en version LSF
en version LS internationale
Durée 09’54"
WebSourd : Vous êtes député au Parlement Européen. Pouvez-vous nous expliquer comment vous êtes arrivé à ce poste ?
Adam Kosa : "J’ai été élu au sein de l’association des Sourds de Hongrie en 2005. Avant cela, l’association avait beaucoup œuvré pour la cause des Sourds, et plus particulièrement pour que la loi reconnaisse la langue des signes. Lorsque j’ai été élu Président de l’association en 2005, je me suis rendu compte que l’équipe, bien que jeune et dynamique, manquait de coordination dans ses actions de lutte. Nous en avons discuté et sommes tombés d’accord sur le fait que la stratégie adoptée n’était pas la bonne. En effet, les actions menées jusque-là étaient concentrées exclusivement au niveau du gouvernement. Il était temps de faire notre entrée en politique. Cela voulait dire aller à la rencontre de tous les partis, quelle que soit leur orientation. Qu’ils soient de droite, de gauche, il fallait discuter avec eux, les informer de la situation. Pour ce faire, je saisissais toutes les occasions possibles : j’étais de tous les congrès, de toutes les réunions. Je rencontrais les candidats lors des meetings. Je les informais des causes que nous défendions avec, toujours en tête, l’objectif de la reconnaissance officielle de la langue des signes. Il nous a fallu 4 ans, mais grâce à cette stratégie de proximité avec les politiques, la loi a enfin reconnu la langue des signes en 2009.
A l’époque, nous avions rencontré un leader du parti d’opposition qui nous avait promis son soutien. Cette personne est maintenant au gouvernement, et n’a pas renié sa promesse. Pour une meilleure efficacité, elle m’a proposé d’être candidat au parlement européen. Je fus d’abord sceptique, mais elle m’assura que le handicap n’était pas un problème, que seuls l’esprit militant et les idées prônées avaient de l’importance. Après une brève discussion avec mes proches, ainsi qu’avec les associations représentatives des sourds, je mesurai l’importance de l’enjeu, et acceptais de me présenter aux élections européennes de 2009. Dès lors que je suis entrée dans le cœur du système politique, tout devint plus facile : la formation du réseau permit de contacter aisément et d’informer les interlocuteurs.
Par ailleurs, le fait d’être au devant de la scène, de faire un discours en Langue des Signes (avec interprètes) au Parlement Européen est un exemple important. Cela fait prendre conscience aux autres députés que c’est possible et normal."
WS : Quelles sont les raisons de votre venue à Websourd ?
AK : "Je ne suis pas seul, nous sommes venus à trois, voir quelles sont les possibilités de collaboration sur plusieurs sujets. Nous sommes d’abord intéressés par la visiophonie. Nous voulons développer cet outil en Hongrie, et sachant que Websourd a déjà beaucoup d’expérience dans ce domaine, nous sommes venus collecter de l’information. Nos associations nationales de sourds ont également quelques projets sur lesquels ils sollicitent la collaboration de Websourd."
WS : Vous êtes un citoyen comme les autres. Avocat, diplômé, pouvez-vous nous expliquer la raison de votre succès alors que beaucoup de sourds en Europe se heurtent à de nombreux obstacles lors de leur parcours ?
AK : "Question intéressante ! Ma famille est sourde, mes parents sont sourds, alors que mes grands parents sont entendants. J’ai vraiment grandi dans le bilinguisme, et dans la double culture. De plus, mon parcours a toujours eu pour objectif de soutenir la communauté sourde. J’ai d’abord fait des études de droit. Je voulais connaître la loi jusqu’au bout des doigts, non pour m’engager en politique, mais pour militer dans les associations de sourds. Je briguais un poste de président d’association pour défendre les besoins des sourds, et grâce au réseau, mes actions militantes ont attiré l’attention de personnalités politiques qui m’ont convaincu d’entrer en politique.
