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  Un Sourd dans le rugby de haut niveau  
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par Olivier Calcada
La coupe du monde de rugby est terminée mais avant de refermer la page sur ce bel événement, il serait intéressant de savoir si des sourds sont arrivés à un haut niveau de qualification au rugby. Jean-François Pouey en fait partie, il a joué durant six ans au F.C Lourdes en Fédérale 1 (niveau après le top 14 et la 2e division soit l’équivalent de la 3e division). Nous l’avons rencontré et l’avons questionné sur son parcours. Entrez avec moi dans l’univers de ce joueur !

sommaire

 1. Le parcours de Jean François Pouey (04’21")
 2. Le sport de haut-niveau (04’29’’)

1. Le parcours de Jean François Pouey

(durée : 04’21’’)

WebSourd : Bonjour, nous allons maintenant rencontrer Jean-François Pouey. Il est rugbyman Sourd et a joué pendant quelques temps en 3ème division, soit en semi-professionnel, au sein d’une équipe d’entendants, l’équipe de FC Lourdes. C’est un phénomène rare, Jean-François fait partie des 2 ou 3 joueurs sourds qui ont vécu cette expérience en France.

Nous sommes devant chez lui et je vais maintenant l’interroger sur son parcours de joueur de rugby de haut niveau.

Jean-François Pouey : Bonjour !
WS : Bonjour !
JFP : Tu vas bien ?
WS : Eh bien oui, ça va.
JFP : Entre et sois le bienvenu.

WS : Vous êtes donc rugbyman, c’est une activité sportive très physique, comment est-ce que cela a commencé ? Racontez-nous...

JFP : Quand j’étais enfant, j’adorais déjà le rugby. Je regardais des matchs, j’avais toujours envie d’y jouer, et je le montrais bien. Un jour quelqu’un a dit à mes parents : « ce petit, il devrait jouer au rugby, vous pourriez l’inscrire au club ». Mes parents se sont laissés convaincre, ils ont dit : « pourquoi pas... ». Dès la 1ère séance d’entraînement, j’étais très enthousiaste et ça ne m’a pas lâché depuis, j’y suis resté, c’est devenu une pratique régulière... A l’époque, je devais avoir 11 ans.

OC :Vous avez pratiqué ce sport parmi les entendants... Comment ça se passait ?

JFP : Oui, je jouais parmi les entendants, mais ça n’a jamais été un problème... On se débrouillait toujours pour communiquer, avec des gestes... Vous savez, dans le monde du rugby, il y a un esprit d’équipe très fort, il y règne une franche camaraderie, on rigole bien, les relations y sont souvent très chaleureuses. Et puis on s’est habitué les uns aux autres... D’ailleurs, sur le terrain, ça communique beaucoup avec des codes gestuels. Non, vraiment, ça n’a pas été un problème.

WS : Vous avez joué en première ligne, joueur de mêlée... C’est un choix ? Sinon quelle autre poste ?

JFP : Non, être en première ligne, c’est un poste qui a ma préférence, j’aime ça, ça me convient bien... Je n’ai pas peur de l’affrontement, et ça a toujours été ainsi, à mes débuts comme aujourd’hui.

WS :Dans toute votre carrière de rugbyman, quel êtes votre meilleur souvenir ?

JFP : Je me souviens d’un match contre Cahors joué chez nous à FC Lourdes. Mon camarade, le 3 de mêlée, a pris un carton rouge dès les cinq premières minutes de jeu ; il a donc été exclu du terrain. C’était un sacré coup dur. On m’a désigné pour le remplacer, je me suis retrouvé « pilier droit ». On s’est battu comme des lions et on a gagné. Cette victoire a été remportée de haute lutte, ça été super... On a sauvé l’équipe !

2. Le sport de haut de niveau

(durée : 04’29’’)

WS : Nous sommes maintenant au stade de Lourdes où joue l’équipe de 3ème division en semi-professionnel. Jean-François a fait partie de cette équipe durant 6 ans, il est resté au top pendant toute cette période. Il est à la retraite depuis 2006.

Jean-François, en quoi consiste l’entraînement à ce niveau-là ?

JFP : C’est un entraînement très dur, il faut donc du sérieux et de la régularité. Nous, on s’entraînait quatre fois par semaine, plus le match. C’était un entraînement technique et physique à la fois.

WS : Mais concrètement, que faisiez-vous ?

JFP : Des exercices d’opposition, des exercices de poussées sur la machine où il faut 600 kgs de poussée pour la déplacer, la plupart du temps on augmentait la charge en faisant grimper d’autres joueurs sur la machine. Dans une salle de musculation, on travaillait aussi beaucoup, il faut un gainage musculaire important et une condition physique adaptée. C’est extrêmement important pour éviter les blessures à tous les niveaux, cervicales, dorsales, etc. Enfin, tout le long du corps, bien sûr... Un soir par semaine, on travaillait l’endurance : on faisait des tours et des tours du terrain, sans parler des pompes et tout le reste.

WS : Jean-François était talonneur en première ligne dans son équipe, ça veut dire qu’il faisait partie de ceux qui se retrouve dans la mêlée. Vous pouvez expliquer comment ça se passe à ce moment-là du jeu, au cœur de la mêlée ?

JFP : C’est un exercice difficile physiquement et il faut être très technique. C’est un vrai travail d’équipe, il ne s’agit pas de se contenter de pousser et s’en remettre aux autres... Il faut aussi chercher à déstabiliser l’adversaire… C’est à ce moment qu’on peut leur jouer de mauvais tours, tirer par la manche ou autres... D’ailleurs, au moment de la mêlée, l’arbitre nous le rappelle souvent : « attention les gars, jouez proprement ! ». Mais on peut faire en sorte que la partie adverse de la mêlée s’effondre... C’est ce qu’on peut chercher à obtenir, tout ça pour le ballon, finalement.

WS : On voit souvent les joueurs de première ligne avec les oreilles dans un drôle d’état, comment expliquez vous la particularité de ces rugbymen ?

JFP : Oui, mais en fait ce sont tous les joueurs qui sont touchés ! C’est simplement dû aux frottements qui s’exercent durant la mêlée, que ce soit tête contre tête pour la première ligne, ou contre les hanches pour la deuxième et troisième ligne. A ce moment là du jeu, les joueurs s’affrontent de façon très serrée et brutale, et ce sont bien les frottements qui leurs donnent les oreilles en chou-fleur comme on dit ! Et sans parler des coups qu’on prend ! Ça fait partie du jeu, c’est comme ça, les joueurs doivent l’accepter et se résoudre à garder toute leur vie des oreilles amochées.

WS : Par ailleurs, il faut signaler que Jean François a été sélectionné 4 fois dans l’équipe de France des sourds. Voici d’ailleurs le maillot de l’équipe...

Pouvez-vous nous raconter un souvenir de cette période ?

JFP : Nous avons partagé beaucoup de bons moments ensemble, tous très chaleureux, j’ai été ravi de pouvoir jouer dans cette équipe. Cependant, ce fut sur une période trop courte, j’aurais souhaité continuer mais malheureusement il en été autrement.

WS : Ce fut très intéressant d’échanger avec Jean-François sur son parcours de rugbyman. Celui-ci, faut-il le rappeler encore, constitue une exception en France.

C’est un privilège pour nous d’avoir eu à partager ce très agréable moment et avec vous, cher public. Jean-François, merci encore... et salut !

JF : C’est moi qui vous remercie...

Merci à Vincent Castel, ancien président de "Rugby Sourd de France" pour des images de l’équipe de france des sourds.

Club rugby Lourdes

28 octobre 2011
 
 
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