dans le travail qu’elle mène, et d’autre part la volonté clairement affichée de s’ouvrir au monde des entendants pour que leur culture devienne accessible aux sourds. Les médias ont été étonnés, je dirais même plus, séduits, par ces projets communs entre entendants et sourds. Les deux mondes travaillent ensemble. Cette collaboration enrichit la création des deux côtés. Les sourds et les entendants unis pour faire aboutir un seul projet, voila le message principal du festival Sign’o. Un festival, c‘est une obligation de résultat. J’ai l’impression qu’il y a eu moins d’affluence qu’il y a deux ans et peut-être même qu’i l y a quatre ans. Nous ferons le bilan dimanche, à la clôture."
Voilà que s’achève le festival Sign’ô.
La polémiques d’avant festival a engendré une baisse de la fréquentation de 60%, ainsi qu’une diminution du nombre des bénévoles. On constate, en terme de fréquentation, que la proportion de festivaliers sourds et entendants est sensiblement la même. On note toutefois, comparé aux éditions précédentes, qu’il n’y a presque plus de festivalier entendant ignorant tout de la culture sourde. Le public semble satisfait de l’équilibre entre les 3 types de spectacles : pièces bilingues, pièces uniquement en LSF, et spectacles 100% visuels. J’ai pris moi-même beaucoup de plaisir à cette variété de spectacles.
Force est de constater tout de même que les créations 100% sourdes sont rarissimes ! Elles sont donc peu visibles pour le grand public. Il faut promouvoir ces créations, qui ont leur place dans un festival comme Sign’ô, et qui peuvent ensuite être diffusées dans d’autres théâtre comme le Théâtre du Grand Rond et le Théâtre Garonne.
Le discours d’Eric Vanelle (Coordinateur Théâtre du Grand Rond) prouve bien qu’il est inutile de faire pression sur les sourds pour qu’ils rendent leurs créations accessibles. Il déclare accepter de programmer un spectacle en LSF non bilingue. Son argumentation très claire montre bien que ce n’est pas un motif financier qui impose le bilinguisme.
Barbara Jeanneau (Membre du CO) : "OUI, grâce à la Langue des Signes Française, aux gestes, à l’expression du visage, l’expression corporelle des sourds est naturellement plus développée que celle des entendants. Les sourds utilisent déjà une gestuelle, une maitrise du corps, de l’expression et de la transmission de l’émotion. Cela explique que les comédiens sourds soient tout de suite excellents."
Verra-t-on la 5e édition du festival Sign’ô ? Rien n’est moins sûr ! L’objet du prochain article de Websourd sera justement d’étudier cette question. A bientôt !