Mais pour répondre à votre question, je dois d’abord mon succès à ma double culture, celle des sourds apportée par mes parents, et celle des entendants apportée par mes grands parents. C’est aussi grâce à mes études universitaires de droit ayant pour objectif de soutenir la communauté sourde que j’ai pu en arriver là. Enfin, il ne faut pas oublier la part de chance, ce n’est pas une destinée que j’ai recherché, mais une opportunité que j’ai su saisir."
WS : Vous représentez la Fédération des sourds de Hongrie. Vous être peut-être au courant des grandes difficultés financières que connaît la Fédération Nationale des Sourds de France et notamment des problèmes rencontrés lors de l’organisation de la commémoration du tricentenaire de l’Abbé de l’Epée. Elle a décidé de faire un appel au don sous forme de cotisation mensuelle pendant un an. A votre avis, est-ce une bonne solution ?
AK : "C’est la première fois qu’on me pose cette question forte intéressante également ! Il m’est difficile de me prononcer sur ce sujet qui est vraiment du ressort de la communauté sourde française. Voici 2 ans en Hongrie, nous avons organisé une grande fête pour le centenaire de l’association nationale des sourds de Hongrie. Devant la difficulté de lever des fonds, nous avons fait appel aux entreprises privées ainsi qu’au gouvernement, pour éviter que les sourds payent de leur poche. Pour autant, je ne me permettrai pas de critiquer les choix français, et si la communauté sourde souhaite aider financièrement la FNSF, c’est aussi très louable. L’important est qu’ait lieu la célébration de l’Abbé de l’Epée, cet homme qui ouvrit la première école pour les sourds. Il fait parti du patrimoine communautaire, il est normal de commémorer sa mémoire avec fierté. Alors si les sourds de France veulent participer financièrement à cet événement, je n’ai aucune critique à faire."
WS : Une information relayée par la CFFS (Commission Fédérale de Football des Sourds) retient toute mon attention. D’après elle, l’avenir de l’ICSD, International Committee of Sports for the Deaf (Comité International des Sports pour les Sourds) serait très préoccupant. Qu’en est-il réellement ?
AK : "Au sein de l’ICSD (ou CISS Comité International de Sports pour les Sourds), j’ai été membre de la commission législative chargée de vérifier la conformité avec les règles. Je n’ai donc pas participé aux instances décisionnaires, mais j’ai pu observer son fonctionnement avec plus de recul.
Mon avis est que l’ICSD est trop repliée sur elle même. Certes, l’action militante et soudée de la communauté sourde y est très positive, mais cela se sclérose, se réduit à force de fonctionner en vase clos.
Pour comparaison, la commission des jeux paralympiques qui bénéficie d’une envergure et d’une renommée beaucoup plus importante, travaille, elle, en lien étroit avec le Comité des Jeux Olympiques. L’ICSD en s’isolant de cette façon est totalement délaissé par ces grandes instances. Certes l’engagement de la communauté sourde, le militantisme et l’esprit de groupe est très important mais il ne faut pas sous-estimer l’importance de l’ouverture sur l’extérieur, de la communication externe autour des valeurs de la Commission telles que le sport, la Langue des Signes, la Communauté. Ce repli sur soi est, à mon avis, le souci majeur.
Un autre problème que je remarque également est le manque de coordination entre les Comités sportifs des différents pays. Chacun s’organise et travaille de son côté sans liens avec les autres nations. De ce fait, les budgets respectifs s’amenuisent et les sportifs sont de moins nombreux à s’engager...
Pour rectifier cette tendance, une réflexion est en cours pour définir les actions à envisager, telles qu’un partenariat avec le Comité des Jeux paralympiques par exemple. Mais ce n’est pas à moi de me prononcer sur ce qu’il faudrait faire, les pistes sont nombreuses et il appartient à la Commission de mener à bien cette réflexion et de définir une stratégie pour les années à venir. Pour sûr, ce changement est indispensable si l’ICSD souhaite perdurer dans le temps… "
Pour savoir plus sur Adam KOSA :
Fiche d’identité d’Adam KOSA député européen
Liens